LA FILLE DE JEPHTÉ
POEME
« Et de là vient la coutume qui s’est toujours observée depuis en Israël;
» Que toutes les filles d’Israël s’assemblent une fois l’année^ pour pleurer la fille de Jephté de Galaad pendant quatre jours. »
Juges, ch^, v. 40.
Voilà ce qu’ont chanté les filles d’Israël,
Et leurs pleurs ont coulé sur l’herbe du Carmel :
— Jephté de Galaad a ravagé trois villes ;
Abell la flamme a lui sur tes vignes fertiles! Aroër sous la cendre éteignit ses chansons,
Et Mennith s’est assise en pleurant ses moissons I
Tous les guerriers d’Ammon sont détruits, et leur terre Du Seigneur notre Dieu reste la tributaire.
Israël est vainqueur, et par ses cris perçants Reconnaît du Très -Haut les secours tout-puissants.
A l’hymne universel que le désert répète Se mêle en longs éclats le son de la trompette.
Et l’armée, en marchant vers les tours de Maspha,
Leur raconte de loin que Jephté triompha.
Le peuple tout entier tressaille de la fêle.
Mais le sombre vainqueur marche en baissant la teto* Sourd à ce bruit de gloire, et seul, silencieux,
Tout à coup il s’arrête, il a fermé ses yeux.
Il a fermé ses yeux, car au loin, de la ville.
Les vierges, en chantant d’un pas lent et tranquille Venaient; il entrevoit le chœur religieux,
C’est pourquoi, plein de crainte, il a fermé ses yeux.
11 entend le concert qui s’approche et l’honore; La harpe harmonieuse et le tambour sonore,
Et la lyre aux dix voix, et le kiniigr léger,
Et les sons argentine du nebel étranger,