A SON AMI
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ANCIEN SOUS-rRÉFET.
— Mars 1851.
LE CHRIST A GETHSE1IAAT,
Ne nous étonnons point des mystères sublimes Où , pour le soutenir sous le poids de nos crimes, La faiblesse de l’Ange assista le Dieu fort ;
Où, se cherchant lui-mëme et se trouvant infâme *, Le bien-aimé du ciel s’écria que son ame Etait triste jusqu’à la mort.
l. « Le Seigneur a été Tait péché pour nous. » (Saint Paul , Iï , Gorinth., v. 21.)
LE CHRIST A GETHSEMAM.
Ne nous étonnons point si sa douleur profonde Augmentait en scrutant les annales du monde ;
Si ? du fleuve du mal interrogeant le cours ,
11 fut soudain couvert d’une sueur sanglante ,
Et détourna les yeux d’une image accablante...
Il avait aperçu nos jours.
11 avait aperçu le deuil de son église ,
La langue des enfers chez les hommes admise ,
Et la nuit descendue au nom de la clarté,]
L’assassinat ayant son hymne de victoire ,
Et la vertu sa honte , et le crime sa gloire Et quelquefois sa sainteté !
11 avait entendu ces sinistres paroles :
« Oh 1 Christ! c’est vainement que pour nous tu t’immoles; « À tes autels usés nul n’ose recourir ;
« Nous avons abjuré tes longues impostures :
« Par toi l’esprit humain a reçu des blessures <( Dont il veut enfin se guérir.
LE CHRIST A GETHSEMAM iOi
« Venez , peuples , au lieu d’imbéciles hommages ,
« De ce Dieu ridicule abattre les images ;
« Le cœur du criminel en est parfois brisé ;
« Nous ne voulons rien voir de ce qui nous condamne : « Quand dans son char doré passe la courtisane ,
« Son œil en est scandalisé.
« Que la main de l’honneur sy porte la première !
« Soldat , frappe le Dieu qui bénit ta bannière !
« Magistrats , bannissez le Dieu de l’équité ;
« Captif, brise celui qui , proscrivant ta chaîne ,
« En face des tyrans dont il brava la haine « Le premier a dit : Liberté 1 ! »
Et le Christ les a vus , dans leur sombre énergie , Bouleverser son temple et sa sainte efligie ,
Et dans des lieux souillés de débauche et de vin
i. « Où est l'esprit du Seigneur, là est aussi la liberté.» ( Saint Paul, épitre aux Corinthiens.)
Î02 LE CHRIST A GETHSEMANI.
Traîner en un banquet la croix dont ils se jouent , Comme d’un convié que les autres bafouent ,
Afin d’égayer le festin L
Mais voyant s’approcher l’heure du sacrifice ?
Le Fils de l’homme a dit : « Je boirai le calice ?
« Et de ces attentats j’accepte encor le faix î « Je vais m'acheminer au sommet du Calvaire ,
« Et mon sang en tombant inscrira sur la terre « Des pardons pour tous les forfaits. »
Et nous , fils de son culte , imitons son exemple !
Sur le profanateur de la croix et du temple Gémissons ; un remords peut le rendre au Seigneur. Sous notre affliction que toute haine expire !
C'est le temps de pleurer et non pas de maudire :
Le ciel meme est dans la douleur L