II
Oh ! Christ, a quand la fin de cette grande épreuve? . . . Il ne restera plus bientôt une ame neuve Qui ne ressente en soi cette angoisse sans nom Que laisse de la foi le fatal abandon :
Sacrilège qui naît jusques au cœur qui t’aime ,
Qui voudrait t’adorer dans ta splendeur suprême , Et , te voyant si sombre, est prêt a supposer Que la vérité même a pu nous abuser :
Imperturbable ver dont le travail dévore ,
Comme un premier soupçon sur celle qu’on adore , Comme un penser cruel que l’on voudrait bannir,
94 AU CHRiST.
Et qui reste toujours dans notre souvenir.
Des piliers de granit, corrodés par ce doute, Ont laissé sans appui le cintre de ta voûte ;
Et les plus beaux soleils dont ton ciel ait relui Sont ceux sur qui Satan a projeté sa nuit.
Pourquoi, pourquoi, mon Dieu, ne m’as-tu pas Tait naître Dans ces temps où ta loi ne faisait que paraître ,
Où vers toi tout esprit allait avec amour ,
Ainsi que la paupière aime et cherche le jour ;
Où , de la charité révélant le mystère ,
Tes disciples changeaient la face de la terre ,
Lorsque l'humanité , dans le fond des enfers Secouant les derniers anneaux de ses vieux fers,
S endormait sur ton sein de ta grâce inondée ,
Comme fit autrefois le fils de Zébédée ,
Le soir lorsque tes mains dans un dernier repas Eurent rompu ce pain qui sauve du trépas?
AU CHRIST
Oh ! si ce n'est que par un autre sacrifice Que tu peux de la foi relever l'édifice ,
Ilâte-toi de mourir pour sortir du tombeau ,
Et recréer encore un univers nouveau.
Meurs , afin que le monde épouvanté connaisse Combien sans ta clarté la nuit devient épaisse ;
Afin que, fatigué de chercher un appui ,
Tout esprit se replie et s’accable sous lui ;
Aûn , qu’esclave encor , l’humanité ressente Combien des anciens jours la chaîne était pesante. Meurs, pour que, sous le fer le bon droit abattu La faiblesse soit crime et la force vertu ,
Tour que de tes croyans s’achève le martyre ;
Pour que du temple en deuil le voile se déchire , Pour que l’impiété touche au dernier moment,
Et n’ait plus de prétexte à son égarement ;
AU CHIUST.
Pour que les cœurs d’airain et les rochers se fendent Pour que du centenier les paroles s’entendent , Pour que chacun se frappe , et s’écrie avec feu :
Le siècle soit maudit , le Christ était un Dieu î
Ce €t)rist à <É>etl)ôemam.