‹ PoésiesChapitre 37 sur 57 · ELLE EST MALADE · texte numérisé non relu

ELLE EST MALADE

Si jamais (que ce jour se tienne loin encor ! )

Si , repliant ton cou sous l'aile de la mort ,

Tu t’endormais , ô ma co’ombe ,

De balcon en balcon je n’ irais pas le soir Chanter afin qu’une autre a mes yeux se fit voir f Mais j’irais m’asseoir sur ta tombe.

Et la , le front baissé , les yeux mouillés de pleurs , Je te réveillerais sous mes vives douleurs ;

Et le bruit de ton vol funèbre ,

En passant à travers le saule aux longs cheveux , Me serait préférable aux plus tendres aveux De la beauté la plus célèbre.

Apparition

Novembre 1835.

APPARITION

Oh ! pourquoi dans mes nuits jeter ainsi l'angoisse r Du cercueil immobile intervertir la loi ?

J'ai fait pourtant brûler un cierge h la paroisse ,

Et l'office divin y fut chanté pour toi

APPARITION

Ce que pour ton repos le rituel ordonne ,

Je l’ai fait accomplir avec un soin pieux ;

Sur le seuil de ma porte on a donné l’aumône Qui calme les tourmens et fait ouvrir les cieux.

De l’oubli de ton deuil ne doit naître ta peine ; Le plaisir ne m’a pas trouvé sur son chemin ; D’avides héritiers dans tes coffres d’ébène Pour ravir tes joyaux n’ont pas porté la main.

Les lieux d’où le trépas te fraya ton passage De mornes appareils sont encor tout remplis.

Le miroir dont l’éclat renvoyait ton image ,

De ses longs voiles blancs n‘a pas quitté les plis ;

Ta lampe sèche d’huile y pend , la , sans lumière Et la couche est encor comme tu la laissa ;

Sur le triste parquet repose la poussière Qu’y fit tomber le jour où ton œil s’éclipsa.

APPARITION

Le rameau de laurier trempé dans l’eau bénite ,

Que la famille en pleurs aspergea sur ton corps , Lorsqu’on l’eut revêtu de l’habit carmélite ,

Et qu’on eut récité les prières des morts.

Et quand je dors , pourtant , pendant la nuit livide , Une main de mon lit agitant les rideaux Fait sur mon front brûlant passer un souffle humide , Gomme celui qui sort des voûtes des tombeaux.

Et j’aperçois errer , dans mon alcôve obscure 7 Un bras qui porte un cierge a la pâle lueur ;

Et je ne sais quel sombre et funèbre murmure Me couvre tout a coup d’une froide sueur.

Et je te vois pleurer , et ta tête s’incline ,

Et laisse sur mon sein abattre ses cheveux ;

Et leurs tristes flocons oppressent ma poitrine :

Oh ! quand tu viens ainsi . dis-moi ce que tu veux !

APPARITION

Et lu verras soudain la volonté suivie ,

Je ne veux envers toi ressentir nul remord

Hélas î je suis assez accablé de la vie ,

Sans y venir mêler les peines de ta mort,

Oh ! de ces visions, vérités ou mensonges ,

Daigne, daigne, mon Dieu , délivrer mon sommeil Fais passer radieux tes anges dans mes songes ,

Et calme mon esprit sous leur groupe vermeil.

gouotniv b’im Soit*.

Ainsi qu’une bergère au regard gracieux ,

La lune ; surveillant de sa lueur candide Les sein tillans troupeaux des campagnes des cieux Tempérait leur éclat d'un voile lumineux Lt rendait de la nuit le silence limpide.

âGi SOUVENIR D'ON SOIR.

Le rossignol perdu dans le lointain du bois Dans l’air par intervalle , abandonnait sa voix Dont les sons veloutés expiraient dans l’espace ; Comme sur un beau lac les cercles onduleux ,

Lorsque l’aile du cygne a troublé la surface De ses Ilots transparens immobiles et bleus.

La luciole au loin faisait briller ses feux ;

Et mille étoiles animées ,

Suspendant au gazon l'éclat du diamant ,

Comme un ciel reflété dans des ondes calmées , Faisaient du champ nocturne un autre firmament. L’haleine du midi dérobant au rivage Les parfums dont les fleurs a la nuit faisaient don , D’une vague harmonie agitait le feuillage Et faisait tomber l’ame en un mol abandon.

Et celle que j'aimais d’une amitié naïve

Qui m’aimait à son tour , comme eût fait une sœur ,

Languissante , pencha sa tête sur mon cœur ,

Et me serra la main d’une étreinte plus vive.

Jamais . dit-elle , ami , la brise à mes cheveux

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