MMES
De hauts barons couverts de leurs cottes de mailles Dont Venise avait joint et poli les écailles ,
Faisaient flotter ici sur leur casque luisant La plume de l’autruche ou celle du faisan ,
Et surtout la bannière aux annales célèbres Qu’exhumait Saint-Denis du fond de ses ténèbres , Lorsque la France , ayant un danger à courir , Commandait a ses fils de vaincre ou de mourir.
Deux peuples dans leurs rois ici se rencontrèrent :
Et , long-temps ennemis, sur le front se baisèrent. L’or, la pourpre , l’azur se drapaient pour des jeux , Et luttaient de splendeur avec un ciel pompeux ;
Les airs portaient au loin la fanfare guerrière ,
Les chevaux des tournois soulevaient la poussière ,
Et les dames ; du haut des balcons élégans ,
Sur le front du vainqueur faisaient voler leurs gants.
Et voila que tout dort , et que de tant de fêtes 11 ne nous reste plus que ces plages muettes :
Que l’oiseau qui se plaint dans ses marais taris ,
Et dont le vol pesant heurte les tamaris ;
NIMES
L’onde qui sur ces bords se berce solennelle , Comme le balancier d'une horloge éternelle.
Alors ? ô Lamartine ! a ces retours du sort De celui qui prétend tonner après sa mort ,
Et qui vient en ce lieu demander des images Pour jeter plus avant sa gloire dans les âges ,
Le front triste se penche , et l’orgueil se détruit De voir tant de silence où régnait tant de bruit.
21 la JHn
— Septembre 1850. ~