‹ PoésiesChapitre 40 sur 57 · MMES · texte numérisé non relu

MMES

De hauts barons couverts de leurs cottes de mailles Dont Venise avait joint et poli les écailles ,

Faisaient flotter ici sur leur casque luisant La plume de l’autruche ou celle du faisan ,

Et surtout la bannière aux annales célèbres Qu’exhumait Saint-Denis du fond de ses ténèbres , Lorsque la France , ayant un danger à courir , Commandait a ses fils de vaincre ou de mourir.

Deux peuples dans leurs rois ici se rencontrèrent :

Et , long-temps ennemis, sur le front se baisèrent. L’or, la pourpre , l’azur se drapaient pour des jeux , Et luttaient de splendeur avec un ciel pompeux ;

Les airs portaient au loin la fanfare guerrière ,

Les chevaux des tournois soulevaient la poussière ,

Et les dames ; du haut des balcons élégans ,

Sur le front du vainqueur faisaient voler leurs gants.

Et voila que tout dort , et que de tant de fêtes 11 ne nous reste plus que ces plages muettes :

Que l’oiseau qui se plaint dans ses marais taris ,

Et dont le vol pesant heurte les tamaris ;

NIMES

L’onde qui sur ces bords se berce solennelle , Comme le balancier d'une horloge éternelle.

Alors ? ô Lamartine ! a ces retours du sort De celui qui prétend tonner après sa mort ,

Et qui vient en ce lieu demander des images Pour jeter plus avant sa gloire dans les âges ,

Le front triste se penche , et l’orgueil se détruit De voir tant de silence où régnait tant de bruit.

21 la JHn

— Septembre 1850. ~

Page 1