MMES
Comme l’encens d un vase à nos regards voilé ;
Le marbre découpé par une main savante Se dresse en déité , se déroule en acanthe ,
En vase s’arrondit ? s’assouplit en roseaux Qu’affaissent des Tritons , divinités des eaux ,
Et Diane ; et Vénus ; et Pan et le Satyre :
Tous ces dieux dont les noms ont fatigué la lyre ;
Et dont le ciel brillant à la fin a pâli Sous les tristes vapeurs que soulève l’oubli ?
Pléiade que la muse a cessé de conduire ,
La muse qui disait anathème au martyre Qui sur un lit de fleurs endormait le remord ,
Et mettait un sourire aux lèvres de la mort ,
Et dont les doigts brillans de rose et de lumière , Prodiguaient vie et grâce à P informe matière.
Et puis nous irons voir (car décadence et deuil Viennent toujours apres la puissance et l’orgueil) ;
NIMES
Nous irons voir au bord d’une eau stationnaire , Aigue-Morte aux vingt tours , la cité poitrinaire ,
Qui meurt comme un hibou dans le creux de son nid, Comme dans son armure un chevalier jauni ,
Comme au soleil d’été , qu’il croit être propice ,
Un mendiant fiévreux dans la cour d’un hospice.
Et puis son port bordé de huttes de roseaux ,
Ou viennent s’amarrer quelques rares vaisseaux ?
Où le triste pêcheur que le besoin harcèle ,
Rapièce d’un vieux bois quelque vieille nacelle.
Et cependant ces lieux de misère haie tans ,
Comptent des anneaux d’or dans la chaîne des temps. Ces murs , encore intacts dans leur vieille attitude , Dont le triste gazon verdit la solitude ,
Étaient de l’Orient l’opulent magasin ,
Et voyaient affluer le turban sarrasin ,
Un pèlerin royal , dans ses saintes colères ,
Voila deux fois ces mers de ses mille galères ,
Alors que , plein d’ardeur dans ses pieux desseins ,
Ü voulait du Croissant nettoyer les lieux saints.