‹ PoésiesChapitre 39 sur 57 · MMES · texte numérisé non relu

MMES

Comme l’encens d un vase à nos regards voilé ;

Le marbre découpé par une main savante Se dresse en déité , se déroule en acanthe ,

En vase s’arrondit ? s’assouplit en roseaux Qu’affaissent des Tritons , divinités des eaux ,

Et Diane ; et Vénus ; et Pan et le Satyre :

Tous ces dieux dont les noms ont fatigué la lyre ;

Et dont le ciel brillant à la fin a pâli Sous les tristes vapeurs que soulève l’oubli ?

Pléiade que la muse a cessé de conduire ,

La muse qui disait anathème au martyre Qui sur un lit de fleurs endormait le remord ,

Et mettait un sourire aux lèvres de la mort ,

Et dont les doigts brillans de rose et de lumière , Prodiguaient vie et grâce à P informe matière.

Et puis nous irons voir (car décadence et deuil Viennent toujours apres la puissance et l’orgueil) ;

NIMES

Nous irons voir au bord d’une eau stationnaire , Aigue-Morte aux vingt tours , la cité poitrinaire ,

Qui meurt comme un hibou dans le creux de son nid, Comme dans son armure un chevalier jauni ,

Comme au soleil d’été , qu’il croit être propice ,

Un mendiant fiévreux dans la cour d’un hospice.

Et puis son port bordé de huttes de roseaux ,

Ou viennent s’amarrer quelques rares vaisseaux ?

Où le triste pêcheur que le besoin harcèle ,

Rapièce d’un vieux bois quelque vieille nacelle.

Et cependant ces lieux de misère haie tans ,

Comptent des anneaux d’or dans la chaîne des temps. Ces murs , encore intacts dans leur vieille attitude , Dont le triste gazon verdit la solitude ,

Étaient de l’Orient l’opulent magasin ,

Et voyaient affluer le turban sarrasin ,

Un pèlerin royal , dans ses saintes colères ,

Voila deux fois ces mers de ses mille galères ,

Alors que , plein d’ardeur dans ses pieux desseins ,

Ü voulait du Croissant nettoyer les lieux saints.

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