PRÉLUDE
Je t'ai laissée en Vomhre d'or du vieux Palais Où le chanvre roui pend à la poutre rude. Assise comme un songe à l'âtre où tu filais^
Hôtesse du seuil morne et de la solitude, Seule ombre passagère au gel des purs miroirs Que ta face de n'y sourire plus dénude !
Du fond des murs épais et des éhènes noirs Ton regard m'a suivi comme un oiseau, fidèle A mon sang hasardé dans le péril des soirs.
Qu'il coulcy s'il ne doit fleurir une asphodèle , Qu'il coule glorieux dans l'écume et le vent Pour toi qui restes en la maison qui te cèle
Jalouse seulement de la Mort qui souvent
— Elle l'imprévue, elle, hélas, une autre amante
Baise en l'ombre les lèvres pâles du vivant.
Cendres oit fut jadis la flamme véhémente I Le foyer violet suggère le tombeau, Présage à qui ta foi veille qui le démente.
Tu files a ton rouet le triste écheveau Monotone et sans fin comme l'année, Omphale, Mais de l'Automne renaîtra l'Eté plus beau.
Le luxe parera ta tête triomphale
Selon un ordre ouvré de pierres et de fleurs,
O pâle à t' endormir qui t'éveillais plus pâle !
Etoile de l'amant parti vers les ailleurs, Toi sa pensée étrange et l'ombre de son âme. Toi qui restes l'absente en la gloire des pleurs.
Toi pour qui le glaive rutile et la nef rame Et la main plonge au poil fauve de la toison Qu'à la proue a lavée une écume de lame.
Ouïs ! l'Hydre a saigné ses têtes de poison.
Les oiseaux saccageurs que la flèche transperce
Tombent lourds, un à un, au lac de l'horizon;
Le taureau frustré du rapt beugle et se renverse.
Le sanglier résiste au Belluaire et lui
Songe au troupeau rué des monstres qu'il disperse.
L'aurore est pâle encor d'avoir été la Nuit Et des mufles crispés ont mordu l'herbe grasse En leurs crinières oii de l'or s'effile et luit.
Le mal mystérieux agonise et trépasse ;
Les douze Epreuves ont purgé V ombre et voici
La massue et le glaive au poing nu qui terrasse ;
La campagne est salubre et le bois êclairci D'où, Vâpre survivant des griffes et des haines Par les routes s'en vient de là'bas jusquici.
// a lavé le sang de ses bras aux fontaines Et laisse avec orgueil traîner sur les cailloux La toison du bélier et les peaux néméennes;
Il vient à toi VOmphale, âme de ses courroux. Toi son âme vivante et qui gardes, ô douce. Le songe du soleil mort en tes cheveux roux.
Voici le tribut pris aux beaux jardins où, pousse Varbre de V Hespéride qu'un monstre gardien Regardait seffruiter parmi Vherbe de mousse*
Quitte le noir parvis du Palais ancien Qui claustra ton exil de la terre mauvaise Et lève~toi devant Celui qui se veut tien!
Il a foulé le mal de son pied nu qui pèse Sur la gorge étouffée et la gueule qui mord Jusqj£a ce que le dernier cri râle et s'apaise;
Dans le sombre Hadès il a vaincu la Mort Par qui le long sanglot emplit la maison vide. Et le voici maître du Sceptre et du Trésor,
De grandes fleurs ont refleuri la terre aride Qui sera mère à ton sourire puéril, Héritier médéen des philtres de Colchide,
Ton honneur est le prix que (voulut son péril I Pends la peau léonine à tes épaules nues Sous les griffues que joint un fermoir de béryl»
Les monstres accroupis se crispent dans les nues
En songes tristes acculés au fond du soir.
Et la quenouille est douce aux porteurs de massues.
Au trône quil dressa royal et pour fy voir. Sois son âme éternelle, ô son âme éphémère. Toi qu'à surnvre belle a forcé son espoir,
Et si son cœur, hélas, mordu par la chimère Durant le dur travail de ton nom illustré Élude sa tristesse en quelque cendre amère.
Laisse le bûcher d'or fumer au ciel sacré I