LA CRITIQUE DES CONTEMPORAINS
« Le recueil de M. de Vigny, écrit H. de Latouche à son éditeur en 1822, fait beaucoup d'efiet dans le monde... » Succès de société d'un recueil anonyme, qui pouvait se recommander, dans certains salons, de la qualité de son auteur. Mais ces premiers vers publiés en volume auraient sans doute passé inaperçus dans la presse, sans la «camaraderie littéraire » par quoi le jeune Romantisme s'efforça de se faire sa place au soleil. Et la réputation de Vigny fut d'abord !ice étroitement aux épisodes de la bataille poétique. Hugo rendit compte, dans y Etoile du 24 mars 1822, du livre de son nouvel ami, «Voici enfin des poèmes d'un poète , des poésies qui sont de la poésie ! » Les affinités entre Vigny et Chénier, « fraternité remarquable » , étaient signalées ; Hugo excusait les taches qu'un lecteur vétilleux risquait de relever, «parmi tant de beautés, des incorrections nées d'un système, des négligences nées de la paresse. . . »
L'Album du i^ juillet 1822, en revanche, est impitoyable pour un volume qui renfermait La Fille de Jephté ; de ce «faible» recueil, seul le poème de La Femme adultère paraît digne d'être relu. La Quotidienne du 24 avril (Mély-Janin), le Drapeau blanc du 15 juin, le Réveil du 25 octobre prenaient parti, à l'égard du recueil anonyme, selon les affinités littéraires — ou politiques — de leurs rédacteurs.
Ce dernier périodique, le 21 novembre 1822, examine les poésies
'"' II ne saurait être question de donner ici une bibliographie complète des imprimes concernant Vigny en général. C'est le poète dont on voudrait repérer la «légende)) essentielle dans l'opinion française. Lsl Bibliographie des ouvrages relatifs à Alfred de Vigny, par H. de Curzon (Besançon, 1897) fournit l'indication des livres les plus importants pour le siècle dernier.
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sur la Grèce de \^igny, Guiraud et G. de Pons et trouve dans Héléna « une foule de passages empreints d'une haute et véritable inspiration» , des vers «simples et grands comme l'Evangile». Les Annales de la Littérature et des Arts, sous la plume d'Ancelot (1822, t. VII, p. 73), conseillèrent au poète de resserrer l'action languissante de ce poème , de le réduire à deux chants, de remédier ainsi à «de graves défauts qui nuisent souvent à l'intérêt». Saint- Valry, quelques mois plus tard, y célébrait les mérites de son ami (1823, t. X,p. 6). Emile Deschamps, sans doute, consacrait dans le Moniteur universel du 29 octobre 1822 un article flatteur aux Poèmes de Vigny en même temps qu'aux Odes et Poésies diverses d'Hugo et insistait — comme il fera dans la préface des Etudes françaises et étrangères — sur la nouveauté de compositions telles qu Héléna, Le Somnambule, La Prison. «Ce sont les grands effets du drame jetés au miheu d'une poésie descriptive toute nouvelle, dont les tableaux sont comme de belles décorations immobiles autour des personnages agissants.»
L. Thiessé (^Mercure du Xix' siècle, t. I, 1823, p. 171) signale les Tablettes romantiques , avec La Prison; le même recueil est examiné par Héreau dans la Revue encyclopédique (t. XVII, 1823, p. 630) qui range La Neige dans le faible, l'insignifiant et le mauvais du recueil tout entier.
Le Trappiste, poème à tendances politiques, occupa la presse bien pensante : «II n'est bruit aujourd'hui dans les salons de ia capitale que d'une nouvelle production poétique», annonce le Réveil du 15 octobre 1822 (cf. l'Etoile du 28 octobre); à propos de la troisième édition, annonce dans l'Etoile le 20 mars 1823, compte rendu dans la Foudre le 25 mars, etc. Hugo célèbre à son tour Le Trappiste dans le Réveil du 7 et du 10 décembre 1822, vante «l'éclat de ce coloris et la largeur de ce pinceau». «M. de Vigny n'est pas moins appelé [que Lamartine], par la flexibilité de son talent, la richesse de son imagination, la fraîcheur de sa pensée, la grâce et la vérité de sa poésie, à briller au rang le plus émment de la littérature» : le Journal d'un jeune Jacobite ne reprendra que des fragments impersonnels et amorphes de cet éloge.
On connaît, de même, le fameux article de Victor Hugo sur Eloa (^ M use française du 15 mai 1824.), devenu depuis, dans Littérature et Philosophie mêlées, un éloge du Paradis perdu. « Si jamais composition littéraire a profondément porté l'empreinte ineffaçable de la méditation et de l'inspiration, c'est ce poème.. . drame simple et immense, dont tous les ressorts sont des sentiments; tableau magique qui fait graduel
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Icnicnt succcclcr à toutes les teintes de lumière, toutes les nuances de ténèbres ; poème singulier qui charme et qui effraie !» La majesté et la grâce, l'eirrayante beauté de maint passage cité, la fraîcheur et l'éclat, apanage de l'ami poète, étaient hautement mis en valeur.
Même parmi des critiques modérément hostiles à la nouvelle école, on n'est guère convaincu. L'Etoile du 2^ mai et du 2-^ juin s'afflige de l'erreur de Vigny, mal dirigé et égaré par la recherche à toute force de la nouveauté. Les Annales de la Littérature et des Arts de 1824 (t. XVI, p. 16) condamnent dans ce poème «extrêmement vanté par les romantiques» un «mélange adultère d'idées religieuses et de sentiments profanes, une espèce de sacrilège dans ce délire de l'imagination».
Le Journal de Paris (B. L.) du 3 août 1824 |)crsifle Eloa. «Les anges ont-ils des sœurs, et l'auteur, avec son mystère, prétendrait-il nous ramener au siècle de Dubartas et de Ronsard ? Telles sont les questions qu'il est permis de faire quand on ne va pas dans le beau monde romantique, et qu'on n'a pas lu le Trappiste. M. de Vigny ne conçoit ni ne compose comme le commun des auteurs : sujet, pensées, expression, tout est original chez lui.» Dolorida est fort maltraitée par la Revue encyclopédique de janvier 182^.
Le Mémorial catholique (février 1825), sous la plume d'O'Mahony, barre le chemin à Eloa, poème romantique avoué, qui a toutes les bizarr-cries du genre et dont le succès de salon est un signe de la folie du siècle. H. de L[atouche], dans le Mercure de France au XI x' siècle (1825, t. IX, p. 347), juge bizarre l'invention du poète, excellente l'exécution, excusable d'ailleurs l'obscurité qui caractérise les vers de la nouvelle école. «Une pensée vaut la réflexion qu'elle commande; et nous sommes las des lieux communs qui ne rapportent pas plus à l'esprit qu'ils n'ont coûté à l'intelligence.» Mais il manque à «cette rêverie si éminemment poétique, pour toucher le cœur comme elle enchante l'esprit, de retracer peut-être des passions qui seraient mieux les nôtres ».
Pour longtemps, notre auteur est classé; c'est, comme dit Fontaney,
De Vigny, le frère des anges Dont il u trahi les secrets.
Et Joseph Delorme ne manquera pas de faire une place, dans le Cénacle, à celui qu'il appelfe
Cliantre des saints amours, divin et cliastc cygne.
En 1829, A. B[rizeu]x reviendra encore sur Eloa, «création fraîche et idéale» qui laisse au lecteur un éblouissement (^Mercure de France au XIX' siècle, t. XXV, p. 304).
Vigny fait souvent figure, au plus fort de la bataille romantique, d'écrivain dévoyé que des maléfices séducteurs entraînent hors de ce qui serait sa vraie voie. La Revue encyclope'dique de mars 1826 recommandait à l'auteur du Déluge «d'en croire les avis de la critique, de préférence aux insinuations perfides de la flatterie qui, dès son début, n'a pas cramt de l'appeler du nom de « Racine moderne ». En janvier 1825, le même périodique avait fait raillerie de Dolorida.
Pour le Globe du 15 avril 1826, «la muse de M. de Vigny est la jolie fille non éduquée : elle a besoin d'aller au couvent». Des naïvetés, des maladresses déparent un incontestable talent. «C'est un singuher poète que M. le comte Alfred de Vigny...»
C'est surtout la poésie « séraphique » dont s'irritent les comptes rendus des journaux et des revues , et sans doute le succès de Cinq-Mars a-t-il rassuré nombre de lecteurs classiques ou mondains. Dans les Débats du 24 juillet 1829, D. Nisard consacre aux Poèmes un article [lixorahïe [ci^. Essais sur l'école romantique). Le «vague» d'Eloa, cependant, l'indispose, et les «subtihtés d'expression , si minces et si menues, que l'esprit n'en peut rien saisir». Mais Vigny a le mérite de savoir se corriger et se perfectionner. «Le style... a des veines de bonheur. H y a de l'invention dans sa grâce et dans son élégance. Mais la peur du commun le rend parfois obscur et bizarre. »
La Revue française de mai 1829, en revanche, ne s'est pas encore familiarisée avec cette poésie qui n'a pas d'analogue ni de substance dans la réalité. Cependant C. M[agnin], dans le Globe du 21 octobre, est fort élogieux pour Eloa. «Certes, si l'on trouvait dans Klopstock un épisode aussi poétiquement conçu, aussi heureusement exécuté, on se récrierait d'admiration. » Et l'estime croissante du public pour «ce soi-disant barbare, fécrivain le plus suave, le plus mélodieux, le plus soigneux de la forme» est l'mdice d'un progrès du goût (cf Causeries et Méditations, 1843, t. I , p. 225). D'Herbclot s'efl'orce d'y rallier son ami Montalembert en 1829. « Rehsez cela, et je crois que vous en serez enchanté. »
A mesure que la jeune école est amenée à définir ses positions . Vigny figure de plus en plus parmi ses chefs de file. Le trio Hugo, Lamartine, Vigny correspond, dans la préface mise par Em. Deschamps à ses Études françaises et étrangères (1828), à l'innovation dans l'Ode, l'Elégie et le Poème. Vigny a su «être grand sans être long». De To-
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reinx, en son Histoire du Romantisme (1829), le trouve «beaucoup trop romantique, car il est souvent inintelligible». J. Janin met presque hors de pair, dans la «coterie» nouvelle, «ce poète élégiaque d'un ordre supérieur, ...poète dans ses deux langages... plus élégant, plus sûr de lui-même» que V. Hugo [Choix de poésies contemporaines, 1829). Jay le persifle dans sa Conversion d'un romantique (1830). Mais l'adhésion des «jeunes», à cette heure décisive, est acquise à Vigny. La Révolution de Juillet , en cette matière aussi , marquera une brisure.
Un article sympathique d'Em. Deschamps dansT^wnir, le 4 mai 1831, signale bien Paris, «sorte de rêve symbolique... détaché d'un recueil incomplet encore , intitulé Elévations. . . Ensemble de compositions dont il donne d'avance une grande et forte idée». UAlhum de la Revue des Deux Mondes (1831, I, 471) analyse et cite le poème, «à la fois de circonstance par le sujet , et de tous les temps par le talent. La riche imagination, et toute la forte et brillante poésie de M. Alfred de Vigny, ne se sont jamais alliées à une pensée plus haute et plus sévère». En revanche, le National (2 mai 1831) raille durement cette «mauvaise plaisanterie», sa fausse originalité et son imbroglio apocalyptique. En face de fins de non-recevoir qui sont fréquentes dans l'opinion du régime de Juillet, il faudrait mettre les dithyrambes d'un ancien frère d'armes, Gaspard de Pons (^Adieux poétiques : le Succès, 31 mai ,83,).
Toi qui vois de si haut la ville souveraine,
... Plus haut que ton Paris tu ne pourras monter...
Bien qu'une parodie de 1832, Le Sacerdoce littéraire ou le Gouvernement des hommes de lettres, salue en lui le chef d'un chœur de Jeune- France qui font leur entrée au Cirque Franconi, il est clair qu'après 1830 Vigny devient surtout le poète d'un groupe un peu ombrageux et secret, Brizeux, les Deschamps, Barbier, Busoni, que la grande virtuosité de Hugo semble effrayer. Nombreux sont les minores qui lui font encore l'hommage d'une dédicace, et qui entendent rester fidèles à une conception plus idéaliste que concrète ou sociale de la poésie. Mais on lui reproche déjà d'être «plus un parfait homme du monde qu'un poète dans la profonde acception du mot». Rétrospectivement, ses œuvres sont passées au crible. Jal a beau jeu à démontrer (^Archéologie navale, t. I, p. 112) que la Sérieuse est une frégate équipée par un ignorant des choses nautiques. En revanche, Gustave Planche (Revue des Deux Mondes du i" avril 1832) ne croit pas «que la Sérieuse
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de M. Alfred de Vigny soit moins belle et moins pathétique, parce qu'il n'a pas, comme vous [le romancier naval Ed. Corbière], traversé douze fois l'Océan, parce qu'il a commis, dans les strophes d'une ballade, quelques erreurs qu'un mousse de douze ans pourrait relever». Le même critique (^ibid. , i" août 1832) se fait le champion de Vigny en même temps que son discret biographe , et dmimue la part du Cénacle dans sa formation. «Heureusement pour lui, il est resté au régiment plutôt que parmi les sociétés littéraires de Paris. »
La vive et passagère émotion soulevée par Chatterton, le médiocre accueil fait par le régime de Juillet à Servitude et Grandeur inilitaires n'ont guère servi le renom du poète. Un article [de Rolle?] dans le National ( 16 février 1835) rappelle à propos de Chatterton que «M. de Vigny est à peu près le seul de nos écrivains nouveaux qui ait maintenu son esprit dans sa sphère tout idéale et dans sa noble fantaisie. Aucun mélange matériel , aucune he impure ne l'ont envahi et souillé. . . M. Alfred de Vigny a l'âme d'un poète , l'âme noble , recueillie , rêveuse , croyante...» De tous les articles de cette époque, c'est celui qui semble avoir le plus touché l'écrivain. 11 y avait de l'ambiguïté dans l'étude de Sainte-Beuve [Revue des Deux Mondes, i^ octobre 1835: Portraits contemporains, t. Il): «une certaine vie primitive et saine» paraissait trop décidément refusée à l'œuvre de ce poète, jadis poète pur, aujourd'hui poète soufliant, et qu'on laissait inchner «son vaste front moite et douloureux» dans une solitude nostalgique.
Hugo de son côté affectait-il vraiment de ne retenir, de l'œuvre de ce «gentilhomme fort distingué», qu'un beau poème espagnol appelé Dolorida? Il y avait en tout cas un malentendu essentiel entre ces anciens compagnons de lutte. La pubhcation des Œuvres complètes, à partir de 1 837, était plutôt une façon de dresser le bilan du passé — à quarante ans — que d'annoncer la moindre reprise d'activité prochaine : ce ne fut qu'après le lancement des éditions Charpentier, avec leur format portatif et leur apparence plus maniable , que Vigny put s'apercevoir qu'un public, malgré tout, lui était acquis. Et rien n'est touchant comme la joie ingénue du grand écrivain à constater, par les chiffres fourms par ses éditeurs, que ses vers traçaient insensiblement, dans les masses des lecteurs, quelques larges ondes concentriques.
Il arrK'e assez souvent qu'on tente dès lors un regard d'ensemble sur sa carrière : en attendant le tardif petit volume d'Eugène de Mirecourt, la Galerie de la Presse, de la Littérature et des Beaux- Arts rend hommage, en 18.JO , à Eloa, « sublime et complète épopée » et à l'espèce de beauté hiératique émanée de la vie et de l'œuvre de l'auteur.
4jo notes et éclaircissements.
Candidat à l'Académie, à partir de 1842, c'est la Poésie que Vigny entend y représenter; et c'est, comme de juste, sa poésie. Elle est un peu oubliée vers ce moment, au milieu de l'entrain humanitaire ou pratique du régime de Juillet. Le Rivarol de 18^2, s'occupant de Vigny, rappelle qu'«on le trouve vraiment peu fécond en comparaison de Paul de Kock». 11 faut, dans la Galerie des contemporains illustres de L. de Loménie, dans la Revue du Lyonnais, dans l'article du National du 22 janvier 1842, rafraîchir les mérites d'Eloa et de Dolorida. Sainte-Beuve (^Revuc des Deux Mondes, 1" février 1839) consacre une étude assez tiède à son ancien ami; il marque assez justement qu'il n'a jamais su « s'évertuer» ; après sa réception et l'indiscret éloge de l'Art par le récipiendaire, il insistera sur son affectation et sur T «incomplet » de son «pur talent» (^ibid. , 1" février 1846; cf. une lettre à V. Pavie du 14). Dans son fameux article Dix ans après en littérature , enfin , le i " mai 1 840 , il négligeait de nommer l'un des initiateurs de la nouvelle poésie. Chaudes-Aigues ne l'accueille pas dans ses Ecrivains modernes de la France (1841). C'est dans la Mode, le 6 mai 1845, que Merle et le vicomte Walsh signalent le candidat nécessaire au fauteuil vacant, «poète aux inspirations nobles et pures, écrivain élégant et profond de l'école spiritualiste».
Chose curieuse, la divulgation de plusieurs poèmes philosophiques ne semble guère modifier, pour les lecteurs français, la situation du poète angéhque, du «cygne du Romantisme», et c'est à l'étranger qu'une voix mieux informée se fait entendre (^Dublin University Magazine, 1843, t. XXII, p. 63). L'opmion a son siège fait, et paraît mal discerner toute la valeur de ces 7iovissima verba. Aug. Desplaces ( Galerie des Poètes vivants, 1847) est un des rares lecteurs qui insistent sur «la fermeté du trait», «l'harmonie entre le style et la pensée» que manifestent les poèmes publiés. Sainte-Beuve lui-même écrivait à Juste Olivier : « De Vigny a reparu dans la Revue des Deux Jlf ondes par des vers tirés et figés : cela réussit peu, on aime peu les vers pour le quart d'heure.» Eug. Faure [Revue inde'pendante , 10 février 1846) voudrait en général «un vers plus ferme et plus concis». Lamartine (^Histoire de la Restauration, II, 207) cite simplement de Vigny «ces œuvres de recueillement et d'originalité qui n'ont point de genre parce qu'elles ne rappellent qu'une âme solitaire comme son talent». G. Planche, reprenant en 1848 dans ses Portraits littéraires (I, 165) un ancien article, n'y ajoute pas de mention nouvelle.
Si bien que la renommée de Vigny demeure fondée sur ses seuls débuts. Un article, enthousiaste pourtant, de Barbey d'Aurevilly sur
« le premier de ces novateurs , ou plutôt de ces rénovateurs littéraires ,• dont nous soninies plus ou moins les fils » , s'arrête surtout aux anciens poèmes; Eloa, «le fond incommutable de son génie», la «fière beauté » de Moïse, les « vers jaillis comme l'eau d'une source » dans Le Cor : toute cette pureté sans froideur fait regretter au jeune byronien l'œuvre ultérieure de Vigny (dans le Pays; cf. Les Œuvres et les Hommes, 3* volume, Les Poètes, 1862). C'est aux inéntes du début, à la forme exquise et à la blancheur sérapliique à' Eloa, que s'arrête de même un article de G. Valtier (^Correspondance littéraire, marsavril 1863), à quelques mois de la mort du poète.