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LA CRITIQUE POSTHUME

La vraie gloire pour Vigny fut, ainsi qu'il arrive et selon le mot de Balzac, le «soleil des morts». Deux Entretiens de Lamartine, dans le Cours familier (xciv-\'C\), vantent «l'homme presque parfait avec lequel j'ai eu le bonheur d'être hé», avec une estimation modérée du poète, mais un rappel particuher des vers de Moïse : «toutes les oreilles capables de les supporter en restèrent retentissantes»; Barbey d'Aurevilly, dans le Nain jaune de septembre 1863, noue «un crêpe autour de ce médaillon». Sa disparition suscite des nécrologies plus ou moins élogieuses de Claveau (Revue contemporaine, 15 septembre 1863); de Pontmartin (septembre 1863; Dernières semaines littéraires^, Horace de Lagardie (Revue nationale, 10 octobre), L. de Ronchaud (Revue germanique, i" novembre), Em. de La Bédolhère (Siècle, 20 septembre). Th. Gautier (Moniteur, 28 septembre, cf Histoire du Romantisme), J. Levallois (Opinion nationale, i" octobre), L. Ratisbonne (Débats, 4 octobre), Claretie (Rame française; cf. La Libre Parole, 1868), P. Paget (Illustration, 3 octobre 1863), Ch. de Moùy (Presse, 12 janvier 186^), Barbey d'Aurevilly (Le Pars, 31 janvier 186^).

Critique au Constitutionnel , Sainte-Beuve consacra à Lebrun et à Gavarni les premiers articles qui suivirent le 17 septembre. Ce ne fut pas dans son étude de la Revue des Deux Mondes (i ^ avril 186^; Nouveaux Lundis ,\l) que Sainte-Beuve avoua le fond de sa pensée sur son ancien compagnon de Cénacle : il y vante, avec les réserves accoutumées, la noble foi poétique de Vigny, il y reconnaît le «feu divin»

qui ne cessa de l'animer et n'hésite pas à le ranger parmi les êtres doués du don sacré; mais il écrit à Pavie, le 9 octobre 1863 : «Il avait eu de belles parties, mais il était devenu de plus en plus précieux et concerté en vieillissant. Musset l'appelait «le vieil ange», et il avait raison. Q,uaiid on est ange et qu'on en fait profession, il faudrait mourir jeune. . .» Et à Péhant, le 14 août 1868 : «Vigny était un grand poète mais qui avait bien ses travers...»

Le «déclin très bien soutenu» des Destinées ne semblait pas, au gré du critique, se distinguer du vol ordinaire de l'auteur d'Eloa ; ce recueil vient cependant, à cette date, préciser et accroître l'éminence du poète. Si la Biographie Didot, par la plume de F. Colincamp, aiïecte de dédaigner «le scepticisme, le découragement singulier chez un poète qui après tout n'avait pas à se plaindre du sort»; si CIi. de Moiiy (Presse du 7 mars i86.|.) en retient surtout la «quiétude morne» et si Vcdrenne (Fauteuils de l'Académie française") note que les poésies posthumes sont «généralement estimées inférieures aux autres»; si cnlin la Poésie de P. Albert , en 1 868 , n'accueille nulle part le nom et la production de cet écrivain, — en revanche Barbey d'Aurevilly rappelle (Nain jaune du 2^ janvier 1867; Poésie et Poètes) que les Destinées, quand elles parurent, frappèrent l'attention «par un accent qui fit réfléchir les critiques de nature humaine. H y avait en ces poésies autre chose que des vers, des rythmes et des mascarades de forme à juger». Cuvillier- Fleury (Débats, i et 8 mars 1^6^; Etudes et Portraits) réprouve le fatalisme du phdosoplie, mais accueille l'émotion du poète; L.de Ronchaud (Revue germanique , i" février 1864,) signale la «lente cristalhsation)) de ces belles œuvres; Aug. Callet (La Nation, 9 février 1864,) s'irrite de l'enchaînement sinistre des poèmes; Pontmartm (Débats, janvier 186.^; Nouveaux Samedis , I) trouve à ce laconique testament httéraire «un peu de roideur et de tristesse, de froideur et d'obscurité», non sans les plus hauts mérites de pensée. Enfin, un artisan du vers. Th. Gautier, qui avait tant d'estime pour le poème d'Eloa, «le plus beau , le plus parfait peut-être de la langue française n , admet que les Destinées sont «sa plus belle œuvre peut-être».

On envisagea aussi le mérite poétique de Vigny, à l'Académie française, le jour où J. Sandeau y reçut, le 22 février 1866, son successeur Camille Doucet : quoique l'hommage rendu à la personnalité du poète fût placé dans un demi-jour respectueux, son œuvre demeura, dans les deux discours, médiocrement louée. Même tiédeur dans diverses études contemporaines. La Brizolière (Les Noms aimés, 1865) voit encore dans Eloa «la perle poétique» de Vigny, examine

cependant le mélange «de mysticisme et de philosophie» du dernier lecucil. A. de Boissieu [Lettres d'un Passant, 2" série, 1869) trouve i{ue Sainte-Beuve a dépassé la mesure de la vérité qu'on doit aux morts, mais hésite à admettre sans réserves la fierté démodée et la haute pudeur de cet «écrivain de rang élevé».

Em. Montégut (Revue des Deux Mondes, 1" mars 1867, et Nos Morts contemporains, I) juge plus harmonieux et plus captivant le premier son de voix du poète , mais reconnaît tout ce qu'il y a de remarquable dans le dernier recueil , et donne , du génie plus intellectuel que spontané de l'écrivain, des caractéristiques pénétrantes.

Cependant — ce qui est l'essentiel — la transmission se fait, sans nouvelle éclipse, de l'ancien romantisme à la nouvelle école poétique. Th. Gautier, dans son Rapport sur la poésie, en 1867, met en bonne place «ce cygne» et parle en maître ouvrier de cette poésie supérieure.

Dépendance bien connue de Baudelaire à l'égard d'un de ses premiers admirateurs; hommage de Leconte de Lisle, saluant dans ce romantique hors cadre l'initiateur d'une nouvelle forme, plus large et plus contenue, de poésie, «le poème de Moïse, écrit en 1822, précurseur admirable déjà de la Renaissance moderne , par la largeur de la composition autant que par l'abandon complet des formes surannées»; «respectueuse admiration» de J.-M. de Heredia; enthousiaste déférence de Banville pour celui qui fut «comme un signe vivant et visible de notre noblesse» et qui avait exquisement accueilli ses dixncul ans, de «l'incU'able sincérité de son beau sourire»; délicieuse initiation de Mistral, que l'image d'Eloa poursuit et fascine comme une réahté : autant d'éloges par lesquels une nouvelle littérature confesse son dévotieux respect.

La délicate étude d'Anatole France (Paris, 1868) venait à son heure pour célébrer dignement la pure mémoire du poète, non sans insister sur sa placidité, son «scepticisme profond et doux». Ratisbonne, dans une conférence du boulevard des Capucines (Revue des cours littéraires, 23 janvier 1869), replaça la poésie de Vigny dans une biographie sympathique dont le Journal fournissait d'autres éléments. Et l'on peut dire qu'ainsi la «légende» de l'écrrvain était assurée de passer à la prochaine génération, que les événements historiques de 1 870-1 871 allaient laisser endolorie, toute prête à goûter surtout, dans la poésie de Vigny, les éléments les plus analogues à son hésitation, les objections taites à la vie, la «précellence de l'Esprit» préférée à l'action, l'absence de confiance et d'illusion (cf là-dessus A. Beaunier. Revue des Deux Mondes du 1'' janvier 19 14.) : peut-être même les

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«enfants du siège m sont-ils allés trop loin dans cette interprétation à la Schopenliauer.

Ed. Fournier (^Souvenirs poétiques , 1880) rend hommage à l'inittatcur. P. Albert [Poètes et Poésies, 1881) étudie cette «âme délicate , presque maladive» et son art «distingué». Blaze de Bury [Revue des Deux Mondes, 1" juillet 1881 ) estime que «la vraie gloire de Vigny est dans ses vers ». C. Lenient ( Revue politique et littéraire, 25 août et i " septembre 1883) replace dans sa biographie l'étude de la poésie de Vigny, non sans insister surtout sur les Destinées. P. Bourget prend texte de la réimpression Lemerre pour revenir sur l'auteur de poèmes d'une beauté inaltérée, et trouve dans la «solitude de l'âme» le thème unique de ses plus nobles vers, «œuvres d'un art raffiné traduisant quelques-unes des plus profondes aspirations de l'âme contemporaine» [Débats, 2^ mars 1885; Etudes et Portraits, 1). A. Houssaye, dans le même temps [Les Confessions, I, 271), demande «pourquoi l'on n'admettrait pas, parmi les dieux de l'Olympe romantique, cette sympathique figure du soldat-poète... Figure à jamais poétique, beau front habité par le rêve, bouche souriant sous l'amertume de la pensée. ..» Un peu plus tard, 1 892-1 893 , Spoelberch de Lovenjoul, dans un post-scriptum des Lundis d'un chercheur, notant que «le poète semble avoir traversé — ou tout au moins pressenti — • nos temps découragés», voit en lui «sans doute l'ancêtre et le précurseur du siècle qui s'annonce, et ce méconnu d'hier pourrait bien être le triomphateur de demain».

Peu de résistance, dans l'interprétation radicalement pessimiste de la poésie vignesque. Em. Des Essarts regrette, il est vrai [Portraits de maîtres, 1888), que de ce «génie exemplaire», la jeune génération ne semble prendre que «le grain de Schopenliauer», non «les généreuses parties de son âme et de son talent». Mais une telle délimitation correspond trop bien aux tendances essentielles de l'heure pour ne pas triompher, dans la critique aussi bien que dans l'opinion.

Avec ses constructions ingénieuses, l'étude d'E. Faguet [xix' siècle, 1887) précise admirablement ce point de vue. Elle reproche à Vigny «d'adorer l'idéal et de n'y pas croire», exagère «le désespoir absolu sans recours que le néant», cette profondeur de désolation qui n'a de consolateur que l'orgueil. Le metteur en œuvre est inférieur au créateur d'idées poétiques. Caro [Poètes et romanciers, 1888) s'en tiendrait plutôt à la « poésie élevée et chaste » des débuts.

La valeur poétique de Vigny, d'autre part, était soumise à une épreuve d'un genre diflérent. La première étude d'ensemble sur sa vie, celle de Paléologue (1891), aboutit à un jugement fort équitable sur

les mérites du poète. «Il Faut reconnaître à sa poésie quelque chose de grand, de simple et de solennel qui n'appartient qu'à elle. .. II a créé la poésie pliilosopliique en France. Par la force et l'étendue de sa pensée , par le sens profond qu'il eut de l'au-delà, par l'intensité du rêve intérieur qu'il porta en lui et dont sa poésie garde la vertu communicative, Vigny est infiniment supérieur à Hugo, dont le génie est ailleurs. . . »

Les poètes symboUstes, en dépit de la filiation qui , à travers Baudelaire, les rattache à l'auteur de La Maison du berger, ne liaient qu'à demi leurs transpositions d'art à la rêverie de Vignv. Ch. Morice [Littérature de tout-à-l'beure , 1889) notait qu'au lendemain de l'apothéose d'Hugo, sa renommée restait intacte. Mais ce poète, «qui médite avec entêtement» (R. de Gourraont , Temps , mars et avril ïgi2,passim) et dont «le sentiment se fige en aphorismes», déconcertait par trop d'mtellectuahté l'eH'ort tenté par la poésie française pour assouphr son instrument et se rapprocher de l'intuition. Bien que Viélé-Griffin ait écrit que «le vers de Hugo a été inventé par de Vigny», ou que Du Plessys mette celui-ci au nombre des patrons de son œuvre, la réputation du poète d'Eloa reste indécise dans ce groupe. uVoiis ne devez pas admirer Vigny», aurait déclaré Moréas.

Le centenaire de la naissance de Vigny nous vaut un article où H. de Régnier [Revue de Paris, i" avril 1897) célèbre la haute valeur svmbolique de cette date commémorative. Un article de M. Resséjac [La Quinzaine, juillet 1897), un poème de L. de Bordes de Portages ( Bordeaux, 1897) sont de la même date. Un sonnet de Sully Prudhomme, en 1898, commémore l'ancêtre de la poésie d'idées :

Et toute noble Muse est encore téritière Du souffle magnanime épars dans tes travaux.

Ses lettres à M°° du Plessis suscitent une subtile étude de J. Lcmaitre sur l'w orgueil sauveur» [Contemporains, t. VII, 1899) et un feuilleton d'A. Le Braz sur la tendresse profonde qui s'ajoutait à l'« immense pitié» du poète [Débats, 26 janvier 1896).

A l'issue du mouvement svmboliste , la valeur de Vigny subsiste entière — et au delà ; elle s'est accrue du reste de tout ce que sa signification morale et sociale comporte d'actualité. Le poète est, d'ailleurs, mis en pleine valeur par Henri de Régnier [Figures et caractères, 1901). Une enquête ouverte en 1902, par l'Ermitage, attribue à Vigny ^S mentions, contre 93 à Hugo, 47 à Verlaine et 46 à Lamartine.

II est visible qu'en plus des mérites strictement littéraires, dont manuels, précis et histoires confirment la durée (Doumic, 1888; G. Pellissicr, 1890; Lanson, 1894; Chantavome, 1899, ^^'^•)> ^"*^ valeur de plus en plus efficace se dégage, pour I'» élite intellectuelle» que la fin du siècle semble appeler à se manifi;ster plus expressément, du noble précédent de la «tour d'ivoire».

Guyau avait, dans L'Art au point de vue sociologique (1890), insisté sur la signification collective de cet isolé apparent; F. Brunetière mettait hors de ^a.ge [Revue des Deux Mondes, 1" déc. 1891) «le seul romantique qui ait eu des idées générales et surtout une conception de la vie raisonnée, personnelle, philosophique» : éloge repris dans Y Evolution de la poésie lyrique. Avec les livres de L. Dorison, l'œuvre de Vigny entre dans l'interprétation systématique et dans l'histoire des idées. Vigny, poète philosophe (1892) noue quelques fils entre l'œuvre poétique, les Destine'es surtout, et les thèmes dont Auguste Comte se faisait de son côté le défisnseur systématique; Alfred de Vigny et la poésie politique (1894.) étudie spécialement «la mission religieuse propre à la poésie» et rattache l'essentiel des Destinées à une tendance positiviste de reconstruction sociale. De Vogué jette un de ses Regards historiques et littéraires sur le poète qui représente le mieux «la poésie idéaliste en France» et l'évoque dans son Rappel des Ombres (1900). C'est encore la penstse plutôt que l'art dont Marc Citoleux s'inquiétera dans son étude sur la Poésie philosophique en France (190^) et dont G. Mossé (^Nouvelle Revue, i"' novembre 1907) tentera une rapide synthèse.

La biographie de l'écrivain est retracée, dans le même temps, avec grand luxe documentaire, par l'ouvrage de Léon Séché, /l (/Vf c? de Vigny et son ternps (Paris, 1902; réédité en 19 13); de nombreuses études de sources le concernent dans des essais de détail ou des études d'ensemble sur les influences subies par le romantisme (Estève, 1907; Baldensperger, 191 0; J. Giraud, H. Potez, etc.). Ernest Dupuy interprète avec un tact infaillible les indices épistolaires et les éléments biographiques recueillis et mis en œuvre dans ses deux volumes (19 10 et 19 12).

Un projet de statue à Paris motive de nombreux articles, un recueil d' «hommages» et de témoignages (R. Eude, Alfred de Vigny intime, 1912) où prennent place, outre les sonnets de Sully Prudhomme et de G. Trarieux, des pages de L. Dierx, Haraucourt, V Margueritte, L. Tailhade,etc. En attendant qu'une telle commémoration soit réalisée. Loches a la statue de Sicard (cf, Nozière, Ternps du 5 juin et du 16 août 1909).

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. /iiy

Diverses occasions permettent à [a critique de jeter un coup d'œil rétrospectif sur le poète. Cat. Mendès entend nuancer de quelques réserves son appréciation de Vigny (^Rapport sur le inouvement poétique français, 1903) : «le Contempteur plutôt que le Compatissant», l'égoïste adorateur de l'Honneur par dépit de la gloire où d'autres triomphèrent, fait assez pauvre figure dans ces pages qui laissent à son œuvre poétique sa seule «vaste blancheur triste», son calme désespoir sans faiblesse et sans battement de cœur.

Sujet du prix d'éloquence à l'Académie française en iqo6, Vigny suscite des «essais», justes de ton et bien informés, de P.- Maurice Masson (1908), de F. Roz (1907). Le poète, avec «l'unité et la variété de son œuvre», est au centre de l'essai de Gaillard de Champris (^La Quinzaine, juin-juillet 1906; et dans Quelques Idéalistes). «Poèmes brefs et obscurs, ainsi les définit E. Zyromski {Sully Prudbomme, 1907), mais puissants et d'une substance intellectuelle inépuisable».

Em. Lauvrière [Alfred de V^i^v, sa vie et son œuvre, Paris, 1909) propose de résoudre la «double énigme» du poète, «son infécondité et son pessimisme» par «le manque d'une vitalité saine» : c'est un malade que seule la fièvre romantique a pu transporter, çà et là , au-dessus de son ordinaire marasme.

Les attaques multiphées contre le romantisme, vers le début du XX^ siècle, n'entament qu'en partie la signification d'un écrivain qui n'appartient à cette école que par des côtés secondaires. Sans doute, l'abbé Bethléem [Romans à lire et Romans à proscrire , 1908) dénonce «le plus résolu des fatalistes et le plus indomptable des ennemis de Dieu». Dans les Etudes (25 février 1901), le R. P. Longhaye (cf. Esquisses littéraires et morales, t. II, 1902) dévoile chez l'ascète de la rue des Ecuries-d' Artois «une morne jouissance de lui-même bien plus que des idées qu'il adorait», et «les ravages que peut faire dans une nature déhcate, élevée, généreuse, le dard empoisonné de l'esprit, l'orgueil d'esprit...». Mais même P. Lasserre, terrible pour «l'infatuation littéraire » chez les écrivains , et qui s'apitoye sur cette victime du mal romantique, admire «l'ordonnance serrée et la ferme tenue logique de ses plus beaux poèmes» (Le Romantisme français , 1907). C'est sa vie au contraire, en même temps que son œuvre, sa «belle âme» et sa «sainteté» où sa poésie a ses racines, que célèbre Abel Bonnard [Figaro du 28 mars 191 0).

Des vers de G. Trarieux [Le Portique, Cahiers de la quinzaine, 2' de XI' série) et de J. Melon [La Maison vers le lac, ,1910) célèbrent deux aspects distincts du poète; des pages de Victor-Emile Michelet [Evoca-

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leurs) placent «le Desespérant» à côté du «Croyant» Barbey, de Baudelaire ou le Divinateur douloureux, de Villiers de l'IsIe-Adam ou l'Initié; Vigny est rangé parmi les «porteurs du Flambeau» par un livre de ce titre (Aug. Cabat, 1911)- Le «silence de Vigny» fournit à F. Roz la matière d'un article du Correspondant , 2^ juillet 19 12.

Le cinquantenaire de sa mort, enfin, vaut à sa renommée poétique une ditTusion et une publicité qui eût sans doute choqué cet aristocrate. Rééditions des œuvres, publications de correspondances, exhumations biographiques dans la presse, accroissent en surface plutôt qu'en profondeur la signification du poète pour l'heure actuelle. Avec des points de vue divers, des conférences de Jean Aicard, Aug. Dorchain, Em. Faguet, M. Arnauld, maintiennent dans le champ de l'attention son nom et son œuvre, et répondent à des articles de périodiques, Jean Giraud (/^ey. bleue, 20 septembre 1913), G. Jean-Aubry (i^a'. Je //o?2grie , i 5 déc. 19 13), A. Thibaudet (^Nouv. Rev. française, 1" janvier 1914), A. Beaunier (Revue des Deux Mondes, 1" janvier 1914), P. Souday (Temps, 28 janvier i9i4),d'où se dégage une conception de plus en plus alTermie de sa durable valeur : sa fidélité à la poésie la plus haute et à la religion de l'esprit, sa modernité aiguë parfois et ses fortes initiatives, l'optimisme malgré tout de sa conception de Ja dignité humaine et de son idéalisme, servis par un art dont la technique est parfois insuffisante, mais dont la noblesse n'a pas de défaillances.

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