NOTICE BIOGRAPHIQUE
Alfred-Victor de Vigny est né à Loches le 27 mars 1797. Bien qu'il ait écrit un jour : «On est du pays où l'on est né et où l'on a été remué dans son premier berceau», il n'a guère cultivé les affmités qui le rattachaient à ce lieu de naissance tourangeau. Des raisons de famille y avaient conduit ses parents sous la Révolution; il s'en éloigna avec eux à l'âge de deux ans et n'y revint jamais. Cependant il a pris soin de noter, dans Cinq-Mars, que la population de la Touraine n'a «ni la froide immobihté du Nord, ni la vivacité grimacière du Midi »; et c'est une combinaison semblable qu'il se plaisait, dans ses Mémoires, à discerner en luimême. « Homme du Nord par mon père et du Midi par ma mère, les nerfs vigoureux de l'un et le sancr brûlant de l'autre se sont combinés de manière à me donner une nature impressionnable et forte, persévérante et souple. . . »
Resté l'unique enfant d'un père sexagénaire et d'une mère qui touchait à la quarantaine au moment de sa naissance, seul survivant de quatre fils, il fut élevé
VllI NOTICE BIOGRAPHIQUE.
«avec un amour sans pareil» par ces vieux parents. Comme beaucoup de mères de poètes, celle-ci légua à son fils ses dispositions décisives : une profonde sensibilité tenue en bride par un esprit vigoureux, sûr et juste, une conscience exigeante jusqu'au scrupule et facilement alarmée, son goût très averti de la musique et de la peinture. Avec la noblesse d'un profil ferme et fin, la douceur d'un nez légèrement aquilin et de beaux yeux gris bleu sous un front encadré de cheveux blonds, c'est bien là, peut-on dire, le meilleur de l'apport maternel dans sa personnalité. De son père, Léon de Vigny, ancien soldat de la guerre de Sept ans, officier subalterne, pendant vingt-deux ans, aux armées du Roi, spirituel et enjoué en dépit des infirmités, il tiendrait peut-être ses illusions héraldiques et seigneuriales, sa vocation militaire et ce qu'il y a de plus sociable en lui. Ce père, indulgent comme un aïeul dont il avait l'âge, et qu'il perdit à dix-neuf ans, restait associé surtout, dans son souvenir, à des impressions et des images de plaisante causerie. « 11 m'asseyait sur ses genoux, le soir, au coin du feu, près de ma mère, et me racontait sa vie et les (guerres et les grandes chasses au cerf et au loup. . . »
En effet, derrière des parents dont il était l'unique rejeton, c'est toute une doubk lignée d'ascendants dont il s'est toujours plu à faire foisonner Tassez maigre arbre généalogique. «Ces deux sangs nobles, l'un de ma famille paternelle et toute française de la Beauce, et du centre même de nos vieilles Gaules, l'autre d'origine romaine et sarde, ces deux sangs se sont réunis