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LE MALHEUR

Mon cœur se serre épouvanté.

Vers les astres mon œil se lève; Mais il y voit pendre le glaive De l'antique fatalité.

Sur mes mains ma tête penchée Croit trouver l'innocent sommeil.

Mais, hélas! elle m'est cachée, Sa fleur au calice vermeil.

Pour toujours elle m'est ravie, La douce absence de la vie; Ce bain qui rafraîchit les jours, Cette mort de l'âme affligée, Chaque nuit à tous partagée.

Le sommeil m'a fui pour toujours.

«Ah! puisqu'une éternelle veille Brûle mes yeux toujours ouverts.

Viens,© Gloire! ai-je dit; réveille Ma sombre vie au bruit des vers.

Fais qu'au moins mon pied périssable Laisse une empreinte sur le sable.»

La Gloire a dit: «Fils de douleur, Où veux-tu que je te conduise? Tremble; si je t'immortalise, J'immortalise le Malheur.»

Malheur! oh! quel jour favorable De ta rage sera vainqueur?

Quelle main forte et secourable Pourra t'arracher de mon cœur, Et dans cette fournaise ardente, Pour moi noblement imprudente,

p8 LIVRK MODERNE.

N'iiésitant pas à se plonger, Osera chercher dans la flamme, Avec force y saisir mon âme, Et l'emporter loin du danger?

Ecrit en 1820.

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