LA PRISON
POEME
XVI r SIÈCLE.
«Oh! ne vous jouez plus d'un vieillard et d'un prêtre! Etranger dans ces lieux, comment les reconnaître? Depuis une heure au moins, cet importun bandeau Presse mes yeux souffrants de son épais fardeau. Som stérile et cruel! car de ces édifices Ils n'ont jamais tenté les sombres artifices. Soldats! vous outragez le ministre et Je Dieu, Dieu même que mes mains apportent dans ce lieu.» H parle ; mais en vain sa crainte les prononce : Ces mots et d'autres cris se taisent sans réponse. On l'entraîne toujours en des détours savants. Tantôt crie à ses pieds le bois des ponts mouvants, Tantôt sa voix s'éteint à de courts intervalles, Tantôt^ fait retentir l'écho des vastes salles. Dans- l'escalier tournant on dirige ses pas : II monte à la prison que lui seul ne voit pas.
i oo LiVRE MODERNE.
Et, les bras étendus, le vieux prêtre timide
Tâte les murs épais du corridor humide.
On s'arrête; il entend le bruit des pas mourir,
Sous de bruyantes clés des gonds de fer s'ouvrir;
II descend trois degrés sur la pierre glissante,
Et, privé du secours de sa vue impuissante,
La chaleur l'avertit qu'on éclaire ces lieux;
Enfin, de leur bandeau l'on délivre ses yeux.
Dans un étroit cachot dont les torches funèbres
Ont peine à dissiper les épaisses ténèbres.
Un vieillard expirant attendait ses secours:
Du moins ce fut ainsi qu'en un brusque discours
Ses sombres conducteurs le lui firent entendre.
Un instant, en silence, on le pria d'attendre.
«Mon prince, dit quelqu'un, le saint homme est venu.
Eh! que m'importe, à moi?» soupira l'inconnu.
Cependant vers le lit, que deux lourdes tentures Voilent du luxe ancien de leurs pâles peintures. Le prêtre s'avança lentement, et, sans voir Le malade caché, se mit à son devoir.
LE PRETRE
Ecoutez-moi, mon fils.
LE MOURANT
Hélas! malgré ma haine.
J'écoute votre voix, c'est une voix humaine: J'étais né pour l'entendre, et je ne sais pourquoi Ceux qui m'ont fait du mal ont tant d'attraits pour moi.