‹ PoëmesChapitre 45 sur 136 · LE COR · texte numérisé non relu

LE COR

POEME

J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois, Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul dans l'ombre à minuit demeuré. J'ai souri de l'entendre, et pkis souvent pleuré! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

O montagnes d'azur! ô pays adoré!

Rocs de la Frazona, cirque du Marboré, Cascades qui tombez des neiges entrahiées, Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées;

I 24 LIVRE jMODERiNE.

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons, Dont le front est de glace et le pied de gazons! C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit, De cette voix d'airain fait retentir la nuit; A ses chants cadencés autour de lui se mêle L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au lieu de se cacher, Se suspend immobile au sommet du rocher, Et la cascade unit, dans une chute immense, Son éternelle plainte au chant de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?

Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor? Roncevaux! Roncevaux! dans ta sombre vallée L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée!

Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui. Il reste seul debout, Olivier près de lui; L'Afrique sur les monts l'entoure et tremble encore. «Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More;

a Tous tes Pairs sont couchés dans les eaux des torrents. » Il rugit comme un tigre, et dit : «Si je me rends. Africain, ce sera lorsque les Pyrénées Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées.

Page 1