‹ PoëmesChapitre 69 sur 136 · LA MORT DU LOUP · texte numérisé non relu

LA MORT DU LOUP

Les nuages couraient sur la lune enflammée Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée, Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.

— Nous marchions, sans parler, dans l'humide gazon, Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes. Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes, Nous avons aperçu les grands ongles marqués

Par les Loups voyageurs que nous avions traqués. Nous avons écouté, retenant notre haleine Et le pas suspendu. — Ni le bois ni la plaine Ne poussaient un soupir dans les airs; seulement La girouette en deuil criait au firmament; Car le vent, élevé bien au-dessus des terres, N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires. Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés. Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.

— Rien ne bruissait donc, lorsque, baissant la tête, Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête

A regardé ie sable en s'y couchant; bientôt,

Lui que jamais ici l'on ne vit en défaut,

A déclaré tout bas que ces marques récentes

Annonçaient la démarche et les griffes puissantes

De deux grands Loups-cerviers et de deux louveteaux.

Nous avons tous alors préparé nos couteaux

Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,

Nous allions, pas à pas, en écartant les branches.

Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient.

J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient.

Et je vois au delà quatre formes légères

Qui dansaient sous la lune au miHeu des bruyères,

Comme font chaque jour, à grand bruit , sous nos yeux ,

Quand le maître revient, les lévriers joyeux.

Leur forme était semblable et semblable la danse;

Mais les enfants du Loup se jouaient en silence.

Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,

Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.

Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,

Sa Louve reposait comme celle de marbre

Qu'adoraient les Romains, et dont les flancs velus

Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.

Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées

Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.

Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris.

Sa retraite coupée et tous ses chemins pris;

Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,

Du chien le plus hardi la gorge pantelante

Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer.

Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair

Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,

Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles.

Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,

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