SOMMAIRE
I. Ben Khavkham, qui avait été berger dans un haouch (ferme), est prisonnier en France, où il rêve la liberté dans sa patrie. — II. Ce poète champêtre raconte comment il fut accusé d'une correspondance politique avec un agitateur des tribus; — de quelle manière un personnage aussi puissant que bienveillant protecteur, fit tomber ses fers, — et comment, conduit à une princesse Louise, il crut pouvoir répondre peu galamment. — ni. Le pâtre Onit sa ^oudhante élégie par 4e8 compUmenta à sa mère, à sa fWe (qu'il nomme sa petite pêche) y è sa voisine Erkeka et à tous ses amis.
Du reste, cet liomme sensible à tout ce qui peu toucher le cœur, mourut de joie ou d'ennui en France,) trois Jours «près sa délivrance. Son poème est fort estimé des Arabes qui le demandent souvent, dans les cafés chantants, et le désignent som le timbre de la ed'dounia ma f(k €tman, qui est le refrain de chaque couplet.
Apprenez par ce chant mes tourments que je pleure. Je n'avais m, jamais chez moi de déf>ldisir, Quand vint un cavalier qui troubla ma demeure. Personne mieux qu'Allah ne connaît l'avenir.
La terre avec les flots contre moi se soulève; Le snltan irrité me menace du glaive....!
Dans ce monde inconslMt le mal se diange «n bien, Pour qui ne se reproche rien.
Le pigeon bleu qui fuit vers le rivage more, Montre un corsage blanc ; mon cœur n'est pas moins pur. Dieu peut me rendre libre à son exemple encore ; Personne mieux qu'Allah ne connaît le futur.
Si j'avais mon cheval, il n'est de sentinelle Qui retiendrait ses pieds dont le fer étincelle! Dans ce monde inconstant le mal se change en bien, Pour qui ne se reproche rien.
Le soir, parfois je rêve, et je crois, dans mon songe, Errer dans ma tribu, — promener au milieu, — M'asseoir dans le café, quand Ja nuit se prolonge. Personne ne connaît l'avenir mieux que Dieu.
Je crois voir un vaisseau, malgré les vents contraires Partir, —coursier fumant,— pour me rendre à mes frères... Dans ce monde inconstant le mal se change en bien, Pour qui ne se reproche rien.
Mais des gardes sont là, sur le double rivage, Et je m'éveille, en proie à la soif, à la faim. Dieu peut me rendre un jour l'aliment, le breuvage: Personne mieux qu'Allah ne connaît le destin. Cent livres font le poids des chaînes que je porte; Mais pour un tel fardeau Dieu rend mon âme forte. Dans ce monde inconstant le mal se change en bien. Pour qui ne se reproche rien.
Je suis dans une ville aux tolls couverts de neige. Où le Chrétien sans barbe, et revêtu de lin, Grâce aux Musulmans forts, de ses travaux s'allège; Personne mieux qu'Allah ne connaît le destin. Jadis riche, aux forçats je suis mêlé....! Redoute, Arabe, un pareil sorti.... je sais ce qu'il en coûte....! Dans ce monde inconstant le mal se change en bien, Pour qui ne se reproche rien.
tribu de Khelfa, qui te dis la première, — Ramas de Juifs! —ma voix invoqua ton cœur dur....f Sourde, tu m'a laissé ravir à ma chaumière.
Personne mieux qu'Allah ne connaît le futur.
Mahi ed-Dinn, hélas! d'une façon trop vive M'avait à le rejoindre invité par missive.
Dans ce monde inconstant le mal se change en bien, Pour qui ne se reproche rien.
J'ai montré cette lettre à des traîtres infâmes; Contre leur commensaJ ils en firent rapport.
•Ceux que j'estimais bons se sont montrés sans âmes. Personne mieux qu'Allah ne connaît notre sort.
Le cavalier qui vint me prit à Dra l'Arrache, Écrivant à Mahdi : — « qu'on me laisse à ma tâche! » — Dans ce monde inconstant le mal se change en bien, Pour qui ne se reproche rien.
Les Chrétiens, en conseil, m'ont dit : « Quel e^ ton crime? »» Arabe! * —Moi j'ai dit : « C'est Dieu qui veut cela, )) Si je suis aujourd'hui dans les fers et victime, >' Personne ne connaît le futur mieux qu'Allah. » Ils se sont concertés, et, remplis de prudence, Ils m'ont congédié sans rendre de sentence.
Dans ce monde inconstant le mal se change en bien, Pour qui ne se reproche rien.
Un déluge tombait, on y voyait à peine....
D'un désespoir soudain j'éprouvai le transport. J'écrivis à Daumas; Daumas brisa ma chaîne! * Personne mieux qu'Allah ne connaît notre sort. Quittant, sous le rasoir, une mine maussade.
Avec les Généraux je vins à la parade.
Dans ce monde inconstant le mal se change en bien. Pour qui ne se reproche rien.
Ainsi, par la faveur d'une grâce imprévue.
Des fers je fus tiré pour voir tonner le feu, — Courir les cavaliers, — défiler la revue....
Personne ne connaît l'avenir mieux que Dieu
~ 63 - Au palais du Sultan j'ai demandé justice; C^her Hamed Moudnouni, quelqu'un me fut propice. Dans ce monde inconstant le mal se change en bien Pour qui ne se reproche rien.
On me conduisit voir la princesse Louise.* — « Arabe, quel métier fais-tu, dis? » — A ce vœu J'ai satisfait, disant : « Qu'on m'aime ou me méprise , »> Personne ne connaît le futur mieux que Dieu. ^ Je garde les petits de la truie, ô madame!
« De fèves qu'on rôtit je vis seul et sans femme. ^' Dans ce monde inconstant le mal se change en bien « Pour qui ne se reproche rien. «
Reverrai-je bientôt les miens et ma patrie, Ou languirai-je ici jusqu'au dernier soupir?
Par l'ennui dévorant que mon âme est flétrie! Personne mieux qu'Allah ne connaît l'avenir.
Si ma mère voyait les lieux où je dessèche, Comme elle pleurerait!.... Et ma petite Pèche I.... Dans œ monde inconstant le mal se change en bien Pour qui ne se reproche rien.
Ma mère , à loi salut ! — Salut, amis en lai*mes , — Moudnouni, — mes voisins, — ma voisine Erkéka..! On m'a dit que pour moi des pleurs baignaient tes charmes. Personne ne connait l'avenir mieux qu'Allah.
A Sid el-Mazari, comme à Mahdi, que j'aime, — A Kris Oulid Brahim, — à tous, salut de même. Dans ce monde inconstant le mal se change en bien Pour qui ne se reproche rien.