‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 25 sur 67 · LE VOYAGE DU RAMIER · texte numérisé non relu

LE VOYAGE DU RAMIER

Par LAKDAÏl BOU MECII).

O le plus bel oiseau de tous ceux dont les ailes S'ouvrent au sein des airs un rapide chemin, Vole à celle que j'aime, au rameau de jasmin Qu'emprisonnent encor les murs des Infidèles. Que faire? Leurs soldats y ferment tout accès.

Nul de Tobjet aimé n'apporte des nouvelles

ramier, bel époux des brunes tourterelles,

Vole à celle qui teint ses fins sourcils.... Tu sais!....

En passant près des Ponts, vole avec promptitude;*

A Sid Yahia Djebbar redoute les Roumis;

A fuir les apostats mets surtout ton étude....

Ils te vendraient aux grands, se disant les amis!....

Si de nombreux Croyants composaient ton cortège,

Au Café d'El-Biar ils devraient te quitter.

A Bordj Muley Hassein, — détruit au temps du siège , —

La Porte-Neuve, enfin, te verra t'arréter.

Des jeunes filles, là, salûront ta rencontre :

— « D'où viens-tu? » dira Tune;

el toi : — «^ De l'horizon.

— ■ Mais f^ncor!

— « Lis ce nom, que cet écrit te montre!

— « On t*envoie à Fathma; suis-nous dans sa maison. »

Ta maison, bien-aimée, est couverte de treilles;

L'œillet et le jasmin chuchottent à Tentour.

ron corsage est rempli- par deux pêches vermeilles.

Pui&5é-je en respirer le parfum nuit et jour!

Tes bras sont azurés de petits tatouages, •—

Des coups perçant mon cœur symboliques images ,

Et tu semblés un myrthe en un vase planté,

Loin du s€)leil dardant ses rayons en été.

Celui qui n'a pas vu ta joue, —étoile rose, —

Va, parmi les mortels, le front triste et morose.

Moi, je lai vue! Amis, chez qui j'aime à m'asseoir ,

Le plus beau jour auprès me semble un triste soir.

Ciir, qui de vous pourrait, changeant ma destinée,

D un autre astre éclairer mon âme infortunée?

Fathma porte à son front un tissu cramoisi, Que les filles du Noir sans doute auraient choisi , Tout rayé de fils d'or dont la trame étincelle; Sdo foutah, fabriqué des mains de ITnfidèle, Pnd Jusqu'à ses baboùdjs de perles reluisants; L univers, pour Torner, s'épuisa de présents.

Fille aux yeux noirs, je t'en supplie,

Prends mon message, au nom de Dieu!

Je crois voir tes sourcils, dont le double arc se lie

Par un trait jouant au milieu.

Comme un de ces nœuds pleins de grâce,

Qu'au moyen d'un calam léger

Sur une lettre un Taleb trace,

Saluant un noble étranger.

mon Dieu! je crois voir s'épanouir la rose, Quand je rêve ta main, Comme une fleur mi-close,

S'entr'ouvrant, teinte de carmin.

Ton bras, que la pudeur replie,

iMe semble un yatagan de feu!

Fille aux yeux noirs, je t'en supplie,

Prends mon message, au nom de Dieu!

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