SOMMAIRE
Corruption où sont tomliés les Musulmans. — II. Débarquement de l'armée française, en 4830. — Occupation des coteaux autour d'Alger. — III. Désolation.
— Prière à Sidi Abd er-Rhaman Boukebrinc, qui a prévu les malheurs d'Alger.
— Dégradation de toutes choses. — Trépidation des habitants de la ville durant les premiers combats. — lY. Bataille. — Espérances de rémunération dans l'autre vie. — Y. Dernière lutte. — Alger est pris. '- Profanation des lieux saints. — Découragement. — Promesses de vengeance. — YI. Appel aux armes.
— Begrets du temps passé. — YII. Infortune des Algériens et des habitants de la campagne. — VlII. Annonce do l'arrivée des vengeurs. — Bonheur de la paix,
— IX. Irruption des libérateurs.
toi qui sais comprendre, écoute mes paroles.
Les maux, dans ce bas-monde, arrivent par essaims; Ils viennent s'enchalnant. — Sous de sacrés symbole.*^, Dans les livres écrits autrefois par les Saints,
Ces maux furent prédits pour le siècle où nous sommes. L'enfant, plein de souci, blanchit avant le temps. mon fils ! il n'est plus de vertu chez les hommes; De leur naufrage au crime ils se montrent contents. Plus de foi, de pudeur, d'intelligence aucune. Nul ne rend plus aux cheïks Thonneur qui leur est dû. Tous vont boire avec joie à la source commune Du mensonge à longs flots en tous lieux répandu. Partout la calomnie, en dénigrant les nôtres, Livre la terre en proie aux mortels guerroyants. J'ai vu de plus beaux jours et des humains bien autres ! Que les tems sont changés !... — Dieu sauve les Croyants!
Dieu ! chef des chefs, dont la bonté pardonne Les vains désirs et les égarements, Que ta sagesse en nos projets rayonne !
Que ton amour couvre les Musulmans!
Daigne adoucir, par ta haute clémence, L'arrêt qu'au front nous grava le destin.
Voici déjà que vers nous Tonde immense Pousse un nuage apporté du lointain. Les cavaliers, les fantassins par mille, Vomis par lui, — monstre, d'armes rempli, —
De Sid Ëffroudj se soQt fait un asile, Puis ont soudain gagné Staouëli.
Sid Yakoub voit leur torrent qui s'avance. * Boudjaréa fut, hélas, bien trompé, Quand d'échapper il conçut Tespérance !
Par ce serpent il sèche, enveloppé.
Sous le reptile étendu dans la plaine.
De son sommet le gazon meurt fané.
L'hydre inconstante, en sa marche incertaine Roule ici, — là, — son corps empoisonné, Toujours approche, — et c'étaient là les signes Qu'avaient prédits les hommes clairvoyants; Mais les mortels, hiSasl n'étaient pas dignes D'en voir le sens. — Dieu sauve les Croyants!
Dans nos climats vint une troupe noire. .
Elle infesta tous nos champs à la fois , Couvrit le sol, la mer qu'un zéphir moire, A des vaincus venant dicter ses lois.
Des Musulmans la foule est indécise Aux cris des chefs parlant des deux côtés. .
Dans ce chaos, notre cœur qui se brise, Se broie en poudre entre deux royautés.
Nulle des deux ne veut prendre en tutelle
Tous ces enfants devenus orphelins.
Du vrai Sultan l'incertitude est telle,
Que, par instants, ses yeux de pleurs sont pleins.
Les descendants des chefs morts dans la lice.
Meurent exclus de leurs biens confisqués.
Alger n'a plus d'ordre ni de police,
Plus de prière aux moments indiqués; *
Plus d'assemblée où, comme autrefois, vienne
L'Iman prier pour nos princes bénis;
Ni plus de cercle où, le soir, je me tienne,
Chantant mes vers aux amis réunis.
Au pèlerin quel toit sert de retraite,
Du vieux chanteur qui s'occupe aujourd'hui ?
Quelle main s'ouvre, aux bienfaits toujours prête?
Du pauvre aveugle où se trouve l'appui?
De Mahomet aucun ne se soucie;
On foule aux pieds sa trace, on n'en veut plus!
Telle est la roche , à la superficie
D'un sol mouvant qu'insulte le reflux.
Abd er-Rhaman, saint patron de la ville, ** Dans tous ces maux nous délaisseras-tu?
Un lourd sommeil, au dernier domicile.
Glacerait donc ton âme sans vertu?
Céleste ami ! quand le Divan, sur terre,
Te consulta sur ce jour à-venir, A l'effrayer tu préféras te taire, Comme aujourd'hui, ne voulant que bénir.
Tu prévoyais nos malheurs effroyables, Et tu laissas aux grands parleurs d'Alger, Les annoncer aux curieux coupables.
Pour voir ce jour, nous avons payé cher !
Dans cet abîme, acheté par nos fautes, Un loup commet des crimes inouïs; De nos bercails il disperse les hôtes, Et nos Corans sous l'ordure enfouis.
Le monde a bien changé de face I La sphère a brisé ses anneaux.
Le globe est sorti de sa place, Et, des quatre points cardinaux, Les anges ont fui dans l'espace.
L'Islamisme est décapité.
Les enfants, sous un poids de glace, Inclinent leur front argenté.
Plus de bonheur, de confiance!
La plume a la lourdeur du plomb; L'absinthe au miel joint son essence;
Tel qui ment ou non c'est selon...,.
Du titre d'Hafiz se décore. L'argent, ternissant sa couleur,
A pris les teintes de T^urare; Qu*est-il besoin d'un contrôleur !
Les femmes sans baboudjs, sans voiles , Cachant leurs attraits de leurs mains, Comme des errantes étoiles Courent, fuyant par les ch^oiins, mon Dieu ! moment de détresse î Sans lui dire un dernier adieu , L'amant a laissé sa maltresse; La terreur les trouble. — mon Dieu !
Toutes ces peines sont prédites.
Les mondes en vain crouleront; Sur nous tes volontés écrites Au temps fixé s'accompliront.
Mais, — ô Roi des choses futures!
Toi, des mains de qui tout sort!
Prends pitié de tes créatures; Adoucis, par pitié, leur sort!
Le Musulman et l'Idolâtre Se donnent la mort. — Daigne voir Les Croyants, debout pour combattre,.
Depuis le malin jus(|u'au soir !
Le lâche s'enfuit du carnage En voyant le brave mourant.....
Honte au menteur qui décourage Ceux qui luttent au pi'^iAier l'ang î
Les femmes, en tremblant, vont gi-avissanl la route. Elles ont vendu cher, en ville, leurs faveurs, Et pour peu, maintenant, les donneraient sans doute... Pour elles plus d'atours aux brillantes Gouleur$. Au nonchalant maintient, nous traînant sur leurs traces, A succédé la marche aux pas désespérés.
Souhaitant la victoire aux héros de leurs races. Elles portent au loin leurs regards égarés.
Si nous sommes vainqueurs, ces beautés peu timides Livrent à Nègre, à Turc, leurs appâts attrayants; Des bleus foutas leur front prend les teintes livides. Si nous sommes vaincus. — Dieu sauye les Croyants!
En vain le chef nous commande
Tout est perdu !... C'en est fait h mon fils I comme elle est grande , La peine due au forfait !
La peur, l'effroi, l'épouvante Nous frappent dans ce moment, Comme— ô malheur!— lorsqu'il vente Au sein d'un embrasement.
Les maudits, — horde guerrière, —
Que le jour soit court, soit long, Font gronder comme un tonnerre Le bronze , et siffler le plomb.
Le fort, le faible lui-même, Vont s'exposer au trépas, Hors celui dont le cœur aime Ce monde et ses faux appas.
Plusieurs mordent la poussière, Les uns morts, d'autres blessés.
Tel vietit, quand l'autre en arrière S'en va, les membres lassés.
Mais pour lui, mieux vaut qu'il monro Martyr, par un noble effort.
A lui s'ouvre, pour demeure, Le paradis, château-fort.
Cette haute citadelle Sur ses murs garde à ses vœux
Un poste de sentinelle
(Comprends-moi, toi qui le peux!...)
Comment pourrai-je décrire
Du paradis les bassins,
Où les houris, qu'on voit rire,
Entrent dans l'eau jusqu'aux seins î
Que dirai-je de ces salles
Où, foulant de verts tapis,
Leurs pieds, libres de sandales,
Vont chercher de brillaots châles Et de somptueux habits!
La part des jeunes gens se plaisant à l'étude, C'est de persévérer dans leur douce habitude; Celle du mendiant qui prie, en ce bas-lieu, Vivant au jour le jour, c'est de contempler Dieu. Mon Dieu! fais qu'avec lui ma part un jour se trouve !. Celle de mes amis que l'infortuné éprouve, Celle des gens sensés et des imprévoyants.
Des Fidèles, enfin!... — Dieu, sauve les Croyants!
Contre nous vint une flottille, Le rebut des peuples du nord , Dont le fusil qui de loin brille, Prête des ailes à la mort.
Pareils aux ânes qu'on accoutre De sangles liant leurs fardeaux, Les maudits se chargeaient d'une outre Qu'ils portaient partout sur leur dos.
Ils y puisaient l'aveugle rage Que le vin verse à flots brûlants; Des balles ils bravaient Forage
Pleuvant sur leur front, sur leurs flancs.
Blancs, Noirs, Turcs, Maures, Mozabites,
Durant vingt-deux jours tout entiers,
A leurs incursions subites
Ont offert, dans tous les sentiers,
Sur chaque chemin, chaque route,
Des héros courant au trépas;
Dieu les récompense, sans doute,
Aux lieux où la mort n'entre pas.
Des Chrétiens Tannée infernale
Marchant à travers les guérets.
Fit avancer Theure fatale,
Annoncée en termes exprès.
Courant vers Alger, ses cohortes
Entrèrent, d'un pas cadencé.
Dans nos murs dont ses chefs ont pris les clefs des portes. Tout est perdu !... Les cris dans la ville ont cessé.
Il n'est plus de tribune au milieu des mosquées
Où les lois du Seigneur nous étaient expliquées.
Sur les tapis, couvrant leur pavé pur jadis.
Où les saints prosternés rêvaient le paradis.
Ils marchent, — ces maudits I chaussés de leurs botlines
Qui des chemins fangeux traînent la saleté!
Le saint lieu s'écroulant, tout rempli de ruines,
Est devenu des chiens le chenil empesté.
Le Coran, prisonnier sous les fermoirs du livre, Dérobe ses secrets, à nul il ne les livre.
Roc de fondation, rempart de la cité, Déraciné du sol ce livre est rejeté.
Oui, nous sommes vaincus! non point par le carnage, Amis! mais par nous-même, en dépit du courage; Par notre lassitude, et les pressentiments Qui tiraient de nos cœurs de sourds gémissements. Oui, malgré nous, notre œil voit, à travers ses larmes, Approcher le sommeil qui nous surprit en armes. A ces malheurs prédits, patients Musulmans, Succéderont bientôt de moins tristes moments.
Bientôt, de leurs glaives terribles.
Nos amis, — les Beni-Mendas, ~ *
Trancheront, — guerriers invincibles, — •
La tête à ces impurs soldats.
La terre sera ruisselante
Du sang de leurs prêtres chrétiens.
Les vautours, en troupes volantes,
Viendront manger la chair des chiens.
Bientôt s'ouvriront dans les nues,
Aux martyrs, les portes des cieux!
Bientôt des beautés demi-nues
Rendront la joie en ces bas lieux.
Dieu ! rends-nous, des célestes voûtes.
El-Mahdi, Hussein son neveu ! *
Viens au secours, toi qui m'écoutes !
Au secours!.... Viens, au nom de Dieu!
C'est trop rester dans vos asiles, Chefs, nous laissant en proie à des maux effrayants! Venez! la paix viendra; nous serons tous tranquilles,
Venez! —Dieu sauve les Croyants!
Sont-ils aux batailles Sur leurs destriers, Ou sur nos murailles, Nos frères guerriers, Dont les damas brillent D'éclairs palpitans, Quand d'or pur scintillent Leurs riches caftans! Formant l'assemblage De mille couleurs, Ils semblaient l'image D'un bouquet de fleurs.
Où sont, dans la lutte.
Les Grands du Divan, Dont le Bev consulle
Le Conseil savant?....
Leur suite de nègres Soignant leurs plaisirs, Les Khodjas intègres,
L'Aglia, les Vizirs V
L'Emir, qu'on nous prône,* Rend-il, dans Texil, Au Pacha son trône? **
Où le trône est-il ?
Où sont, à la fête De notre Prophète, Tous ces Effendis,
Imans et Cadis?
Et ce vaillant homme Qui, des fils de Rome Ayant triomphé, Humait le café.
Quand Therbeb sonore Avec la mandore De sons indécis
Le berçaient, assis ?
Plus d'un chaoux sage, Plus d'un joli page Au visage frais, Et fier comme un raïs, Veillaient. que sa pipe,
Dont le feu dissipe L'arôme aux enlours, Fût pleine toujours.
Où voit-on encore L'habit qui décore Le vrai musulman?,...
Son beau doliman, Et ce cachemire Que chacun admire, En turban porté, Roulé de côté?....
Où sont nos costumes, Nos lois, nos coutumes?.
De la région La religion Hélas! s'est enfuie!
Dieu du ciel! essuie Nos yeux larmoyants!....
Sauve les Croyants!
Sauve-nous par l'effort des braves, Toi qui fais les lois du destin!
Que le rédempteur des esclaves Nous vienne du Moghreb lointain. *
Plus d'un captif chargé de chaînes, Loin d'Alger vient d'être emporté.
En quel lieu....? Plus d'un, grâce aux haines, Traîne des fers dans la cité.
Plusieurs, de la foule chrétienne Ont pris les dogmes détestés, Et les habitants de la plaine Vont se plaignant de tous côtés.
Voyez quelle foule con/use Aux Béni Rebia s'étend! * C'est ainsi que le Chrétien use
De la prophétie il l'entend!
Il change de camp à toute heure, Dévaste la plaine et le fahs, Où chacun laisse sa demeure, Pleine de fruits et d'or, hélas!
L'habitant des palais champêtres Qui, dans la paix, coulait ses jours, Doit, loin du toît de ses ancêtres.
Désormais vivre de secours.
A l'approche du bruit des armes, Il fuit ses jardins verdoyants, Arrosant leurs fleurs de ses larmes,....
mon Dieu! sauve les Crevants!
A vous, Croyants, honte et reproche!
Mais voici que, des quatre vents, Le moment prévu qui s approclie Rassemble des hommes fervenis :
Les uns opérant des miracles, Les autres venant du Soudan; Plus d'un, à la voix des oracles, Venant des bords de l'Océan ; — Jeunes et vieux, immense trombe Composant une légion Qui vers Alger s'avance, et tombr, Ramenant la religion.
Ils auront tous leur récompense, Bien qu'ils ne soient que l'instrumenl Du Dieu qu'ils priaient en silence, En luttant pour lui vaillamment.
L'homme qui met en Dieu sa gloire Le voit bénir son escadron.
Le miel coule, quand il veut boire.
D'un vase imprégné de goudron.
L'A victoire en nos murs, comme aux siècles antiques. Ramènera la foi, la paix, les vers, les arts!
Les métiers reviendront habiter nos portiques, Le commerce en tous lieux réouvrira ses bazards. Du haut des minarets brillants comme des phares, Chanteront les mouddinns appelant au saint lieu. Des lampes, des tapis pleins de dessins bizarres, Décoreront Tenceinte où Ton adore Dieu.
L'école reverra le vieillard qu'on y mène Répéter son vieux texte aux élèves brayants Qui, pour cinq jours d'étude, auront dans la semaine Deux grands jours de congé. — Dieu sauve les croyants !
Mais, un bruit circule, Prompt comme le vent De la canicule Qui court, poursuivant Au sein des campagnes
Les troupeaux peureux
— « Les gens des montagnes « Sont victorieux I » — C'est leur jour de gloire, La fin d'achoura ! * On lit dans l'histoire Qu'il arrivera
Dû héros suprême Venant nous venger, Dans ce mois-là même, Aux abords d'Alger, El qui, par des bombes Tombant dans ses murs, Creusera des tombes Aux Chrétiens impurs.
A notre saint culte Le Chrétien maudit Devait faire insulte, Car c'était prédit.
Notre ville sainte Souffre en ce moment :
C'est la femme enceinte Dans l'enfantement, Qui, plus tard, tranquille.
Verra son enfant, Comme notre ville, Libre et triomphant.
Nous verrons encore Tous les chiens fuyants.
Dieu que j'implore, Sauve les Croyants!
LE POËME ALiFBATSIQUE *.
Un jeune homme du Sahara, placé par ses parents dans une zaouYa (école), tenue auprès du tombeau d'un saint personnage, se montrait rêveur, et semblait ne vouloir rien apprendre. Il fut présenté comme un élève indocile à un certain taleb ( savant ), sorte d'inspecteur des études, qui lui reprocha de n'avoir pas même daigné apprendre le nom des lettres, et lui demanda la cause de sa noire mélancolie. L'écolier satisfit son examinateur en lui récitant ce poème, où les strophes donnent tour-à-tour, par les premiers sons qui les commencent, l'énoocé de chacune des lettres arabes dans leur ordre conventionnel. — La difficulté d'une reproduction de ce genre, en français, doit faire espérer en l'indulgence du gracieux lecteur.
A l'if dont le front vert décore Le tombeau d'un saint, en ce lieu, Faut-il que je me plaigne encore Du mal qu'en moi veut laisser Dieu!
Bannis-moi de ce sanctuaire,
Ou dans les fers retiens mes pas;
Fais-moi boire un électuaire
Tes soins ne me guériront pas.
Ta science cède à la flamme Que n'éteindraient toutes les eaux; Son feu me brûle au fond de l'âme, Calcine ma chair et mes os.
Te satisfaire est bien facile, Si tu veux connaître mes maux.
Pardonne au disciple indocile
J'aime! Je le dis en deux mots.
J'imite, en priant le Prophète,
Les soupirs de David le roi.
Vous, dont la vie était parfaite,
Que je souffre!..... ah! priez pour moi!
Haletant, j'aime une gazelle Que je poursuis, — soins superflus!
On n'en verra plus après elle.....
Après elle on n'en verra plus.
Klialender, Marabout qui veilles, Vous, à prier toujours constans, Bénissez le Dieu des merveilles Qui nous en montre une en ce tems.
D'Allah c'est une œuvre sublime, Un fruit du palmier, — astre au ciel !
Il est le seul de son régime , Et sur nous fait pleuvoir le miel.
De sa langueur, hélas! la vie Marchant du néant au trépas, Jamais ne sort , d'ennuis suivie, Si Tamour ne soutient ses pas.
Ramené dans la solitude Par l'effort de rivaux jaloux, Les pleurs, dont j'ai pris l'habitude, Baignent le sable et les cailloux.
Googl
Zélé pour leur ravir ma belle, Je compose mille chansons.
Dans mes vers tout haut je l'appelle , Libre comme aux flots les poissons.
Si nous sondons l'œuvre divine D'Allah qui créa tout de rien.
Contemplons celle qui devine Ce que mon cœur sent pour le sien.
Chacun la voyant si folâtre, Sautillant au sol sous nos yeux, Pour une colombe d'albâtre Prend cet ange venu des cieux.
— Ça doit-être quelque antilope
« Qu'on voit au loin paissant les fleurs.
Se dit-on, tandis qu'en èyncope
Je tombe, et change de couleurs.
D'admirer cesse-t-on?.... non certel On rêve..... on perd tout souvenir; Mon esprit fuit, et — corps inerte - Je ne le sens plus revenir.
Taciturne, j'erre en délire; Dans ma tête vibre un bruit fort, Comme les cordes d'une lyre Dont nul ne peut trouver l'accord.
Damné, peut-être — peine étrange
Où pénètre un rayon du ciel! —
Je ne sais invoquer quel ange
Est-ce Azraïl ou Gabriel ? *
Haï, n'habitant plus ma tente, Aux Grands je demande cela :
Lorsque Chitan ainsi me tente,** Croyez-vous que j'offense Allah?
GoogL
Ris! ne m'accorde aucune grâce, Cheik qui m'as dit, en m'insultant:
— <« De mon aspect si je te lasse, « Crois bien que tu m'en fais autant »
Favorisez-moi d'indulgence Quand ce discours à vous viendra,
Muphtis! Excusez la démence
D'un pauvre enfant du Sahara.
Qu'affreux était mon triste gîte Dans des vieux murs du temps jadis!
Mais ma houri savait bien vite Le transformer en paradis.
Caftan brodé du chef suprême, J'enviais peu ta dignité, Lorsqu'elle me disait: — « je t'aime...! »
En s'asseyant à mon côté.
L'âme en moi se fondait de joie Quand vers mes regards sa splendeur Se tournait, comme Tor, la soie, Se tordent aux doigts du brodeur.
— >' M'immoleras-tu mes rivales, »> frère ! disait-elle alors.
— « ma sœur ! tu n'a pas d'égales !
» A toi j'appartiens, corps pour corps!
Nous ne prenions pas l'air maussade Qui me vient par accès subits.
Elle m'offrait une grenade Ouvrant son écrin de rubis.
Hélas! que ma douleur vous touche!...
L'objet de ces détails précis N'était qu'une ombre... et sur ma couche.
Seul, je me réveillais assis.
Googl
Ouale, rideaux, je déchire Tout, en courant... je ne sais où.
Si Ton avait vu mon délire, Chacun aurait dit : il est fou.
La malice d'un noir génie De Tamour m'a versé le vin.
Pourquoi m'a-t-il laissé la vie Comme un verre vide en ma main ?
Illustrez de mon mal intime Le nom doux comme Aïn Saffa. * Écrivez Tha suivi d'un Mime^ Et tracez au-devant un Fa.