‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 2 sur 67 · EN LUI DONNANT CE RECUEIL DE POÈMES AUÉRIEXS · texte numérisé non relu

EN LUI DONNANT CE RECUEIL DE POÈMES AUÉRIEXS

Blotti sur des décombres, Dans ses poudreux habits, Un Kabile aux yeux sombres Gardait quelques brebis.

A mon aspect, ce pâtre N'a pourtant pas serré Dans son burnous blanchâtre

Un poignard acéré!

J'accours. .. Téclair de Tarme Plus brillant a relui; L'Arabe qui m'alarmc

Me voit auprès de lui,

Et la pointe assassine,

Que je crains pour mon flanc,

Paisiblement dessine

Le long d'un roseau blanc.

Là, d'espace en espace, Des pigeons, des ramiers, Avaient déjà pris place A côté de palmiers.

Plus haut, la lune austère Errant sur des nopals, Déchaînait la panthère Poursuivant des chacals.

Plus loin, les flots limpides, Comme aux bords africains, Sous des vaisseaux rapides Laissant voir des requins.

Puis c'étaient des mosquées.

Des douaires, des palais.

Des villes attaquées Par d'énormes boulets.

Orné de mille idées.

Ce bout de faux rotin Portait, en deux coudées, Tout un poëme, enfin.

— « Berger, que veux-tu faire? « Lui dis-je en m'avançant.

Levant son front sévère Il répondit : — « Passant!

« Sur la surface lisse

« De ee bâton poli

« Tu vois ce que j'esquisse.

« Dis donc, est-ce joli?....

« A l'esprit le plus sage,

" Au cœur le plus aimant,

« Je destine ce gage

« D'un profond sentiment.

« Sur cette canne ronde

« J'ai gravé tous ces traits,

« Car, si j'avais le monde,

« Je le lui donnerais! »»

-- « Oh! Ohî.... Je te l'arrache!

« Car, moi, je connais bien « Pareil 'cœur que rattache « Un nœud solide au mien.

« Réalisant ton rêve '< Pour semblable tribut, « Permets que je Fachève « Et l'adresse à mon but.

Je presse avec instance;

Il cède à mes désirs

Peut-être aussi, je pense, A quelques draghms seghirs,

Et bientôt cette image, Dont je fis la moitié, Fut offerte en hommage A la vieille amitié.

Ainsi je te dédie

Ce petit livre, — ami ! —

Aux fils de Numidie

Ravi presqu'à demi.

Des roseaux de leur onde

Manque Féclat doré

A l'enveloppe blonde

De mon livre ignoré.

Que ton loisir l'emporte,

Promenant dans les bois, —

Comme une feuille morte

Que Ton froisse en fees doigts :

Que sa forme légère

Te plaise en t'amusant;

C'est tout ce que j'espère

En t'offrant ce présent.

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