LE FORT DE L'ÉTOILE
liégende algérienne.
Au No^d d'Alger, à quet<ru^ mëtres du rempart , entre la hauteur des Tagarins et la porte Bab el-Oued, — c'était là qu'était autrefois le fort de l'Ëtoile, auquel une çsclaye mit le feu par haine contre son maître, qui en était le fouvemeur. (pELf jssiER, Annales algériennes, i'* part^-liv. U.)
Assis sur la verte colline
Le fort de TÉtoilc était beau.
Barca, la noire esclave, était reine au château;
Le Bâcha Taimait, la^nutine!
Que de graviers dans le pilau
Laissait souvent sa main badine !
. Malgré la couleur de sa peau Son maître la trouvait adorable et divine.
Le fort de TÉtoile était beau
Assis sur la verte colïine.
Le nez fripon de Roxelane Moins que le sien charma Tamour, Du bec de Taigle fier il avait le contour; Son front brun semblait diaphane.
Ses dénis, — perles riant dans l'eau, — Paraient sa lèvre purpurine; Rien, dans ses cheveux en bandeau, Ne révélait son type ou sa sombre origine.
Le fort de l'Étoile était beau Assis sur la verte colline.
Son maître Taimant d'amour tendre
Cache aux yeux ses pieds pétulants D'une mante en madras à earreaux bleus et blancs.
Quel cliquetis s'y fait entendre ?
Serait-ce quelque lourd joyau
Sur sa tunique en mousseline ?
C'est à sa jambe un double anneau Rendant, à chaque pas, sa musique argentine !
Le fort de l'Étoile était beau
Assis sur la verte colline.
Sans voile, la jeune idolâtre Rapporte du four le gâteau; Court en ville acheter le quartier gras d'agneau ; Parfume le couscous dans i'âtre.
Avant de faire uu écheveau , Que de fois tombe la bobine De ses doigts tournés en fuseau
Et mieux fait pour pincer la tendre mandoline 1 Le fort de l*Étôite était beau Assis sur la verte colline.
Mais le Bâcha, guidant des braves, *
Suit un raïs, écumeur de mer.
Il voit la pâle rose et le lys s*animer
Au front pur des blanches esclaves.
Il revient aux murs du coteau
Regrettant la brise marine ,
Et, rêveur, par chaque créneau, âon regard sans rien voir sur la plage examine...
Le fort de TÉtoile était beau
Assis sur la verte colline. |
Au maître Barca s encourage i
A dire, en montrant mille attraits, J
— ' Tu ne m'aime donc plus ?» — Le Turc, les yeux distrait
Lui répond : — « Faites votre ouvrage ! « —
De tissus prenant un fardeau
Vers rOued, pleurant, elte chemine.. **
Puis aux remparts, sur le plateau, L^ soir elle revient Fâme sombre et chagrine.
Le fort de TÉtoile était beau
Assis sur la verte colline.
- 133 ~ En voyant la cave au salpêtre, .
Barca sourit de désespoir.
-— « Mourons, mais en mourait, frappons à mort ce soir » L'inconstant qui se croit mon maître !
» Qu'il rêve le fade tableau » Des blanches à la peau si fine 1 »
Dans Tantre elle jette un flambeau...
Le fort sautant en Tair n'est plus qu'une ruine î Le fort de l'Étoile était beau Assis sur la verte colline.
HOMMAGE
A M. LAURKT aImî Peintre.
Pour vous ce dessin à la plume, En échange de ces houris Dont votre pinceau vif allume Les regards et les doux souris.
J'aurais voulu que ce volume, Reflétant votre coloris, Respirât Tambre qui parfume L'aspect de vos tableaux fleuris.
GoQgle