LA LÉGENDE DE SIDI ALI EMBAREK
de Goléa.
Qu'est-ce qu'on raconte De neuf au Sahel î 4.. Quel bruit ici monte
Nous venant du Tel?
■î- Est-il quelqu'histoire
^ • Dans notre canton?
Dans votre mémoire Chercher... . que dit-on?
De notre légende Le sujet est vieux....
Veut-on qu'on l'entende, Puisqu'on n'a pas mieux?
Voici dans quel cadre S'offre le tableau.
' • Smaïl, ricbe et ladre,
',î Maître du coteau
Et du précipice Joignant Coléa, 'Ç» Prit à son service
Ali le Fellah.
- 135 ~ De Dieu secourue, Sans efforts humains Marchait la charrue Livrée à ses mains.
Quand la métairie De produit doublait, Smaïl en furie Crut qu'on le volait.
Quelqu'un vint lui dire :
« Vou$ avez un bien » Qui vaut un empire!...
» Mais, on n'y fait rien!
»' Sid Ali se couche!
» Il se rit de ceux »> Que l'intérêt touche...!
» C'est un paresseux. »
Monté sur sa mule, Smaïl, l'air méchant, Vers le crépuscule Entra dans son champ.
Sans que nul les mène , Les bœufs mis en train Sillonnaient la plaine Où pleuvait du grain.
C'étaient les bons anges Qui, du haut des cieux,
Chargeaient des mésanges De ce soin pieax.
A voir ces samsiUes Il s'étonne un peu, Mais, dans des broussailles Qui semblaient en feù, Il court, — par lésine Crie : — « Ahl fils de chien!
» Tu fois ta cuisine » En brûlant mon bien!
» Quand mon bois s'embrase » Viendras-tu, voyons ! . . . , Le saint en extase Lançait des rayons, — Miroir taciturne D'Allah, son amour î ^ Tel l'astre nocturne Reflète le jour.
Il gisait, inerte, Sur le côté droit, * D'une main ouverte Contre le sol froid Soutenant sa joue, De l'autre cueillant Des fleurs où se joue L'escarbot brillant;
Des perdrix en troupe Amusaient leur bec A peigner la houppe De son bonnet grec.
Il sembla renaître Sur rherbe étendu, Aux pas de son maître Criant éperdu :
» Qu'un autre aux champs sème !
» Toi, prie au saint lieu ;
» Rêve au bien suprême,
» béni de Dieu !
») Pour que tu Finvoques,
» Sois notre Embarek, *
» Et de nos bicoques
» Le souverain cheick.
» Je me fais derviche,
» Toi, reste ici!... Tiens!
» Au Sahel sois riche ;
»• Accepte mes biens.
» Un saint pauvre, au monde
» Est un pauvre saint.
» Plante, détruis, fonde...!
' Voici mon blanc-seing! w
Ali, pour la Mecque, Sur tout, le premier, Prit une hypothèque; Chacun fut fermier; Et d*un arbre à palmes Avec un cyprès, Les Mecquois, gens calmes, Firent don exprès En reconnaissance, Et, peut-être aussi Dans la prévoyance De ce siècle-ci, — Pour que notre temple Nous dît, dès l'abord, Par leur double exemple :
La gloire où la mort!
Aux muphtis austères Le Dey d'Aldjezir * Désigna les terres Qu'Ali fit verdir : -— '< Qu'on lève la dîme << Sur les biens d'Ali !
') Nul ne peut, sans crime, ') La mettre en oubli. »
Le saint, sans répondre :
Je suis marabout !
Laisse au chaoux tondre Ses champs jusqu'au bout.
Il prêta, — bon homme! — Aux Oukils surpris, Pour bétes de somme Ses chameaux de prix.
Les magasins s ouvrent Aux chameaux lassés, Mais, de flammes ils couvrent Les foins entassés.
On voit de leur gorge Un embrasement Sortir, — brûler orge, Paille, en un moment.
De cris effroyables Alger tout troublé Renvoya ces diables Remportant leur blé.
Que l'on en plaisante!
Mais, depuis ce joyir, Goléa s'exempte De payer Tachour. * Les chameaux hadjoute^ Enjambant les monts,
Sont craints sur les routes Comme des démons»
Un soir, une mère ' Lui dit : -. « Le Ghrétien » A pris, dans la guerre, > Mon fils... mon soutien l > — « S*il t'aime et t'honore, Dit le saint Hafiz, ' Demain, vers Taurore, *» Tu verras ton fils. »
L'esclave, en Espagne Dormait... Quel réveil, Quand, sur sa montagne 11 sort du sommeil!...
Ali, pour la peine, Prisa plus que l'or, Un bout de sa chaîne Qu'on peut voir encor.
Notre ville est sainte.
Grâce au saint si grand Qui, dans son enceinte, A dit, en mourant : — » Soyez charitables.
" Ou le lion noir
' Autour dès étables > Rugira le soir. »> Lorsqu'ainsi s'afflige Le saint ténébreux, Goléa néglige Ses pauvres nombreux.
Un mur à huit faces Qu'un dôme couvrait, Séjour où les grâces Pleuvaient en secret , Logeait le saint homme Dont, sur les autefe, On eut mis à Rome Les restes mortels.
Un jour <5[ùe la ville Au sol a tremblé, Le beau péristyle, El tout a croulé.
La coupole ronde Tint ferme, au ioûiliéu, Comme un c^eur (pii fondé Son espoir en Dieu.
L'encens toujours him^ Dans ce frais réduit.
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Où maint cierge allume Son astre la nuit.
Les frôlements d'aile D'un oiseau qui fuit^ Un cri d'hirondelle, Y sont le seul bruit.
Dans cette mosquée Repose son corps; Sa tombe est flanquée.
De tous ses fils morts. On a mis leurs femmes Dehors, à l'écart; — On devait aux dames Un peu plus d'égard.
Mais, depuis uns heure Que je parle ainsi, Une voix qui pleure
S'approche d'ici
Du ciel tombe l'onde S'écoulant là-bas..., Et le lion gronde!...
N'entendez-vous pas?
Les vents , dans Forage , Hurlent cette nuit.
— U3 — La fondre ravage L'Atlas â grand bruit.
Un monstre à la porte Nous tient en échec...
Ho I c'est la voix foi:te De Sid Embareck!
Grand saint qu'on nou,s prône, Passe ton chemin !
Nous ferons Taumône Demain.
Par ce trou, Tœil contre.
Enfants venez voir, Le saint qui se montre €omme un lion noir.
Voilà qu'il répète
Son rugissement
Ho! que la tempête Gronde, en ce moment!
Grand saint qu'on nous prône, Passe ton chemin!
Nous ferons l'aumône Demain.
Chez les mauvais riches Sa voix quête ainsi.
Nos champs sont en friches :
Que veut-il ici?
Oh! qu'il daigne absoudre Mon peu de vertu!
Mais* avec la foudre Le lion s'est tu.
Grand saint qu'on nous prône.
Passe ton chemin I Nous ferons Taumône Demain.
Demain, sous Tarcade Ouvrant ton parvis, Tous, en cavalcade, Passeront mes fils.
Chantant tes louanges, Ils t'apporteront Des drapeaux à franges.
Pour couvrir ton front.
' Grand saint qu'on nous prôno, Passe ton chemin 1 Nous ferons l'aumône Demain.
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