‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 59 sur 67 · LE PLATANE DE SIDI MANSOUR · texte numérisé non relu

LE PLATANE DE SIDI MANSOUR

î.égcndc algérienne.

Allons nous promener au champ de Mustapha, Puisque dort le Simoun dont le ciel s'échaufia...

Allons! la brise le remplace.

Parlant de ce qu'a vu le faubourg Babazon, Au lieu de prendre un fiacre à la place Bresson,

Allons à pied plutôt..., de grâce.

Il restait au milieu des décombres épars

Un antique ornement des mauresques remparts, —

Un arbre, — souvenir d'un brave! — Qui prouvait qu'un pays, quand nul ne le défend, Accepte tout sauveur, — l'adopte pour enfant ,

Fut-il fou, nègre, eunuque, esclave!

Malheur aux Turcs! — Malheur au corsaire africain! Sur la côte d'Alger, l'empereur Charles-Quint Menace la ville alarmée.

L'aventureux guerrier que tout contraria, Tient malgré la prudence et le vieux Doria... Fernand Certes est dans Tarméel

Trente mille soldats choisis pour les assauts,

Géants que sur ces bords versent trois cents vaisseaux,

Traînent leurs canons aux fanfares.

Un essaim de beautés par la mante embelli, * Voltigeant sur leurs pas, danse au vert Telemli,

Où Ton campe au son des guitares.

Auprès d'un aqueduc où l'on construit des fours. Où le trésor repose auprès des caissons lourds.

Veillent les chevaliers de Rhode.

Sur le voisin sommet dominant la cité, De l'Empereur chrétien s'assied la majesté.

Sous sa tente que l'argent brode.

Hassein, Pacha d'Alger, va-t-il ouvrir ses murs, Que d'enlever demain les Espagnols sont sûrs?

La ville est si faible, à cette heure !

Les forbans sont partis en course... Le spahis. Pour lever les impôts, au loin bat le pays;

Le Maure tremble et le Juif pleure.

Dans son palais désert lé vieux prince est assis,

Lissant d'un doigt distrait sa barbe et ses sourcils...

Son inquiétude est bien grande!

Soudain la Jénina répond avec effroi A des cris sous sa porte... — « Ah! dit Teunuque-roi,*

» C'est ma tête que Ton demande ! »

— « C'est Mansour ! ouvrez-donc I » — crie un peuple empressé.

— « Mansour ! ...» dit le chaoux. . . <« Quoi ! ce nègre insensé ?

— » Mansour veut parler au Dey! » — « Fable!

» Quoi ! l'esclave castrat accompagnant sa voix, » Au faubourg Bab-Azoun, des soupirs d'un haut-bois,

» Comme d'un écho lamentable? »»

D'un lambeau renoué pressant ses reins charnus, Ce Noir, fier de la peau bronzant ses membres nus ,

Semble un athlète pour la lutte.

Aux pieds, des fers rivés, une chaîne à son flanc, A son front, des haillons fleuris d'un œillet blanc.

Il entre en jouant de sa flûte.

— <« Salem au vieux lion entouré par des chiens! » La gloire et le bonheur, pour les dogues chrétiens,

» C'est d'être flatté par des femmes.

» Chasse-les, comme au vent j'effeuille cette fleur...! » Dans l'âme et dans le bras un homme a sa valeur;

» Qu'importent les baisers des dames !

- ?47 — Le Dey frémit. Le peuple applaudit au perron. Le fou d'un plat de fruits escamote un citron,

Qu'il lance au cintre des arcades

— « Ainsi le sang chrétien va baptiser nos tours!... n Il dit, et vers la mer, suivi d'un grand concours,

Il descend, avec des gambades.

Pour tresser leurs berceaux, — le quinze de Tischri, — * Dépouillant, au Hamma, Peau de son vert abri>

Les Juifs avaient cueilli des branches.

A terre il en prend une : — « Amis, à vous du fer! » Pour drapeau, moi, j'emprunte aux arôrcsrfc /'cn/er,**

» Cette verge pour les chairs blanclies! »»

Arrivé sur la plage, il se jette à la mer, — Frappe de son rameau sur le fluide amer,

Qu'il gourmande avec sa voix aigre :

Et quand il s'élança du liquide élément, Lustrant tout son corps noir par le flot écumant, —

Il parut radieux, *- le nègre.

Mais voilà qu'un vent d'Est soudain ternit le cieL Une vague du large arrive à son appel ,

Roulant dans la baie un bruit rauque.

Londe se gonfle... en vain s'agitent les nochers... (^ent navires chrétiens, brisés sur les rochers.

Couvrent de .débris la mer glauque.

De sa ruine on sonfiDe arertit Vassaillant La mèche du mousquet s'éteint en pétillant

Sous une vapeur pluviale.

Un déluge a rompu les rangs des bataillons.

Les vents, sur tes hauteurs courant en tourbillons^

Brisent la tente impériale.

G*est Finstant! De Mansour le rameau guide Hasseiit A la porte d'Azoun, d'où, comme un fantassin,

Suivi de piétons il s'élance.

L'empereur, xx)mme lui privé de cavaliers, S'écrie, en invoquant Malte et ses chevaliers :

« A moi, la Langue de Provence! «

Bandes qui combattaient Bayard, François premier, — Lansquenets reculant de palmier en palmier, —

Résistent, pivotent, tournoient.

D'épouvante, en fuyant, hurlent les signoras; Les Castillans jaloux, les prenant dans leurs bras.

Traversent THarach, et s'y noient.

Loin du sabre des Turcs se ^upent les Roumis Vers le cap Matifoux, aux coups du ciel soumis.

De leurs morts jonchant la campagne.

On monte aux nefs qu'emjdit maint coursier hennissant.. — « Place aux Rettres! » — Jetés dans les flots teints de sang.

Nagent les beaux chevaux d'Espagne.

— « Par tête de Chrétien qui me donne un oignon ! — Criait Hansour, errant avec un lumignon,

La nuit, après ce grand massacre.

Mansour avait sauvé son pays! et le Juif^ — Lâche ennemi, — crachait sur la moisson du sif,

Sur les fronts que la croix consacre.

Le rameau de Mansour qui servit d'étendard,

Planté comme un drapeau qui dresse au ciel son dard ,

Près de la porte prit racine.

Platane devenu, durant trois cent-vingt ans Il soutint les assauts de la guerre et du tems;

Un mot consomma sa ruine.

Au-dessus des créneaux, fustigés par son bois. Ses bras entrechoquaient, ballotaient autrefois

Des crânes pour fruits... jeux atroces!

Gibet, tronc que le sang arrosait à longs flots^ 11 dut céder la place à des corricolos *

Plus à craindre , — à c^se des rosses.

ARABOMANIE.

Exploits d'une ardeur martiale Où nous poussait une beauté,— Respect, tendresse filiale, Croyance en un Dieu de bonté, — Sentiments purs, grands, poétiques, Vos élans sont paralysés!

Où yoit-on des faits héroïques Dans nos pays civilisés?...

Valeur de la chevalerie, Foi, piété de fils, amour..:

Faut-^il chercher en Barbarie Votre séjour!

Oui, chez TArabe qui végète.

Errant sur les bords du désert.

De ces beaux traits que Ton regî:ette

Souvent un exemple est offert.

On connaît la force aguerrie

De Bouzeïd, cheick de Frenda!**

Est-il dans toute l'Algérie,

Un Kébir qui ne lui céda?

Un soir qu'il enlève une femme, On le joint enfin. — Grand combat! — Pour arme il n'avait qu'une lame Contre sept; leur chef , - il l'abat !

Il tranche un bras, fend un crâne, ouvre Un ventre à droite, — à gauche un flanc;

Il crève un oeil, de sang se couvre

Et le septième a fui tremblant.

Valeur d'amant pour sa chérie, Foi, piété de fils, amour...

Faut-il chercher en Barbarie Votre séjour!

Traversant la tribu voisine.

Son vieux père allait au vergej' ; Dans un ravin on l'assassine...

Bouzeïd accourt le venger.

Fuyez sa fureur délirante !

Par lui le douaire est désolé.

De fellahs il tua quarante, En pleurant son père immolé.

Pour de tek exploits funéraires, L'Émir l'enchaîne à Mascara.

— « Promets le pardon à nos frères, »> Tremblants au pied du Tessala.

» Car, dans la Surate deuxième, » Le Coran nous dit : sois clément ! »> — Bouzeïd le promit, et même.

Libre, il a gardé son serment.

Valeur, vœu que rien ne varie,

Foi, piété de fils, amour

Faut-il chercher en Barbarie Votre séjour!

11 voit le portrait d'une Dame Chez un Français, près de l'Émir, Et lui dit, plein d'ardeur dans l'âme :

— « Aux bords du Sarno fais venir » L'objet dont ces traits sont Timage!

» Jouons-le au jeu de la valeur !

» J'offre tout ce que j'ai pour gage !

» Battons-nous! La belle au vainqueur

On l'envoie au chef qui commande Les Français galants, fiei^ et doux; Et le Général lui demande :

— « Combien d'épouses avez-vous?

— » Trois. Si l'une, comme la vôtre, » Avait eu bonté, noir sourcil...

» Je n'en aurais jamais eu d'autre... — Répondit le sauvage oukil.

Valeur des preux, galanterie, Foi, piété de fils, amour...

Faut-il chercher en Barbarie Votre séjour!

Pourtant, de la vertu guerrière Le sentiment subsiste en nous, Si non la foi dans la bannière Qu'un Croisé prenait à genoux.

Puisqu'aux bords conquis par la France Nous trouvons des cœurs belliqueux.

Voyons leurs mœurs sans répugnance; Ne fai&ons qu'un peuple avec eux !

Valeur de la chevalerie, Foi, piété de fils, amour, Nous fixerons en Algérie Votre séjour.

— '2:y\ - RÊVERIE

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