LES VŒUX DU BEDOUIN
Triste, en Algérie, Loin de sa patrie, Sur sa galerie La Dame rêvait....
Plus rêTeur, et presque Aussi romanesque.
Au balcon mçiuresque L'Arabe arrivait.
— « Quel vent de la plaine » Dans Alger t'amène, » D'un burnous de laine » Bédouin mal vêtu?
>♦ Lorsque tu t'évades » Des tentes nomades, » Sous nos mille arcades « Bédouin que veux-tu?
» Par la ville blanche » Où l'amitié franche » Jamais ne s'épanche,
» Qui te pousse, hélas r >» Laissant tes fontaines, »> Tes forêts de chênes, » Poursuis-tu des haines » Si loin de TÂtlas !
» Viens-tu par bravade
»• Tenter l'escalade,
» Quand la fusillade
») Te menace au loin?
» Traversant les fleuves
» Et nos villes neuves
>) Sans que tu t'émeuves,
» Que veux-tu, Bédouin?
— » Je veux une femme,
» Un coursier plein d'âme, ') Une bonne lame!
— »> Fuis cette cité!
» Le cheval s'y cabre;
» L'air rouille le sabre,
» Et l'ardent cinabre
') Farde la beauté. »
Le fils du Kabyle Quitte alors la ville.
Du frais péristyle On le suit des yeux..., Il poursuit son rêve :
Houri, coursier, glaive.
Mais sur quelle grève Trouvera-t-il mieux?
UARABE EN FUITE.
L'Arabe errait aux champs.
Des mains ployant sa gaule Comme un joug sur Tépaule, Il soupirait ces chants :
« Moghreb! adieu, patrie, » Qu'on surnomme Algérie.
') Qui viendra secourir
»? Les Croyants dans leur fuite?
' Sans chef, sans pain, sans gîte,
' Ils n'ont plus qu'à mourir.
»' Moghreb! adieu, patrie,
» Qu'on surnomme Algérie.
•► L'aloès du chemin,
»> Comme un perfide incline
») Vers mon ccBur son épine,
•) Semblant m'offrir la main.
» Moghrebl adieu, patrie,
') Qu'on surnomme Algérie,
»> Les puits pleins de lézards
') Sont taris pour ma fièvre,
« Et la figue à ma lèvre
•> Présente mille dards.
» Moghreb! adieu, patrie,
» Qu'on surnomme Algérie.
» J'entends l'Atlas gémir....
»> Le gourbi sanglant brûle;
» Dans le lointain recule
») La tente de TEnoir.
»> Moghreb! adieu, patrie,
» Qu'on surnomme Algérie.
» Au Chrétien le plus fort
>' Amna s'offre sans voile? ;
•> II n'est^ que les étoiles
» Qui pleurent sur mon sort..
» Mogreb! adieu, patrie,
» Qnou surnomme Algr^he.
» La mosquée où j'entrais
» Se ferme à mon approche;
» Le Mouddinn à la cloche
» Céda ses minarets.
»» Moghrebl adieu, patrie,
• Qu'on surnomme Algérie.
» Couché loin des tombeaux »> Où reposent mes pères, »> Les chacals, les vipères » Vont me mettre en lambeaux.
» Moghreb! adieu, patrie, » Qu'on surnomme Algérie. »
Dernier reste gisant D'une famille éteinte, Son âme avec sa plainte S'exhala, redisant :
» Moghreb! adieu, patrie, » Qu'on surnomme Algérie. »
— 2M) — LA JEUNE ARIBE.
Il est nuit mais Tombre pâle
Dans les cactus laisse voir L'aloës, par intervalle Découpant son spectre noir.
Du simoun la tiède haleine Meurt sur la rive africaine; L'oreille y suivrait sans peine Le doux vol d'un moucheron.
Voici qu'à cette heure où Tâme S'assoupit comme une flamme, Aux cris soudains d'une femme Sort de son lit le colon.
* — « J'entends dehors une plainte ! . .
Vient-il dire à ses faucheurs Couchés sur les foins, sans crainte De la fièvre pt des fraîcheurs.
« Ce cri n'a rien qui m'alarme; « Mais, prenez chacun votre arme, (( Et, sans faire de vacarme,
- 2il —
> Fouillons dans l'épais gazon, »' Où l'herbe attend la faucille. »
Le groupe y trouve une fille Dont Tœil noir dans la nuit brille, Et l'amène à la maison.
Elle a douze ans, son enfance Pour l'hymen mûre déjà, Offre un sein, fruit d'espérance, — Primeur de la Métidja.
De cette africaine Armide La tunique est toute humide; D'un burnous son front timide Porte le blanc chaperon.
Gomme on ferait sous la tente On l'accueille... elle est contente...
Sa paupière palpitante Cherche pourtant l'horizon.
— <« Cheick de la tribu française, »> A ta vertu je me rends.
-- « D'oii viens-tu? » — « Ne t'en déplaise, « Les Arib^ sont mes parents. *
— « Et pourquoi quitter ton douaire?
— » Avec l'ami de mon frère » J'avais dormi, sans mystère,
• Près de l'arbre du citron; » La loi veut qu'on me lapide!
» J'ai fui la tourbe homicide. »> Et l'innocente Numide N'implorait point de pardon.
' Dans ma course vagabonde » J'ai teint de sang le nopal, » Et l'Harach m'a dans son onde * » Sauvé des dents du chacal. »
Le colon qui la recueille, Ne dit pas encor qu'il veuille La garder....; sur une feuille Il met son récit, son nom; Et la grand-mère Bastienne Demande que l'on retienne.
Pour en faire une Chrétienne, L'enfant qui ne dit pas non.
Le colon ému sourcille
Et se promène, rêvant
— « Sauvons-la de sa famille » Dans l'asile du couveni! » — C'est l'avis de tous. Leur maître Craignant de se compromettre, A l'heure où le jour va naître,
Quand s'éveille le clairon, Dit à la jeune nomade :
— « Suivez votre promenade!
« Je ne puis, d^une escapade, « Me constituer patron.
Et des hordes meurtrières, Au jour, joignirent ses pas.
Sous un déluge de pierres Elle fuyait le trépas; De THarach gagnant la berge.
Pâle en son hâïck de serge
Un cheick, de la jéuiîe vierge Broya le front, criant: — meurs !..
On Tenterra sous un chêne.
C'est ainsi que l'indigène Maintient, quand rien ne le gène, Ses lois qui règlent les mœurs.