LA DISPUTE DES GAZELLES
Le ghazal dit à la gazelle : —
« Mon œil de tous est le plus beau,
» Et mon sourcil fut le modèle
» Des contours que trace un roseau. *
»> Deux palmes font, — je te l'assure, —
» La longueur de mon encolure,
*) Droite et lisse comme un fuseau.
♦) Au désert je cours, je sautille, » Paissant le thym au point du jour.
» Belle I je suis de ta famille, » Et je puis foffrir mon amour.
»> Nous descendons de l'antilope; » Comme toi, je fuis, je galoppe, » Au moindre bruit dans mon séjour. »
— » Va-t-en , vil bouc en frénésie ! »» —
Aussitôt lui répondit-on; —
>► Je suis la gazelle d'Asie,
»> Et seule je porte ce nom.
•) Irais-je avec un rien qui vaille ,
» Chez tels qui n'ont ni sou ni maille
•) Dégrader ma noblesse...? Oh! non. »
— « Ma liberté, ma course agile, — • Dit le ghazal sans s'effrayer, —
» Sont des biens que pour cent... pour mille. ') Aucun bey ne pourrait payer.
« Au milieu des vertes broussailles » Viens célébrer nos fiançailles !
M D'être libre viens essayer !
— « Moi, — reprit la gazelle altière, — ») Auprès des Dames, des Seigneurs,
>♦ J'ai de beaux tapis pour litière, » Des coussins parfumés d'odeurs.
— « Ah! mieux vaut sur un lit de mousse, - Dit son amant, d'une voix douce, —
» Mêler notre joie et nos pleurs ! »
Par ces mots finit la querelle Entre le ghazal et sa sœur, — Et l'on prétend que la gazelle Préféra le luxe au bonheur.