‹ Poèmes algériens et récits légendairesChapitre 9 sur 67 · LA DISPUTE DES GAZELLES · texte numérisé non relu

LA DISPUTE DES GAZELLES

Le ghazal dit à la gazelle : —

« Mon œil de tous est le plus beau,

» Et mon sourcil fut le modèle

» Des contours que trace un roseau. *

»> Deux palmes font, — je te l'assure, —

» La longueur de mon encolure,

*) Droite et lisse comme un fuseau.

♦) Au désert je cours, je sautille, » Paissant le thym au point du jour.

» Belle I je suis de ta famille, » Et je puis foffrir mon amour.

»> Nous descendons de l'antilope; » Comme toi, je fuis, je galoppe, » Au moindre bruit dans mon séjour. »

— » Va-t-en , vil bouc en frénésie ! »» —

Aussitôt lui répondit-on; —

>► Je suis la gazelle d'Asie,

»> Et seule je porte ce nom.

•) Irais-je avec un rien qui vaille ,

» Chez tels qui n'ont ni sou ni maille

•) Dégrader ma noblesse...? Oh! non. »

— « Ma liberté, ma course agile, — • Dit le ghazal sans s'effrayer, —

» Sont des biens que pour cent... pour mille. ') Aucun bey ne pourrait payer.

« Au milieu des vertes broussailles » Viens célébrer nos fiançailles !

M D'être libre viens essayer !

— « Moi, — reprit la gazelle altière, — ») Auprès des Dames, des Seigneurs,

>♦ J'ai de beaux tapis pour litière, » Des coussins parfumés d'odeurs.

— « Ah! mieux vaut sur un lit de mousse, - Dit son amant, d'une voix douce, —

» Mêler notre joie et nos pleurs ! »

Par ces mots finit la querelle Entre le ghazal et sa sœur, — Et l'on prétend que la gazelle Préféra le luxe au bonheur.

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