‹ Poèmes anciens et romanesques, 1887-1889Chapitre 1 sur 10 · PRÉLUDE · texte numérisé non relu

PRÉLUDE

Toi pour qui le glaive rutile et la nef rame Et la main plonge au poil fauve de la toison Qu'à la proue a lavée une écume de lame !

Ouïs ! l'Hydre a saigné ses têtes de poison. Les oiseaux saccageurs que la fîèche transperce Tombent lourds, un à un, au lac de l'horizon ;

Le taureau frustré du rapt beugle et se renverse,

Le sanglier résiste au Belluaire et lui

Songe au troupeau rué des monstres qu'il disperse.

L'aurore est pâle encor d'avoir été la Nuit Et des mufles crispés ont mordu l'herbe grasse En leurs crinières où de l'or s'effile et luit.

Le mal mystérieux agonise et trépasse ;

Les douze Epreuves ont purgé l'ombre et voici

La massue et le glaive au poing nu qui terrasse;

La campagne est salubre et le bois éclairci D'où l'âpre survivant des griffes et des haines Par les routes s'en vient de là-bas jusqu'ici.

Il a lavé le sang de ses bras aux fontaines Et laisse avec orgueil traîner sur les cailloux La toison du bélier et les peaux néméennes :

II vient à toi l'Omphale, âme de ses courroux, Toi son âme vivante et qui gardes, ô douce. Le songe du soleil mort en tes cheveux roux.

Voici le tribut pris aux beaux jardins où pousse L'arbre de l'Hespéride qu'un monstre gardien Regardait s'eflfruiter parmi l'herbe de mousse.

Quitte le noir parv'is du Palais ancien Qui claustra ton exil de la terre mauvaise Et lève-toi devant Celui qui se veut tien !

Il a foulé le mal de son pied nu qui pèse Sur la gorge étouffée et la gueule qui mord Jusqu'à ce que le dernier cri râle et s'apaise

Et dans le sombre Hadès il a vaincu la Mort Par qui le long sanglot emplit la maison a ide Et le voici maître du Sceptre et du Trésor.

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