‹ Poèmes anciens et romanesques, 1887-1889Chapitre 8 sur 10 · SCÈNES AU CRÉPUSCULE I I · texte numérisé non relu

SCÈNES AU CRÉPUSCULE I I

L'éclair mystérieux qui déchire le soir — Signe funèbre parmi la nuée étrange, Geste muet et tors de quelqu'un qui se venge — Délégua par l'exemple, à l'Epée, un devoir !

Une toxique flore aux murs du vieux manoir Crispe ses griffes en la pierre qu'elle mange Et la tige et la fleur ont fourni le mélange Qui d'un mal terne et froid ronge le verre noir.

Main tueuse que voue une annulaire opale !

Le cristal du goulot brûle la lèvre pâle

Et le flacon se brise aux dents qui l'ont mordu

Et si ces deux Vivants maintenant sont des Ombres Qu'au moins le sang vivace et par la terre bu Fleurisse à leur tombeau l'ardeur des roses sombres.

llb POÈMES ANXIEXS ET ROMANESQUES

C'est Taventure impérieuse des printemps Par qui d'un double amour en deux des cœurs s'éveille Un songe à qui quelque autre songe s'appareille, Concordance des accordailles dans le Temps !

C'est l'aventure de toujours et de longtemps Et les regards rôdeurs en piqûres d'abeille ; La grappe lourde ploie un entrelacs de treille Et voici chanceler les rires éclatants.

Le soir est violet sur les Bois et la Mer Expire en diamants d'écume un sel amer Et l'Amour exalté brûla haute sa flamme !

La Nuit morne pleut comme un blessé saignerait Tout est mort et tu sais maintenant, ô mon Ame, La vieille histoire et le tombeau dans la forêt.

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Viens endormir encor ces songes monotones O vent triste, oiseau mystérieux de l'hiver ! Songes que n'ont vaincu par Tamour et la chair Les bouches fructueuses des grasses Pomones Ni le rire en éclat aux conques de la mer.

La seule voix, la voix précieuse A passé le long du rivage En l'aurore ou le soir au large Sans qu'abordât jamais la barque au mat d'yeuse.

Et j'entendais pleurer les rames sur la mer Et les oiseaux frôler les voiles Et j'attendais sa face en ses cheveux sur le ciel clair Et l'été doux pleuvait d'étoiles.

Il8 POÈMES ANCIENS ET ROMANESQUES

Je n'ai pas connu ton visage d'aurore ou de soir Jamais tu n'es montée à la proue, ô Soeur, Pour montrer que ta voix serait sœur de ta douceur Et pour voir

Le pays de châteaux et de dunes Derrière qui sombrent, une à une, les lunes,

La vieille terre que tu côtoies Où mon âme attendait ta venue aux pavois.

Doux vent, apporte-moi de la Mer et des Iles L'écho de ta voix douce aux soirs de mers et d'or Doux vent, apporte-moi comme un oiseau du Nord Quelque rameau fleurir à mes jattes d'argile ;

Doux vent, chasse du fouet de tes lames montantes Celles qui dansent sur la plage et dans le bois Et brise aux durs rochers qu'ofl"ensent d'autres voix Le stérile rire des conques éclatantes ;

Doux vent, sois ma tristesse et mon âme chagrine Et mon songe courbé sur un âtre sans or, Sois le doux oiseau blessé que sur sa poitrine Berçaient les nuits d'Hamlet en ses châteaux du Nord.

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