‹ Poèmes anciens et romanesques, 1887-1889Chapitre 7 sur 10 · SCÈNES AU CRÉPUSCULE · texte numérisé non relu

SCÈNES AU CRÉPUSCULE

Ht par delà l'exil glauque des verres pâles Comme au fond d'un songe qui les garde captives Les faces apparaissent aux croisées des salles Où l'ombre monte du parquet jusqu'aux solives.

Le givre arborisé. fougères et lianes, Forêt prise au cristal d'un lac qui la simule... Fait d'elles comme des songes de Vivianes Qui regardent passer l'Errant au crépuscule.

Ah toutes ! donnez-lui la paix des bonnes lèvres

Et le sommeil parmi les cheveux et l'espoir !

Et la robe tissée à bien dormir ses fièvres

Pour que son pur tombeau lui soit doux quelque soir.

Elle habite, cette Ame, à Torient des villes Près du fleuve désert où boivent les oiseaux. La mousse ronge la maison aux murs stériles Où se tord un nu cep sans pampres ni fruits beaux.

Elle a marché suivant le héron ou Taronde Qui sur les prés d'avril et les marais d'automne Passe et repasse et qu'un caillou de quelque fronde Décime et qui saignent sur le jonc qui frissonne.

Le soir a tressailli de son sanglot nocturne

Au retour morne après tant d'espoirs et d'aurores

Elle s'attarde assise à son seuil taciturne

Si passe un bruit de pas, d'armes ou de mandores.

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Ah! le fleuve est désert le long des routes pâles Et la porte est ouverte à qui n'est pas venu Aux pierres du chemin dans l'usé des sandales Et quelque rose en feu fleurie au bâton nu !

Ah ! comme on l'a cherché par le val et les landes Comme cette âme fut pareille à quelque oiseau Et la triste maison sans treille ni guirlande Crispe à son âtre noir la harde et le manteau !

Les grands chars sont entrés dans la forêt sonore Où les essieux frôlaient les talus en fleurs

Sur le bord du ruisseau tiède d'un ciel d'aurore J'ai cherché des perles rares et des fleurs.

Les grands chars sont entrés sans moi dans le bois d'ombre

Perdus à jamais au détour des chemins.

Et le doux flot contait des choses à mon ombre

Et j'ai ce soir des trésors à pleines mains !

Le rire des essieux entravés de guirlandes

Les mules d'amble aux sabots fourrés de soie,

Et les Dames tordant entr'elles des guirlandes, Et les éclats des fouets tressés de soie.

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Tout le cortège des Sœurs blondes et des Frères, Avec qui j'ai franchi les fleuves, les prés

Et les monts où les gemmes jaillissaient des pierres Sous le pas des chevaux hâtés vers les prés.

Entra dans la foret merveilleuse et magique Où les fleurs des talus frôlaient les essieux.

Et j'erre seul parmi le soir, riche et magique, Les doigts embrasés de joyaux précieux.

Je ne franchirai pas la borne des lisières

Pour joindre les chars perdus parmi les arbres ;

Les clievaux dételés hennissent aux lisières

Troublant les nids de pie au sommet des arbres!

Le parquet clair frappé de quelque haut cothurne, La guirlande ondulante au vent d'un geste prompt, La ride hilare à la bouche du mascaron, L'héroïne riant au héros taciturne,

L'emphase langoureuse et la lampe nocturne — Pâle Psyché que tes sœurs pâles haïront ! Tout préambule de prologue s'interrompt Et le manteau se drape au socle nu de l'urne.

La chevelure est éparse jadis torsade !

Et la vie exaltée et folle qui parade

A travers ses fards morts sanglote le cri vrai,

Le cœur bat comme un oiseau blessé qui s'affole Et voici de la gaine et du coffret ferré Luire dans l'ombre, enfin ! l'Epée et la Fiole.

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