‹ Poèmes antiquesChapitre 33 sur 45 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

Comme un grand corps taillé par une main habile,

Le marbre te saisit d'une étreinte inmiobile.

Des pleurs marmoréens ruissellent de tes yeux;

La neige du Paros ceint ton front soucieux.

En flots pétrifiés ta chevelure épaisse

Arrête sur ton cou l'ombre de chaque tresse;

Et tes vagues regards où s'est éteint le jour,

Ton épaule superbe au sévère contour,

Tes larges flancs, si beaux dans leur splendeur royale.

Qu'ils brillaient à travers la pourpre orientale :

Et tes seins jaillissants, ces futurs nourriciers.

Des vengeurs de leur mère et des dieux justiciers,

Tout est marbre ! un dieu fend la pourpre de ta robe ,

Et plus rien désormais aux yeux ne te dérobe!

Que ta douleur est belle, ô marbre sans pareil!

Non , jamais corps divins dorés par le soleil , Dans les cités d' Relias jamais blanches statues De grâce et de jeunesse et d'amour revêtues, Du sculpteur palpitant songes mélodieux, Muets à notre oreille et qui chantent aux yeux ; Jamais fronts doux et fiers où la joie étincelle N'ont valu ce regard et ce cou qui chancelle, Ces bras majestueux dans leur geste brisés, Ces flancs si pleins de vie et d'efforts épuisés, Ce corps où la beauté, cette flamme éternelle, Triomphe de la mort et resplendit en elle I On dirait à te voir, ô marbre désolé.

Que du ciseau sculpteur des larmes ont coulé ! Tu vis , tu vis encor ! sous ta robe insensible Ton cœur est dévoré d'un songe indestructible. Tu vois de tes grands yeux vides comme la nuit

Tes enfants bien^aimés ((ue la haine poursuit, 0 pâle Tantalide, ô mère de détresse , Leur regard défaillant t'appelle et te caresse... Ils meurent tour à tour , et renaissant plus beaux Pour disparaître encor dans leurs sanglants tombeaux Ils lacèrent ton cœur mieux que les Euménides Ne flagellent les morts aux demeures livides! Oh! qui soulèvera le fardeau de tes jours? Niobé, Niobé! souffriras-tu toujours?

Les siècles tomberont de l'Olympe , sans nombre ! Khronos les balaîra d'une aile immense et sombre; Et, dans le vaste Ether, dissipés au soleil, Ils s'en iront dormir leur éternel sommeil. Mais toi, tu renaîtras plus sereine et plus belle. Ton cœur fera bondir ta poitrine immortelle ,

Ton palais couvrira le monde ! el sous tes yeux , Innombrables et beaux et semblables aux dieux, Tes enfants chanteront, ô mère magnanime, Le destin glorieux de ton orgueil sublime.

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