‹ Poèmes antiquesChapitre 34 sur 45 · LA SOURCE · texte numérisé non relu

LA SOURCE

Une eau vive étincelle en la forêt muette , Dérobée aux ardeurs du jour;

El le roseau s'y ploie, et fleurissent autour L'hyacinthe et la violette.

Ni les chèvres, paissant les cytises amers Aux pentes des proches collines ,

Ni les pasteurs, chantant sur les flûtes divines, N'ont troublé la source aux flots clairs.

Les noirs chênes aimés des abeilles fidèles, En ce beau lieu versent la paix ,

Et les ramiers, blottis dans le feuillage épais. Ont ployé leurs cols sous leurs ailes.

Les grands cerfs indolents, par les halliers mousseux.

Hument les tardives rosées ; Sous le dais lumineux des feuilles reposées

Dorment les Sylvains paresseux.

Kl la blanche Nais dans la source sacrée Mollement ferme ses beaux yeux

Elle songe endormie ; un rire harmonieux Flotte sur sa bouche pourprée.

Nul œil étincelant d'un amoureux désir

N'a vu, sous ces voiles limpides, La nymphe au corps de neige, aux longs clieveux fluides,

Sur le sable argenté dormir.

Et nul n'a contemplé la joue adolescente,

L'ivoire du col ou l'éclat Du jeune sein, l'épaule au contour délicat,

Les bras blancs, la lèvre innocente,

Mais un faune attentif, sur le prochain rameau , Entrouvre la feuillée épaisse,

Et voit, tout enlacé d'une humide caresse^ Ce corps souple briller sous l'eau.

Aussitôt il rit d'aise en sa joie inhumaine ;

Son rire émeut le frais réduit; Et la vierge s'éveille, et pâlissant au bruit.

Disparaît comme une ombre vaine.

Telle que la Naïade , en ce bois écarté , Dormant sous l'onde diaphane,

Fuis toujours l'œil impur et la main du profane , Lumière de l'âme, ô beauté!

LE REVEIL D'HELIOS,

Le Jeune homme divin, nourrisson de Délos, Dans sa lihlamyde d'or quitte l'azur des flois; De leurs baisers d'argent son épaule étincelle , Et sur ses pieds légers l'onde amère ruisselle.

A l'essieu plein de force il attache soudain

La roue à jantes d'or, à sept rayons d'airain.

Les moyeux sont d'argent aussi bien que le siège.

Le dieu soumet au joug quatre étalons de neige ,

Qui , rebelles au frein , mais au timon liés ,

Hérissés, écumants, sur leurs jarrets ployés,

Hennissent vers les cieux, de leurs naseaux splendides.

Mais du quadruple effort de ses rênes solides ,

Le fils d'Hypérion courbe leurs cols nerveux.

Et le vent de la mer agite ses cheveux ;

Et Séléné pâlit, et les heures divines

Font descendre l'aurore aux lointaines collines.

Le dieu s'écrie! Il part, et dans l'ampleur du ciel

Il pousse étincelant le quadrige éternel.

L'air sonore s'emplit de flamme et d'harmonie.

L'Océan qui palpite en sa plainte infinie,

Pour saluer llélios murmure un ('liant plus doux ; Et semblable à la vierge en face de l'époux, La Terre, au bord brumeux des ondes apaisées, S'éveille en rougissant sur son lit de rosées.

Page 1