‹ Poèmes antiquesChapitre 39 sur 45 · LV FONTAINE AUX LIANES · texte numérisé non relu

LV FONTAINE AUX LIANES

Comme le flot des mers ondulant vers les plages , 0 bois, vous déroulez, pleins d'arôme et de nids , Dans l'air splendide et bleu vos houles de feuillages ; Vous êtes toujours vieux et toujours rajeunis.

Lo temps a respecté, rois aux longues années , Vos grands fronts couronnés de lianes d'argent; Nul pied ne foulera vos feuilles non fanées : Vous verrez passer l'homme et le monde changeant.

Vous inclinez d'en haut, au penchant des ravines . Vos rameaux lents et lourds qu'ont brûlés les éclairs : Qu'il est doux le repos de vos ombres divines, y\ux soupirs de la brise, aux chansons des flots clairs!

Le soleil de midi fait palpiter vos sèves; Vous siégez, revêtus de sa pourpre, et sans voix ; Mais la nuit, épanchant la rosée et les rêves, Apaise et fait chanter les âmes et les bois.

Pnr delà les verdeurs des zones maternelles Où vous poussez d'un jet vos troncs inébranlés, Seules plus près du ciel, les neiges éternelles Couvrent de leurs plis blancs les pics immaculés.

0 bois natals, j'errais sous vos larges ramures;

L'aube aux flancs noirs des monts marchait d'un pied vermeil

La mer avec lenteur éveillait ses murmures ,

Et de tout œil vivant fuyait le doux sommeil.

Au bord des nids, ouvrant ses ailes longtemps closes , L'oiseau disait le jour avec un chant plus frais Que la source agitant les verts buissons de roses, Que le rire amoureux du vent dans les forets.

Les abeilles sortaient des ruches naturelles Et par essaims vibraient au soleil matinal ; Et livrant le trésor de sa corolle frêle, Chaque fleur répandait sa goutte de cristal.

Et le ciel descendait dans les claires rosées Dont la montagne bleue au loin étincelait; Un mol encens fumait des plantes arrosées Yers la sainte nature à qui mon cœur parlait.

Au fond des bois baignés d'une vapeur céleste, 11 éta iune eau vive où rien ne remuait; Quelques joncs verts, gardiens de la fontaine agreste S'y penchaient au hasard en un groupe muet.

Los larges nénuphars, les lianes errantes , Blancs arcliipols, flottaient enlacés sur les eaux, Et dans leurs profondeurs vives et transparentes Brillait un autre ciel où nageaient les oiseaux.

0 fraîcheur des forêts, sérénité première, Yents qui caressiez les feuillages chanteurs, Fontaine aux flots heureux où jouait la lumière Eden épanoui sur les vertes hauteurs !

Salut, ô douce paix, et vous, pures haleines , Et vous qui tombiez du ciel et des rameaux, Repos du cœur, oubli de la joie et des peines ! Salut, ô sanctuaire interdit à nos maux!

Et sous le dôme épais de la forêt profonde, Aux réduits du lac bleu dans les bois épanché, Dormait, enveloppé du suaire de l'onde , Un mort, les yeux au ciel, sur le sable couché.

Il ne sommeillait pas, calme comme Ophéîie , Et souriant comme elle et les bras sur le sein ; Il était de ces morts que bientôt on oublie; Pâle et triste, il songeait au fond du clair bassin.

La tête au dur regard reposait sur la pierre; Aux replis de la joue où le sable brillait, On eût dit que des pleurs tombaient de la paupière , Et que le cœur encor par instants tressaillait.

Sur les lèvres errait la soiiibr>^ inquiétude. Immobile, attentif, il semblait écouter Si quelque pas bumain, troublant la solitude, De son suprême asile allait le rejeter.

Jeune homme, qui choisis pour ta couche azurée La fontaine des bois aux flots silencieux , Nul ne sait la liqueur qui [v fat mesurée Au calice éternel des esprits soucieux.

De quelles passions ta jeunesse assaillie Yint-elle ici chercher le repos dans la mort? Ton âme à son départ ne fut pas recueillie, Kt la vie a laissé sur ton front un remord.

son

Pourquoi jusqu'au tombeau celte tristesse amère? Ce cœur s'est- il brisé pour avoir trop aimé? La blanche illusion, l'espérance éphémère En s' envolant au ciel l'ont-elles vu fermé ?

Tu n'es pas né sans doute au bord des mers dorées, Et tu n'as pas grandi sous les divins palmiers, Mais l'avare soleil des lointaines contrées N'a pas mûri la fleur de tes songes premiers.

A l'heure où de ton sein la flamme fui ravie, 0 jeune homme qui vins dormir en ces beaux lieux , Une image divine et toujours poursuivie, Un ciel mélancolique ont passé dans tes yeux.

Si ton rime ici-bas n'a poinl l)risé sa cliaîno , Si la source au flot pur n'a point lavé tes ])l<Mirs, Si tu ne peux partir pour l'étoile prochaine , Reste , épuise la vie et tes chères douleurs !

Puis, ô pâle étranger, dans ta fosse bleuâtre , Libre des maux soufferts et d'une ombre voilé, Que la nature au moins ne te sois pas marâtre : Repose entré ses bras, paisible et consolé.

Tel je songeais. Les bois, sous leur ombre odorante, Epanchant un concert que rien ne peut tarir Sans m'écouter, berçaient leur gloire indifférente , Ignorant que l'on souffre et qu'on puisse en mourir.

La fontaine limpidp, on sa splendeur native, Rénéchissait toujours les deux rte flamme emplis; Et sur ce triste front nulle îialeine plaintive Des flots riants et purs ne vint rider les plis.

Sur les blaïïcs nénuphars l'oiseau ployant ses ailes Buvait de son bec rose en ce bassin charmant , Et sans penser aux morts, tout couvert d'étincelles, Volait sécher sa plume au tiède firmament.

La nature se rit des soutîrances humaines; Ne contemplant jamais que sa propre c:randeur, Elle dispense k tousses forces souveraines, Et garde pour sa part le calme et la splendeur.

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