LA ROBE DU CENTAURE
Antique justicier, ô divin Sagittaire,
Tu foulais de TCEta la cime solitaire,
Et dompteur en repos, dans ta force couché,
Sur ta solide main ton front s'était penché.
Les pins de Thessalie , avec de fiers murmures ,
T'al)ritaient gravement de leurs larges ramures; Détachés de l'épaule et du bras indompté, Ta massue et ton arc dormaient à ton côté. Tel, glorieux lutteur, tu contemplais, paisible, Le sol sacré d'Hellas où tu fus invincible. Ni trêve, ni repos! Il faut encor souffrir : Il te faut expier ta grandeur et mourir.
0 robe aux lourds tissus, à l'étreinte suprême! Le Néméen s'endort dans l'oubli de soi-même : De l'immense clameur d'une angoisse sans frein Qu'il frappe, ô destinée, à ta voûte d'airain! Que les chênes noueux , rois aux vieilles années , S'embrasent en éclats sous ses mains acharnées; Et, saluant d'en bas l'Olympe radieux.
Que rOEta flamboyant l'exhale dans les cieux !
Désirs que rien ne dompte, ô robe expiatoire, Tunique dévorante et manteau de victoire î C'est peu d'avoir planté d'une immortelle main Douze combats sacrés aux haltes du chemin ; C'est peu , multipliant sa souffrance infinie, D'avoir longtemps versé la sueur du génie ; 0 source de sanglots , ô foyer de splendeurs , Un invisible souffle irrite vos ardeurs ; Vos suprêmes soupirs , avant-coureurs sublimes , Guident aux cieux ouverts les âmes magnanimes , Et sur la hauteur sainte où brûle votre feu Vous consumez un homme et vous faites un dieu.
Vï