‹ Poèmes antiquesChapitre 8 sur 45 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

Toi , par qui la terre féconde Gémit sous un tourment cruel , Eros, dominateur du ciel, Eros, Eros, dompteur du monde!

Par delà les flots orageux, Par delà les sommets neigeux , Plus loin que les plaines fleuries Où les Grâces , des dieux chéries , Mêlent leurs danses et leurs jeux,

Tu touches à tous les rivages; Tu poursuis dans les bois sauvages Les chasseresses aux pieds prompts; Tu troubles l'équité des sages Et tu découronnes leurs fronts!

L'épouse, dans son cœur austère, Durant le silence des nuits , Sent glisser ton souffle adultère , Et sur sa couche solitaire Rêve , en proie aux brûlants ennuis.

Tout mortel aux jours éphémères, De tes flèches sans cesse atteint , A versé des larmes amères.

Jamais ta jureur ne s'éteint ; Jamais tu ne fermes tes ailes.

Tu frappes , au plus haut des cieux ,

TT

Les palpitantes Immortelles D'un trait certain et radieux; Et, réglant l'Ether spacieux, Présidant aux lois éternelles , Tu sièges parmi les grands dieux , Toi , par qui la terre féconde Gémit sous un tourment cruel , Eros, Eros, dompteur du monde , Eros, dominateur du ciel!

PAKIS.

Enfant divin, sois-moi favorable! Attendrai-je Que l'âge sur ma tête ait secoué sa neige Et flétri pour jamais les roses et mon cœur".' 0 volupté , nectar, enivrante liqueur, 0 désir renaissant des dieux, coupe de flammi^

Tu verses à la fois tout l'Olympe clans l'àme!

HÉLÈNE

Heureuse qui peut vivre et peut mourir aux lieux Où l'aurore première a réjoui ses yeux , Et qui , de fils nombreux chaste mère entourée , Laisse au fond de leurs cœurs sa mémoire honorée ! Mais quoi ! ne suis-je plus Hélène ? — Phrygien ! Atride est mon époux , ce palais est le sien... Fuis! ne me réponds point. Je le veux, je l'ordonne. Mais je ne puis parler, la force m'abandonne , Mon cœur cesse de battre , et déjà sous mes yeux Roule le fleuve noir par qui jurent les dieux.

LE CHOEUR DE FEMMES

0 Zeus , secours au moins ta fille malheureuse !

0 Pallas-Alliéné, déesse généreuse,

Viens ^ je t'implore; rouvre à la douce clarté

Les yeux mourants d'Hélène. 0 jour, jour détesté,

Jour d'amères douleurs , de larmes , de ruine !

0 funeste Etranger, vois la fille divine

De Zeus et de Léda! Remplissez nos remparts

De lamentations, guerriers, enfants, vieillards...

Hélas! faut-il qu'Hélène aux pieds d'argent se meure!

Les dieux, ô fils d'Atrée, ont frappé ta demeure.

PARIS

Noble Hélène, reviens à la vie et plains-moi.

J'ai causé ta colère et ton cruel effroi ,

Et troublant de ces lieux la paix chaste et sereine ,

Offensé ton cœur fier et mérité ta haine ;

Mais la seule Aphrodite a dirigé mes pas ;

Plaii)s-moi, tille des dieux, et ne me punis pas! Plus grande est ta beauté, plus ta présence est douce, Plus l'auguste respect me dompte et me repousse. Pardonne , je retourne en mon lointain pays. Pour toi, rebelle aux dieux, je pars et t'obéis; Heureux si ta pitié, par delà l'onde amère, Suit durant un seul jour ma mémoire éphémère. Fuyons! des pleurs amers s'échappent de mes yeux. Noble Hélène , reçois mes suprêmes adieux ; Salut, gloire d'Hellas, je t'aime et je t'honore.

HÉLÈNE

Divin tils de Priam , ton cœur est noble encore. Sois heureux. Je rends grâce au généreux dessein Que la jeune sagesse a fait naître en ton sein

Il est (ligiir dos dioux d'où sort ta rare antique Et se vaincre soi-même est d'un cœur liéroùfue. *»

HELENE. — DEMODOCE. — CHOEUR de kem»{es.

LE CHOEUR DE FEMMES

STROPHE

0 cliarme du vaste univers , 0 terre de Pallas , ô glorieuse Grèce ,

Exiiale un hymne d'allégress'' , Emeus l'Olympe au bruit de tes sacrés concerls! Hellas, ô belle Hellas, terre auguste et chérie, Mes yeux ont vu pâlir ta gloire , ô ma patrie ! Mais Zeus a dissipé l'ombre vaine d'un jour;

Et (le Fallas les mains paisibles Brisent les traits d'Eros, si longtemps invincibles: La sagesse a vaincu l'amour!

ANTISTUOPHE.

Dieux propices aux matelots , Sur les eaux de la mer soufflez , doux Eolides ;

Poussez nos trirèmes rapides A travers l'étendue et l'écume des flots. Reviens, ô fils d'Atrée, au berceau de tes pères, Et poursuis l'heureux cours de tes destins prospères. La fille de Léda , reine aux cheveux dorés ,

Honneur d'Hellas que Zeus protège, 0 courageux époux , t'ouvre ses bras de neige

Pour (les embrassemenls sacrés!

Ciel natal , lumière si douce , De ton plus bel éclat resplendis à mes yeux ! 0 nymphes aux pieds nus , sur' un mode joyeux

Du Taygète foulez la mousse ; 0 Démodoce , chante un hymne harmonieux ! Aux sons des lyres d'or, en longues théories ,

Les tempes de roses fleuries , Femmes de Sparte, aHez vers les sacrés autels;

Et que le sang pur des victimes Et l'encens à longs flots et les chœurs magnanimes,

Dans rOlympe aux voûtes sublimes

Réjouissent les Immortels!

DÉMODOCE.

Interrompez vos chants, ô vierges innocentes.

La sombre inquiétude et les peines cuisantes

Du front de notre Hélène assiègent la pâleur.

0 vierges , respectez sa secrète douleur.

De votre âge fleuri les tristesses légères

Se dissipent bientôt en vapeurs passagères;

Et de vos yeux brillants les doux pleurs sont pareils

Aux larmes de la nuit sur les rameaux vermeils :

Prompts à naître , à tarir plus faciles encore.

Votre peine en rosée au soleil s'évapore,

0 vierges! Mais le cœur où les dieux ont passé

Garde longtemps le trait profond qui l'a blessé ;

1! se plaît à poursuivre une incessante image ,

Et des pleurs douloureux sillonnent le visage.

HÉLÈNE

Vieillard, le doux repos s est éloigné de moi :

Mon lâche cœur est plein d'amertunie et d'etîroi. Tu l'as (lit , de ce cœur profonde est la blessure , Et les dieux de ma honte ont comblé la nu^sure. Je l'avoue, — et mon front en rougit , tu le vois! Mou oreille a gardé le doux son de sa voix ; De sa jeune fierté l'irrésistible grâce A mes regards encore en songe se retrace... Je l'aime! — Eros! voilà de tes funestes jeux! Dis-moi que mon époux est sage et courageux , Vieillard , et que sans doute, en mon âme abusée, D'injustes dieux ont mis cette image insensée. Dis-moi qu*Âtride m'aime et qu'en ce dur moment Il brave la tiMupète et le flot écumant ; Qu'il m'a commis l'honneur de sa vie héroïque , Que je l'aime!... 0 douleur, ô race fatidique D'Atrée! ô noir destin et déplorable jour.

Flammes ({ui consumez mon cœur, ô lâche amour! C'est en vain que sa vue à mes yeux est ravie , Il emporte la gloire et la paix de ma vie !

DÉMODOCE.

Noble Hélène, les dieux, d'où naissent nos travaux, Aux forces de nos cœurs ont mesuré nos maux , Et dans les parts qu'ils font des fortunes diverses Ils livrent les .meilleurs aux plus rudes traverses, Certains que tout mortel armé de sa vertu Sous le plus lourd destin n'est jamais abattu. Rejetez loin de vous , murs belliqueux de Sparte, L'hôte qui vous outrage. 0 dieux justes, qu'il parte, Et que les jours futurs dévoilés à mes yeux S'effacent comme l'ombre à la clarlé des cieux!

si

HELENE

Toi que les dieux ont fait confident de leur haine, De quels funestes coups frapperont-ils Hélène ?

DÉMODOCE.

Laissons faire les dieux. Oublie un vain discours. Que Zeus et que Pallas te gardent de beaux jours. Puissent la paix divine et la forte sagesse Descendre dans ton âme et bannir ta tristesse! La sereine douceur d'un amour vertueux Verse le calme au fond des cœurs tumultueux; Tel, dans la route obscure oîi grondent les orages, Un regard d'Hélios dissipe les nuages.

HÉLÈNE

Mon père, ta sagesse est grande. Que le ciel

Couronne tes vieux ans d'un honneur immortel.

J'écouterai toujours d'un esprit favorable

L'harmonieux conseil de ta voix vénérable.

Et vous, ô sœurs d'Hélène, ô beaux fronts ceints de fleurs!

De vos jeunes accords endormez mes douleurs.

J'aime vos chants si doux où la candeur respire,

Et mon front s'illumine à votre heureux sourire.

LE CHOEUR DE FEMMES

Penché sur le timon et les rênes en mains, Hélios presse aux cieux le spleiidide attelage ; 11 brûle dans son cours l'immobile feuillage Des bois vierges de bruits humains.

Les tranquilles forêts de silence sont pleines ; Et la source au flot clair du rocher tout en pleurs

Tombe, ot mêle aux chansons des furlives haleines Son murmure parmi les fleurs.

0 divine Artémis, vierge aux flèches rapides, Accours, l'heure est propice au bain mystérieux. Sans craindre des mortels le regard curieux. Plonge dans les ondes limpides.

Chasseresses des bois, ô nymphes, hâtez-vous. Dénouez d'Artémis la rude et chaste robe. Voyez! le bois épais et sombre la dérobe Aux yeux même des dieux jaloux.

Et l'onde frémissante a reçu la déesse .

Et retient son beau corps dans un baiser tremblant;

Elle rit, et l'essaim joyeux, étincelant

Des nymphes, l'entoure et la presse.

Mais quel soupir émeut le feuillage prochain ? Serait-ce quelque vierge égarée et peureuse, Ou le faune moqueur, ou le jeune Sylvain , Qui pousse une plainte amoureuse?

C'est toi, lils d'Aristée, aux molosses chasseurs, Qui surprends Artémis dans sa blancheur de neige. Nue et passant du front l'éblouissant cortège Que lui font ses divines sœurs.

Fuis, chasseur imprudent! Artémis irritée T'aperçoit et se lève au milieu des flots clairs, Et sa main sur ton front lance l'onde agitée ;

Ses grands yeux sont tout pleins d'éclairs.

La corne aux noirs rameaux sur ta tête se dresse ; Tu cours dans les halliers comme un cerf bondissant,

Et ta meute en abois, dans une aveugle ivresse Hume l'arôme de ton sang.

Malheureux! plus jamais dans les forêts aimées Tu ne retourneras, ton arc entre les mains. Ah! les dieux sont cruels! aux douleurs des humains Toujours leurs âmes sont fermées.

HÉLÈNE

Oui, les dieux sont cruels! — ô jours, jours d'autrefois! De ma mère Léda doux baisers, douce voix! Bras caressants et chers où riait mon enfance, 0 souvenirs sacrés que j'aime et que j'offense. Salut ! — un noir nuage entre mon cœur et vous D'heure en heure descend comme un voile jaloux Salut, seuil nuptial, maison du fils d'Atrée,

0 chastes voluptés de sa couche sacrée! De la grande Pallas autel hospitalier, Où j'ai brûlé la myrrhe et l'encens familier! 0 cité de Tyndare, ô rives de mon fleuve, Où l'essaim éclatant des beaux cygnes s'abreuve Et nage, et comme Zeus, quittant les claires eaux. Poursuit la blanche nymphe à l'ombre des roseaux! Salut, ô mont Taygète, ô grottes, ô vallées, Qui, des rires joyeux de nos vierges, troublées, Sur les agrestes fleurs et les gazons naissants , Avez formé mes pas aux rhytbmes bondissants ! Salut, chère contrée où j'ai vu la lumière î Trop fidèles témoins de ma vertu première, Salut! Je vous salue, ô patrie, ô beaux lieux! D'Hélène pour jamais recevez les adieux. Une flamme invincible irrite dans mes veines

Un sang conpabli\.. assez, assez de luîtes vaines.

D'intarissables pleurs, d'inutiles remords...

Accours! emporte-moi, Phrygien, sur tes bords.

Achève enfin, Eros, ta victoire cruelle.

Et toi, fille de Zeus, ô gardienne infidèle.

Pallas, qui m'as trahie; et vous, funestes dieux,

Qui me livrez en proie à mon sort odieux,

Qui me poussez aux bras de l'impur adultère...

Par le fleuve livide et l'Hadès solitaire,

Par Niobé, Tantale, Atrée, et le festin

Sanglant! Par Perséphone et par le noir destin,

Par les fouets ardents de la pâle Erynnie,

0 dieux cruels, dieux sourds! ô dieux, je vous renie!

Viens, ô fils de Priam, je t'aime et je t'attends.

DKMODOCE.

0 dieux, pressez sa fuite! — Hélène, il n'est plus temps. Sur l'écume du fleuve il vogue, et j'en rends grâces Aux dieux! — Les flots mouvants ont etfacé ses traces.

HÉLÈNE

Eros brûle en mon sein! ô vieillard, je me meurs. Va, Démodoce, cours. De tes longues clameurs Emplis les bords du fleuve. Arrête sa trirème. Dis-lui que je l'attends et le supplie et l'aime!

DÉMODOCE.

Par ton vaillant époux, par la gloire d'Hellas, Puissent de Zeus vengeur les foudres en éclats

Frapper ma Irlo impie et livrer ma poussière Aux vents d'orage, si j'écoute ta prière.

LE CHOEUR DE FEMMES

Malheureuse et cruelle Hélène, qu'as-tu dit?

FIÉLÈNE.

Vierges, séchez vos pleurs, car mon sort est prédit. Il faut courber le front sous une loi plus forte. Ah! sans doute il est lourd le poids que mon cœur porte, s sont amers les pleurs qui tombent de mes yeux ; Mais les dieux l'ont voulu, je m'en remets aux dieux. Ils ont troublé ma vie... Eh bien, quoi qu'il m'en coûte, J'irai jusques au bout de ma funeste route; Gloire, honneur et vertu, je foulerai du pied Ce que l'homme et le ciel révèrent, sans pitié.

Sans honte! et quand viendra le terme de mon âge : Voilà, dirai-je aux dieux, votre exécrable ouvrage!

VIT HÉLÈNE. — DÉMODOCE. — PARIS. — choeur de femmes.

PARIS

Viens! mes forts compagnons, à la fuite animés, Poussent des cris joyeux, des avirons armés.

HÉLÈNE

Les dieux m'ont entendue!

DÉMODOCE.

Envoyé des lieux sombres

Où û\\\] scepli't' (le fer Aidés conduit les ombres, Fils de Priijm, — el loi dont le cœur est changeant Et perfide! Ecoutez. Sur son trépied d'argent, Dans Larisse, le dieu qu'honore Lycorée, Fit entendre autrefois sa parole sacrée. Jeune encor, mais déjà plein de transports pieux. J'accoutumais ma voix aux louanges des dieux, Et le grand Apollon guidait mes pas timides Sur les sommets chéris des chastes Piérides. Livrant à mes regards les temps encor lointains Le dieu me révéla vos sinistres destins, Fils de Priam, et foi. d'Eros indigne esclave!

PARIS

Résiste-t-on aux dieux? malheur à qui les brave. Vieillard, les feux tombés du cliar d'or d'Hélios

N'amollissent jamais le front glacé d'Alhos : Des songes enflammés l'âge froid te protège, Et nul dieu de ton cœur n'échauffera la neige.

DÉMODOCE.

Jeune homme, ils sont aimés des justes immortels, Ceux qui vivent en paix sur les hords paternels, Et des simples vertus suivant le cours austère, Calment à ce flot pur la soif qui les altère. Et toi, ma fille, et toi qu'entoura tant d'amour Depuis l'heure si chère où tu naquis un jour; Ma fille, entends ma voix! — Mes riantes années Au souffle des hivers se sont toutes fanées ; J'ai vécu longuement. Je sais le lendemain Des ivresses d'une heure et du désir humain!

Femme do Ménélas, je te prie et t'adjure : Souviens-loi d'Athéné qui venge le parjure.

LE CHOEUR DE FEMMES

0 iille de Léda, noble Hélène aux pieds blancs Nous pressons tes genoux avec nos bras tremblants.

HÉLÈNE

C'est assez. J'obéis à tes flammes divines, Eros. Emporte-moi sur les ondes marines, 0 Paris ! — Hélios luil dans l'Olympe en téu. Adieu, vierges de Sparte! ô Démodoce, adieu!

LE CHOEUR DE FEMMES

Arrête, Hélène! arrête, ô malheureuse Hélène! Prends en pitié ta gloire et noire amère peine...

6IBLIOTHECA

^ftaviensis

Elle fuit! et déjà son long voile flottant Disparaît au détour du portique éclalanl. Tombez, écroulez-vous, murs du palais antique. 0 sol, ébranle-toi sur sa trace impudique!

DÉMODOCE.

C'en est fait! l'eau gémit sous l'effort des nageurs. Fuis donc, couple fatal, et crains les dieux vengeurs.

STROPHE

Divins frères d'Hélène, éclatants Dioscures,

Qui brillez à nos yeux . durant les nuits obscures ,

A l'horizon des vastes mers;

Refusez vos clartés si pures Au vaisseau ravisseur qui fend les flots amers.

loi

Beaux aslivs (lui régnez au milieu des étoiles,

Laissez, de l'Olympe attristé, D'une éternelle nuit tomber les sombres voiles : Gloire, vertu, patrie, Hélène a tout quitté!

ANTISTROPUE.

Comme la rose en proie aux souffles de Borée , Qui ne voit pas finir l'aube qui l'a dorée .

Tombe et se fane en peu d'instants, Ma jeunesse aux pleurs consacrée Ne verra pas la fin de son heureux printemps! 0 mousses du Taygète, ô fleurs de nos vallées.

Propices à nos chœurs joyeux , Qu'autrefois elle aimait, que ses pas ont foulées, Flétrissez-vous : Hélène a renié ses dieux!

Vers (011 palais désert et sombre, ô noble Atricle,

A travers les flots orageux,

Ne hâte point le cours do ton vaisseau rapide :

Tu ne reverras plus la blanche Tyndaride

Aux cheveux d'or, aux pieds neigeux!

Pleure comme une femme, ô guerrier courageux!

Du Cygne et de Léda celle qui nous est née,

Sur la pourpre étrangère , insensible à nos pleurs ,

Oublie Hellas abandonnée...

Grands dieux! de roses couromiée

Hélène rit de nos douleurs !

DÉMODOCE.

0 Phœbos-Apollon! de ta bouche divine

Coule la vérité dont l'esprit s'illumine! Roi des Muses, chanteur des monts et des forêts, Roi de l'arc d'or, armé d'inévitables traits, ~ 0 dompteur de Python, souverain de Larisse! Que l'océan immense et profond se tarisse, Que l'impalpable Ether, d'où ton char radieux Verse la tlamme auguste aux hommes comme aux dieux , S'écroule, et que l'Hadès impénétrable et sombre Engloutisse le monde éternel dans son ombre. Si, délaissant ton culte et rebelle à tes lois, Je doutais, Apollon, des accents de ta voix! Fiers enfants de l'Hellade, o races courageuses, Emplissez et troublez de clameurs belliqueuses La hauteur de l'Olympe et l'écho spacieux Des plaines et des monts où dorment vos aïeux! De l'Epire sauvage aux flots profonds d'Egée,

Levez-vous pour venger la pairie outragée! Saisissez, ô guerriers, d'une robuste main, Et le glaive homicide et la pique d'airain. Pousse des cris, puissante Argos! divine Athènes, Couvre la vaste mer d'innombrables antennes... Et vous, ô rois d'Hellas, emportez sur les flots La flamme avec la mort dans les remparts d'Ilos!

LE CHOEUR DE FEMMES

Quand du myrte d'Eros la vierge est couroimée,

Et, sous le lin éblouissant, S'approche en souriant des autels d'hy menée. Les Charités en chœur conduisent en dansant

Son innocente destinée.

lOb

Son cœur bondil de joie; et l'Epoux radieux

La conleniple, l'admire et rend grâces aux dieux!

ANTISTKOPUK.

Sous le loit nuptial le trépied d'or s'allume;

La rose jonche les parvis.

Les rires éclatants montent, le festin fume; Un doux charme retient les convives ravis

Aux lieux que l'Epouse parfume.

Salut, toi qui nous fais des jours heureux et longs, Divin frère d'Eros, Hymen aux cheveux blonds!

Mais, ô chasteté sainte, ô robe vénérable. Malheur à qui sur toi porte une impure main ! Qu'il vive et meure misérable!

Qu'Erynnis vengeresse, auguste, inexorable,

Le flagelle à jamais dans l'Hadès inhumain! Malheur à l'Epouse adultère, En proie aux lâches voluptés,

Source de sang, de honte et de calamités, Opprobre et fardeau de la terre!

Frappez-la, dieux vengeurs, noires divinités!

Page 1