II PRÉFACE
Français par votre famille^ et poète par votre imagination^ vous avez cueilli VantiqvLe légende avec une curiosité mêlée de haute rêverie, tout comme si vorxs étiez le descendant de ces Aztèques amoureux d'aventures^ qui adoraient le dieu Mexitli au pied du grand temple de Ténochtitlan.
La légende n*est pas seulement en effet la poésie d'une race : elle est la race elle-même. C'est elle qui balbutie Vétonnement ou V effroi sur les lèvres de Vhomme primitifs tour à tour adopté et repoussé par la nature. Elle est dans le dogme^ elle est dans Tâme, elle est dans le sang. Elle fait enfanter Adam par Adiyna^ Satan par Vaaouki, la vierge Marie par la vierge Devanaguy, le Christ de la, Judée par le Christnade l'Inde. Elle donne à la parole sacerdotale V élargissement de la parabole géométrique^ en la ressuscitant dans
PRBFAGE m
V Évangile après Vavoir déposée dans Vœuvre du divin maître d'Adjourna. Elle émigré avec Moïse, et elle s^ appelle V Arche d^ alliance; elle émigré avec les Aztèques, et elle s'appelle Huitzilipochtli .
Vous nous Vavez montrée sous ses deux formes essentielles : la forme religieuse et la forme guerrière. Mais vous nous Vavez montrée dans un pays où notre civilisation .s'est à un mom^ent souffletée elle-même, sous la poussée d*on ne sait quelles monstrueuses ambitions dynastiques; et ce n'est pas uniquement la poésie et la science que vous avez servies : vous avez aussi servi Vhumanité.
Entre [toutes les langues étrangères, le Mexique parle plus volontiers notre langue.
Entre toutes les légendes, vous avez choisi celle du Mexique. C'est là un noble échange de fraternité artistique et nationale.
IV PKËFACE
Continuez votre œuvre. Tous ceux qui sont pour V immense solidarité humaine voiu applaudiront.
Bien k vousj
Clovis Hugues.
Page 139. — 13« vers, au lieu de : fieurt^
lire: fleiàr$.
Page I5!2. — 2« ligne de la Qote, au lieu de : DiegA,
lire:.DtogO.
Page 154. — ii* vers, au lieu de:
.... Ckommê ému FËBME lu ^emx lire : .... l'howwe ému FKRMA les yeux.
Page iHi. -- H« ver», au lieu de : Vncif....
lire: Voici..,,
Page 17t. — Au lieu de : A Guiliermo PriOto,
;:. . . lire : A Gmileriiio PrlEto.
Page 181. — : U» ver», au lieu de :
Le sang ne iimuquA pas, lire : Le sang ne manqiiK pas.
Page I8:J. — G« vers, au lieu de: LES trotis,,.,
lire : LEUKS trou$....
Page '2:<M. — i4i uotese rapporte à HuiUilIpocbttt nlmu à Upochtli ; le renvoi doit être placé après le premier vers de cette page.
Page 281. — IR vers, au lieu de : QUE fouillent,
lire : QUI fouilleïit.
Cette éditioa renferuàe, eu outre, de nombreuses fautes de ponctuation d6at le lecteur voudra bien faire Justice.
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A D^ON TÈRE
Jt^ÈRE, voilà neuf ans que tu dors sous les flots, Bercé par l'Océan aux éternels sanglots,
Dans ton froid linceul d'algues vertes ; Sous les lames d*azur aux larges plis mouvants Qu'agitent sans répit la marée et les vents,
Tu dors, les paupières ouvertes.
Que de récifs ont dû te heurter, te meurtrir, Depuis l'heure fatale où je te vis mourir Au large des îles Açores !
A mon Père.
Dans mes rêves, parfois, tu passes, emporté Par les courants traînant ton corps déchiqueté Sur les pointes des madrépores
Le flot te jette au flot; tu les suis, pauvre mort. En cherchant vainement une paisible grève, Où tu puisses dormir sans que l'eau te soulève Et te mène. à quelque autre bord
Nuit de deuil et d'horreur! Dans l'étroite cabine. J'interrogeais ton cœur, la main sur ta poitrine,
Priant et pleurant à genoux ; Tes yeux, qui se tournaient déjà vers l'autre mond Cherchaient à mes côtés plus d'une tète blonde
Hélas! alors, bien loin de nous
Je te vis expirer dans ton dernier délire
Celle qui, vingt-deux ans, sourit de ton sourire
Et mêla ses pleurs à tes pleurs, Ma Mère, t'apparut, apaisant ta souffrance ; Ta bouche bégaya dans la suprême transe Son nom et le nom de mes sœurs.
A mon Père. 5
Elles nous attendaient; seul, je touchai la plage ; Et ma Mère, voyant ses beaux jours révolus, Nous cachant ses douleurs, dès lors ne vécut plus Que pour ses enfants en bas âge.
Tes orphelins pensifs, tes amis en grand deuil, Me t'ont pas étendu dans le sombre cercueil
Qu'on accompagne au cimetière ; A l'heure du trépas nul ne vint te veiller.
Et ta veuve ne peut aller s'agenouiller
Au champ des morts, sur quelque pierre.
Ta tombe c'est la mer, la mer pleine de nuit ; Ta lampe sépulcrale est l'étoile qui luit
Si douce au zénith sans nuages ; Et la Heur qui sur toi s'ouvre en toute saison C'est l'écume des flots, légère floraison
Des ouragans et des sillages.
Pourquoi Dieu t'a-t-il pris à notre amour? Pourquoi Voulut-il donc briser par ta mort notre vie ? Nous semblons posséder des biens que l'on envie^ Hélas ! tout nous manque avec toi !
-4 mon Père»
Ta veuve est encor veuv* ^i sa douleur austère N*a pas même l'espoir de songer que la terre.
Un jour, vous pourra réunir :
Vous serez séparés dans la mort, ô détresse ! Vous qui ne faisiez qu*un, ô cœurs dont la tendresse
Semblait avoir tant d'avenir.
J*ai mis ton nom, mon Père, au fronton de ce livre. Fruit d'un travail ardu, qu'en souriant je livre
Au public sévère ou clément.
Qu'importe le succès; je n'attends pas la gloire! Tu n'as point de tombeau, j'élève à ta mémoire
Ce pauvre et fruste monument.
O livre ! va chercher le port ou le naufrage; Je te jette au hasard, ton but sera rempli Si Dieu veut préserver de l'éternel oubli.
Le nom gravé sur cette page
A bord de TAlaska — 1888.