‹ Poèmes aztéquesChapitre 2 sur 34 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L'histoire des premiers habitants du Nouveau- Monde se perd dans la nuit des temps.

L'Amérique a-t-elle possédé des races aborigènes ? Oui, sans doute. Mais, quelles races ? A quelle époque ont-elles existé ? Comment se sont-elles éteintes ? On ne saurait le dire.

Bien des savants ]ont étudié cette question, ont édifié et soutenu un système quelconque, d'autres les ont combattus ; personne encore n'a déchiffré l'énigme et, peut-être, ne trouvera-t-elle jamais d'Œdipe.

Les traditions et les légendes citent des ava-

#'» Avant-Propos.

lanches humaines venues de FEst et de VOuest et se dirigeant rapidement ou insensiblement vers le Sud ; le fait est évident, incontestable ; mais, de quels pays sortaient ces voyageurs ? Pourquoi, et à quelle époque entreprirent-ils leurs voyages ? Voilà des points d'interrogation auxquels il est encore impossible de répondre avec certitude.

Les historiens, les ethnographes, avancent des propositions plus ou moins plausibles, plus ou moins étayées de preuves, mais ces preuves même sont discutables.

Les uns parlent d'immigrations asiatiques venues par le détroit de Behring ; d'autres, supposent que des nefs égarées, des trirèmes carthaginoises, des barques islandaises, arrêtées par le continent américain qui, sans interruption, s'étend presque du pôle nord au pèle sud, en ont amené la découverte ; d'autres, encore, croient qu'une île immense existait en des temps lointains entre l'ancien et le nouveau monde ; un cataclysme — peut-être un déluge partiel — en chassa les habitants, qui s'enfuirent vers les continents voisins, notamment vers ce qui

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fut plus tard rAmérique; puis Tîle disparut sous les flots et aux lieux où elle existait s'étendit la mer des Sargasses dans l'Océan Atlantique. Cette île aurait été la mystérieuse Atlantide entrevue par Platon ^,

Tout cela est possible; aucune de ces éventualités n'exclut les autres.

Pour nous, après avoir In les dissertations du savant archéologue mexicain Alfredo Chavero^, l'existence de l'Atlantide et l'émigration de ses habitants vers l'Amérique ne font aucun doute. A d'autres de discuter ses arguments ; rentrer dans plus de détails nous forcerait à dépasser les limites de cet avant-propos.

Qu'il nous suffise de savoir que le Nouveau- Monde a eu très probablement une population autochtone ; que des é migrants Font envahi à différentes époques ; que les races émîgrées se aremt mêlées aux aborigènes ; qu'elles se sont étendues, divisées, puis éteintes ; en laissant sur leur passage

I Dialogues de Platon (Timôe, CrHiss}.

* Mewico à tracés de los siglos (Vol. I^ okap. i).

Avant'Propos,

ces admirables édifices, palais, pyramides, tombeaux^ dont les ruines — dans toute l'Amérique, mais surtout au Mexique — attestent Texistence d'une civilisation préhistorique originale et parvenue à une haute perfection.

Les races primitives du Mexique sont ignorées ; celles qui les suivirent sur la route du passé ne sont guère plus connues. Nous savons leurs noms, tout au moins : Parmi elles se trouvent les Otomis, peuple rude de chasseurs, les Mazahuas, les Mayas, à qui Ton doit sans doute les palais de Palenqué, d'Itzamal, de Chichen-Itza ; les Mîxtèques, les Zapotèques dont les fils peuplent encore les vallées de rOaxaca et du Guerrero ; les Nahoas, dont les Xicalanques sont un rameau ; puis, enfin, les Toltèques, nation industrieuse qui parvint à un degré de civilisation tout à fait remarquable.

Les plus jeunes races, les Chichimèques et les Aztèques ou Mexis, héritèrent en partie de la civilisation toltèque. Avec leur arrivée au cœur du Mexique, — l'Anahuac (pays des lacs), — commencent les temps historiques.

Avant-Propos.

C'est des Aztèques que nous nous occupons surtout en ces Poèmes, il convient donc de parler d'eux vin peu plus longuement.

Les Aztèques, selon toute apparence, ont dû faire partie par leurs ascendants de l'une des grandes immigrations dont nous avons précédemment fait mention ; celle des Nahoas, sans doute.

Leur arrivée dans le Nouveau-Monde, leurs fluctuations, leurs changements de résidence, constituent une première partie de leur histoire, qui est totalement inconnue. On ne les voit à peu près clairement — par les peintures hiératiques échappées au vandalisme castillan — que vers Tan 820 de notre ère ^.

Ils se trouvent alors dans un pays qu'ils nomment Aztlan (pays des hérons) et qui est situé au milieu ou sur le bord d'un lac, au nord du Mexique. Une famine, tine inondation, un désastre quelconque, leur fait quitter ce séjour ; ils partent, guidés par

1 Cette date est donnée par M. Chavero ; d'autres historiens indiquent des dates variant entre 583 et 1100.

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leors prêtres, emportant avec eux l'image de leur dieu Huitzilipocfatli.

Après bien des marches et des contremarches, après mainte bataille livrée aux peuples rencontrés sur les terres qu'il traversaient ; après des arrêts subits, prolongés parfois pendant vingt ans ; ils arrivent sur le plateau central d'Anahuac. Des luttes nouvelles les y attendent ; ils sont réduits en servitude par les Culhuas ; se délivrent de leur i^^ë y guerroient contre d'autres peuples ; descendent des hauts plateaux, y reviennent, errent longtemps encore ; puis, un jour, parvenus aux bords de Tun des lacs de TAnahuac, ils aperçoivent les signes par lesquels Huitzilipochtli devait leur indiquer la fin de leurs pérégrinations et le lieu de leur grandeur future : un aigle roux tenant un serpent dans les serres est venu s'abattre sur un nopal qui s'élançait ,d'un rocher, au milieu des eaux du lac.

Une joie immense emplit le cœur des Mexis. Ils rendent grâce à leur dieu et commencent leur établissement.

Par des constructions faites sur pilotis, ils

Avant-Propos. if

s'avancent vers le rocher où Faigle est venu se poser et ils y fondent leur capitale, humble hameau qui doit devenir Mexico- Ténochtitlan^ la reine de l'Anahuac.

Cela eut lieu en 1325 ^.

Les Aztèques étaient d'un caractère ombrageux et jaloux ; ambitieux et braves à l'excès, ils ne tardèrent pas à batailler contre leurs voisins ; après bien des chances diverses, ils devinrent les maîtres de la vallée de Mexico et bientôt, même, leur pouvoir en dépassa les limites. Ils poussèrent leurs conquêtes jusqu'au golfe mexicain, jusqu'au Pacifique, jusqu'à l'isthme de Tehuaûtépec. Ténochtitlan fut [la Rome du Nouveau-Monde, tandis qu'à ses côtés Tezcuco, la capitale des Chichimèques et des Acolhuas, leurs descendants, en devenait l'Athènes sous son sage roi, le poète Netzahualcoyotl, et son fils Netzahualpilli.

1 Mezioo veut dire viUe de Mexiili, deuxième nom du dieu Huitzilipoohtli ; Ténochtitlan, terre de Ténuoh ou Tenach, l'un des chefs aztèques, ou terre du tônochtli (nopal sur un rocher).

sQrozooyBerra. D'autres historiens disent 1312, lâlâ, etc.

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