‹ Poèmes aztéquesChapitre 33 sur 34 · NOX · texte numérisé non relu

NOX

A LEON TRTDON

^iNSi que le plongeur qui sort du gouffre amer Et s'asseoit un moment sur le sable des plages Après avoir sondé l'âpre fond de la mer Où parmi les coraux s'entassent les naufrages, Je reviens de la nuit des temps morts, et mes yeux Fatigués du mystère et des choses passées, Comme ceux du plongeur, se lèvent vers les cieux Et remplissent d'azur leurs prunelles lassées.

Après tant de fracas, quelle tranquillité !

Que de calme en ce ciel ! que de paix en mon âme !

Le soir fait s'endormir le flot illimité,

Et d'un phare lointain, je vois briller la flamme.

Nox. 25!

Dans l'ombre d'où je viens, au hasard j'ai marché ; Dieu ! pivot éternel sur qui tourne le monde, Dans la nuit de l'histoire en vain je t'ai cherché, Kt, pourtant, c'est sur toi que l'histoire se fonde !

Nuit des peuples vaincus, des soleils obscurcis, J'ai voulu soulever quelques instants ton voile; J'ai montré la splendeur et la mort des Mexis ;

Le voile est retombé Je n'avais pas l'étoile

Qui, brillant au ciel noir, éclaire le chemin

Où marchent à pas lents le penseur, le poète

Que fouillent les caveaux où dort le genre humain;

Pour moi, l'astre est sans feux et la tombe est muette.

Cette étoile, Seigneur, c'est peut-être la foi,

La confiance innée en toi, puis en soi-même.

Qui fait qu'on peut répondre aux éternels pourquoi

Et qu'on ne trouve pas d'insondable problème :

De tout étant le but, étant lafiji de tout, Tu sers de piédestal, de voûte et de colonne, Tout s'explique par toi, l'on te rencontre au bout Des degrés que la nuit l'un sous l'autre échelonne.

e:.-2 .Vax.

Toute puissance est là : croire, croire et prier ! Ou ne sent plein d*audace, on descend, on remonte, ^>n donne à l'un la palme, à Tautre le laurier, A celui-ci la gloire, à celui-là la honte.

Moi, je reviens pensif de Tabîme sans fond ; N osant rien préjuger en mon âme interdite, Je laisse les humains au vain fracas qu'ils font Et le front soucieux, je rêve et je médite.

A quoi bon soulever encor, gouffre béant La cendre que chaque âge entasse sur ta route? On la pèse, on n'y voit qu'orgueil et que néant Et de tes profondeurs on rapporte le doute

Paria, Mars 1889.

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