LA GENÈSE AZTÈQUE
A EUGENE BOBAN
Les Nahoasi firent du Dieu-créateur une dualité ; non pas une dualité où se trouvent réunis le bien et le mal, mais une dualité que l'on peut comparer à la Trinité chrétienne. Elle consistait en ceci : donner une femme au dieu pour constituer la paire génératrice.
.... Le créateur flt d'abord treize cieuz il eut quatre
fils.... il s'incarna dans la lumière (le soleil et la lune). A. Chavero (Mexico à travès de loa aiglos. Vol. I, chap. III).
L'Omeccihuatl (partie femme du créateur) mit au jour un « tecpatl >• (silex) ; ses quatre autres fils effrayés le jetèrent sur la terre et de ses fragments jaillirent les hommes.
Orozco y Berra {Hist. Antigua de Mexico. Vol. I, chap. I).
OUT au commencement rien n'était que la nuit ; Les germes palpitaient au hasard dans l'espace ;
ï Les Nahoas semblent être l'une des plus vieilles races du Nouveau-Monde. Les Aztètjues héritèrent beaucoup de leurs légendes et de leurs traditions. L'auteur a choisi la légende de la Genèse (jui lui semblait la plus originale, la moins corrompue par les additions, les altérations et les interpolations des missionnaires et des conquérants.
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Le principe naissait par lui-même produit Et sentait sourdre en soi la semence vivace.
Le principe, le dieu, source des univers, Vécut en cette nuit, se confondant en elle ; Issus de lui, les flots ténébreux et les airs Roulaient dans Tinfini leur force originelle.
Or, le principe était une dualité :
Un pour vouloir et deux pour créer, homme et femme
A la fois, il s'aima dans sa double entité,
Et son amour forma la chaleur et la flamme,
Et la lumière fut... Les germes dispersés,) Mélangés par ses mains, se transformaient en choses ; II prit les feux premiers, les eaux, les vents glacés, Et l'ère commença de leurs métamorphoses.
Il créa treize ciels d*eau, de flamme et d'air pur ; Puis, ayant de la nuit ouvert le sombre voile. Dans le vague Infini, dans le chaos obscur.
Chacun de ses regards fit briller une étoile.
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Homme, de sa sem^nce, il forma le soleil ; Femme, il devint la lune, et, comme chaque aurore Naissait de leurs baisers, au firmament vermeil On en voyait sans cesse, entre la nue éclore.
Alors, vers le passé, coulèrent bien des jours'; Puis, le principe ayant fait une masse énorme Du limon que traînaient les eaux en leurs parcours, Il en créa la Terre. Horrible, noire, informe.
Elle tomba des cieux parmi les flots des mers, Et resta là, perdue en la nuit. Bien des âges Passèrent ; les lichens et les goémons verts Lentement recou\Taient ses stériles rivages.
Le principe ayant eu quatre fils, quatre cieux Leur furent consacrés du jour de leur naissance. Comme aux quatre éléments ; mais, bien qu'ils fussent dieux Le père disposait de la toute-puissance.
Au-dessus des flots noirs tendant leurs profondeurs, Sous le ruissellement vivant de la lumière.
Les dieuxdansleurs ciels purs, aux constantes splendeurs, Vécurent six cents ans dans leur forme première.
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Mais le principe-mère, un jour, vit de son sein Naître un large fragment de silex et, dans Tombre, Les dieux s'étant parlé, conçurent le dessein De jeter ce débris La terre triste et sombre,
S'étendait à leurs pieds, le silex s'y brisa ;
De ses mille morceaux jaillirent autant d'êtres ;
La terre, sous les feux du soleil, s*irisa
Et frémit en sentant sur sa croûte, ses maîtres.
Les hommes étaient nés. Ils étaient presque dieux, Ils descendaient du ciel et quatre dieux, leurs frères, Debout, dans l'infini, sinistres, radieux, Les regardaient errer au milieu des fougères.
Le soleil immobile au fond de l'horizon S'accouplait à la terre et la rendait féconde : Des arbres se dressaient versant leur floraison ; Des cimes émergeaient en mille endroits, de Tonde ;
Les éléments étant par le Père mêlés.
De leur répulsion ou de leur harmonie.
Naissait, des caps ardus aux sommets dentelés, La nature terrestre en sa force infinie :
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Des forêts s'étageaient sur les versants des monts ; Des fruits d'or et de pourpre éclataient dans les branches; Des poissons folâtraient entre les goémons Et déjà roucoulaient des tourterelles blanches ;
Des oiseaux pépiaient en bâtissant des nids ; Des tigres regardaient des élans, les yeux calmes; Deux palmiers d'un seul jet, montaient au ciel unis ; La brise, en murmurant, échevelait leurs palmes.
Et les dieux contemplaient cette œuvre, émerveillés ; Lorsque tout fut sorti des germes de la terre.
Le soleil se coucha s'étant agenouillés
Les quatre dieux ensemble adorèrent le père.
Et le principe dit à ses fils : « Gouvernez Le monde ; partagez entre vous toute chose ; Prenez l'air et le feu ; prenez la mer ; prenez La terre » et dès ce jour le père se repose
Au fond du vaste tout. Ses fils furent alors Maîtres de l'univers ; chacun eut son domaine Et prit un élément ; sous leurs communs efforts Bientôt s'organisa la rude race humaine.
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Mats le principe- m ère, un jour, vit de son sein Naître un large fragment de silex et, dans l'ombre, Les dieux s'étant parlé, conçurent le dessein De jeter ce débris La terre triste et sombre.
S'étendait à leurs pieds, le silex s'y brisa ;
De ses mille morceaux jaillirent autant d'êtres ;
La terre, sous les feux du soleil, s'irisa
Et frémit en sentant sur sa croûte, ses maîtres.
Les hommes étaient nés. Us étaient presque dieux, Ils descendaient du ciel et auatre dieux, leurs frères,
La Genèse Aztèque.
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