LA MORT DE 5IGORD
Herborga, sur son dos jetant ses cheveux bruns. S'écrie à haute voix : — Ta peine est grande, certes, O femme ! mais il est de plus amères pertes ; J'ai subi plus de maux chez les cavaliers Huns.
Hélas ! n'ai-je point vu les torches et les glaives? Mes frères égorgés, rougissant nos vallons De leurs membres liés aux crins des étalons. Et leurs crânes pendus à l'arçon des Suèves?
Moi-même, un chef m'a prise, et j'ai, durant six ans, Sous sa tente de peaux nettoyé sa chaussure. Vois! n'ai-je point garde l'immonde flétrissure Du fouet de l'esclavage et des liens cuisants? —
Herborga s'étant tue, Ullranda dit : — O Reines, Que votre mal, auprès de mes maux, est léger 1 Ne dormirai-je point sous un sol étranger, £xilée à jamais de nos plages Norraines?
N'ai-je point vu mes fils, ivres des hautes mers, Tendre la voile pleine au souffle âpre des brises î Ils ne re%-iendront plus baiser mes tresses grises ; Mes enfants sont couchés dans les limons amers I
O femmes! aujourd'hui que je suis vieille et seule, Q.ue l'angoisse a brisé mon cœur, courbé mon dos. Je ne verrai jamais la moelle de mes os, Mes petits-fils sourire à leur mourante aïeule! —
yô POÈMES BARBARES.
Elle se tait. Brunhild se penche, et soulevant Le drap laineux sous qui dort le roi des framées. Montre le mâle sein, les boucles enflammées, fout l'homme, fier et beau, comme il l'était vivant.
Elle livre aux regards de la veuve royale Les dix routes par où l'esprit a pris son vol. Les dix fentes de pourpre ouvertes sous le col. Qu'au héros endormi fit la mort déloyale.
Gudruna pousse trois véhémentes clameurs : — Sigurd ! Sigurd ! Sigurd est mort ! Ah ! malheurei Que ne puis-je remplir la fosse qu'on lui creuse 1 Sigurd a rendu l'âme, et voici que je meurs.
Qpand vierge, jeune et belle, à lui, beau, jeune etbr Le col, le sein parés d'argent neuf et d'or fin. Je fus donnée, ô ciel! ce fut un jour sans fin, Et je dis en mon cœur : Fortune, je te brave .
Femmes! c'était hier! et c'est hier aussi Qjie j'ai vu revenir le bon cheval de guerre : La fange maculait son poil luisant naguère, De larges pleurs tombaient de son œil obscurci.
D'où viens-tu, bon cheval? Parle! qui te ramène? Qu'as-tu fait de ton maître? — Et lui, ployant les rei Se coucha, balayant la terre de ses crins. Dans un hennissement de douleur presque humaine