‹ Poèmes barbaresChapitre 50 sur 66 · LES REVES MORTS. 25I · texte numérisé non relu

LES REVES MORTS. 25I

Dardent leurs yeux hagards à travers l'eau dormante. Ami, ton cœur profond est tel que cette mer Qiii sur le sable fin déroule ses volutes : Il a pleuré, rugi comme l'abîme amer.

Il s'est rué cent fois contre des rocs de fer, Tout un long jour d'ivresse et d'effroyables luttes. Maintenant il reflue, il s'apaise, il s'abat. Sans peur et sans désir que l'ouragan renaisse. Sous l'immortel soleil c'est à peine s'il bat; Mais génie, espérance, amour, force et jeunesse Sont là, morts, dans l'écume et le sang du combat.

La Vipère.

SI les chastes amours avec respect louées Éblouissent encor ta pensée et tes yeux. N'effleure point les plis de leurs robes nouées. Garde la pureté de ton rêve pieux.

Ces blanches visions, ces vierges que tu crées Sont ta jeunesse en fleur épanouie au ciel! Verse à leurs pieds le flot de tes larmes sacrées, Rrùle tous tes parfums sur leur mystique autel. Mais si l'amer venin est entré dans tes veines, Pâle de volupté pleurée et de langueur, Tu chercheras en vain un remède à tes peines : L'angoisse du néant te remplira le cœur. Ployé sous ton fardeau de honte et de misère, D'un exécrable mal ne vis pas consumé : .\rrache de ton sein la mortelle vipère. Ou tais-toi, lâche, et meurs, meurs d'avoir trop aimé I

A l'Italie.

C EST la marque et la loi du monde périssable Que rien de grand n'assied avec tranquillité. Sur un faîte étemel sa fortune immuable.

Mais, homme ou nation, nul n'est si haut porté Qui ne puisse, au plus bas des chutes magnanimes. Donner un mâle exemple à la postérité.

Toi qui, du passé sombre illuminant les cimes. Emportais l'âme humaine en ton divin essor, O fille du soleil, mère d'enfants sublimes!

Martyre au sein meurtri, qui palpites encor.

Toi qui tends vers des deux muets et sans mémoire.

Dans un sanglot sans an, Muse, tes lèvres d'oi 1

Souviens-toi de ces jours sacrés de ton histoire

Où tu menais le chœur des peuples inhumains De leur ombre sinistre à ton midi de gloire;

Où la vie ample et forte emplissait tes chemins; Où tu faisais jaillir de la terre sonore D'éclatantes cités écloses sous tes mains;

Où le vieil Orient, baigné par ton aurore. Comme ses rois anciens au berceau de ton Dieu, Faisait fumer l'encens à tes pieds qu'il adore;

Où, le cœur débordant de passions en feu, D'Hellas, morte à jamais, tu consolais le monde; Où tu courais, versant ta lumière en tout lieu!

Oh ! comme tu nageais, jeune, ardente et féconde, Dans ces flots immortels chers à la volupté ! Comme tu fleurissais sur la neige de l'onde 1

Les peuples abondaient autour de ta beauté. Pleins d'amour, allumant leur pensée à tes flammes, Emportant ton parfum qui leur était resté 1

Comme ils ont écouté tes mille épithalames I Comme ils ont salué ce long enfantement. Cet essaim glorieux de magnifiques âmesl

A l'italib. 2^;

Et comme tu disais impérissablement.

Sur des modes nouveaux, à la terre charmée,

T'élançant de l'Enfer jusques au firmament.

Des forêts de la Gaule aux sables d'Idumée, Les Anges, les damnés et les pieux combats Et la tombe d'un Dieu de tes chants embaumée I

Les siècles t'ont connue ; ils ne t'oublieront pasî Depuis la sainte Hellas, où donc est la rivale Qui marqua comme toi l'empreinte de ses pas?

Ah : les destins t'ont fait une part sans égale ! Vois ! dix siècles durant, des vieux soleils au tien, La nuit silencieuse emplit tout l'intervalle!

Et des esprits sacrés mystérieux lien, Colombe, tu portais sur l'onde universelle Le rameau d'olivier à l'univers ancien !

Qui donc a su tenir, d'une puissance telle. Trempé dans le soleil, ou plus proche des cieux, Le pinceau rayonnant et la lyre immortelle?

Abeille! qui n'a bu ton miel délicieux?

Reine ! qui n'a couvert tes pieds d'artiste et d'angO-

Dans un transport sacré, de ses baisers pieux?

Mais puisque sur ce globe où tout s'écroule et change, Vivante, tu tombas de ce faîte si beau, Est-ce un gémissement qui lavera ta fange ?

Du jour où le Barbare, éteignant ton flambeau, Ivre de ta beauté, sourd à ton agonie. T'enferma dans l'opprobre ainsi qu'en un tombeau,

Bercés aux longs accents de ta plainte infinie. Les peuples se sont fait un charme de tes pleurs. Tant ta misère auguste est sœur de ton génie I

Tant tu leur as chanté, dans tes belles douleurs, Le cantique éternel des races flagellées. Tant l'épine à ton front s'épanouit en fleurs 1

Fais silence. Victime aux hymnes désolées! Le silence convient aux sublimes revers. Et l'angoisse terrible a les lèvres scellées I

Farouche, le front pâle et les yeux grands ouverts.

Laisse se lamenter les nations serviles ;

Sois comme une épouvante au sceptique univers!

Qu'il dise, contemplant de loin tes mornes villes.

Et tes temples muets, et ton sol infécond,

Et toi, tes longs cheveux souillés de cendres viles :

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