‹ Poèmes barbaresChapitre 55 sur 66 · LA XIMENA · texte numérisé non relu

LA XIMENA

Il n'est point roi.celui qui défaille en justice. Afin qu'il plaise au fort et que l'humble pâlisse Sous l'insolente main chaude du sang versé ! Et toi, plus ne devrais combattre, cuirassé Ni casqué, manger, boire, et te gaudir en somme. Avec la Reine, et dans son lit dormir ton somme Puisque, ayant quatre fois tes promesses reçu. L'espoir de ma vengeance est quatre fois déçu, Etque d'un homme, ô Roi, haut et puissant naguère, Le plus sage aux Q)rtès, le meilleur dans la guerre. Tu ne prends point la race orpheline en merci ! —

La Ximena se -tait quand elle a dit ceci.

Hernan répond :

— Par Dieu qui juge! damoiselle.

Ta douloureuse amour expUque assez ton zèle. Et c'est parler fort bien. Fille, tes yeux si beaux Luiraient aux trépassés roidis dans leurs tombeaux. Et tes pleurs aux vivants mouilleraient la paupière. Eussent-ils sous l'acier des cœurs durs comme pierre. .\paise néanmoins le chagrin qui te mord. Si Lozano Gomez, le vaillant Comte, est mort. Songe qu'il offensa d'une atteinte très grave L'honneur d'un cavalier de souche honnête et brave. Plus riche qu'Inigo , plus noble qu'Abarca, Du vieux Diego Lainez a qui force manqua.

20b POÈMES BARBARES.

Le Comte est mort d'un couployal,et, tout l'atteste, Dieu dans son paradis l'a reçu sans conteste. Si je garde Don Rui, fille, c'est qu'il est tien. Certes, un temps viendra qu'il sera ton soutien, Changeant détresse en joie et gloire triomphante. —

Puis, cela dit, tous deux entrèrent chez l'Infante.

La Tristesse du Diable.

SiLExciE ex, les poings aux dents, le dos ployé, Enveloppé du noir manteau de ses deux ailes, Sur un pic hérissé de neiges éternelles. Une nuit, s'arrêta l'antique Foudroyé.

La terre prolongeait en bas, immense et sombre. Les continents battus par la houle des mers ; Au-dessus flamboyait le ciel plein d'univers; Mais Lui ne regardait que l'abime de l'ombre.

Il était là, dardant ses yeux ensanglantés Dans ce gouffre où la vie amasse ses tempêtes, Où le fourmillement des hommes et des bétes Pullule sous le vol des siècles irrités.

2ç8 POÈMES BARBARES.

Il entendait monter les hosannas serviles, Le cri des égorgeurs, les Te Deum des rois, L'appel désespéré des nations en croix Et des justes râlant sur le fumier des villes.

Ce lugubre concert du mal universel, Aussi vieux que le monde et que la race humaine. Plus fort, plus acharné, plus ardent que sa haine. Tourbillonnait autour du sinistre Immortel.

11 remonta d'un bond vers les temps insondables

Où sa gloire allumait le céleste matin,

Et, devant la stupide horreur de son destin,

Un grand frisson courut dans ses reins formidables.

Et se tordant les bras, et crispant ses orteils. Lui, le premier rêveur, la plus vieille victime, Il cria par delà l'immensité sublime Où déferle en brûlant l'écume des soleils :

— Les monotones jours, comme une horrible pluie. S'amassent, sans l'emplir, dans mon éternité; Force, orgueil, désespoir, tout n'est que vanité; Ht la fureur me pèse, et le combat m'ennuie.

Presque autant que l'amour la haine m'a menti : J'ai bu toute la mer des larmes infécondes. Tombez, écrasez-moi, foudres, monceaux des mondes Dans le sommeil sacré que je sois englouti I

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