CHŒUR DES ÉVÊQUES
— Le Seigneur a maudit le fleuve dans la source, La moisson dans le grain, l'homme dans le berceau; Et toute chair gémit sans trêve et sans ressource. Le Foudroyé l'ayant marquée avec son sceau I
Dans le plus innocent dort le germe d'un crime; Toute joie est un piège où trébuche le cœur; Toute Babel ne croit qu'au penchant de l'abîme Où le vaincu sanglant entraine le vainqueur.
Mais, ô Phare allumé dans notre nuit immense, O Siège de l'Apôtre, ô magnifique Autel, Si tout languit et meurt, tenait et recommence, Toi seul es immuable et toi seul immortel I
Comme les sombres flots contre un haut promontoire, Cap céleste, tu vois les siècles furieux S'écrouler en écume au gouffre expiatoire, Sitôt qu'ils ont touché tes pieds mystérieux 1
Car tu germais au fond des temps que Dieu domine, Aux entrailles de l'âme humaine enraciné! Et, pour jaillir un jour, la Volonté divine Te conçut bien avant que le monde fût né !
Que te font, Roc sacré vers qui volent les âmes. Les aveugles assauts des peuples et des rois? Plus épaisse est leur nuit , plus vives sont tes flammes ! Leurs ongles et leurs dents s'usent à tes parois.
Et quand, plein de fureurs, de stupides huées. Tout l'Enfer t'escalade en légions de feu. S'il monte, tu grandis par delà les nuées. Jusqu'aux astres, jusqu'aux Anges, jusquesà Dieu !
Du sang des Bienheureux mille fois arrosée, Cime accessible à l'humble et terrible au pervers, La fleur des trois Vertus éclôt sous ta rosée. Et d'un triple parfum embaume l'univers !
O Saint-Siège romain, maître unique et seul juge. Tel qui croit t'outrager avec impunité.
Serf ou César, n'a plus, mort ou vif, de refuge : Dieu le frappe en ce monde et dans l'éternité I —