CHŒUR DES CÉSARS
— O Rome, qu'un vil moine, en ta chaise curule, Étrangle avec l'étole et marque avec la croix. Nous nous sommes levés en entendant ta voix, Vieille reine du monde; épouse du grand Juki
Toi qui faisais gronder l'essaim des légions. En secouant un pli de ta robe guerrière, Mains jointes, le dos bas, le front dans la poussière. Tu t'es accoutumée aux génuflexions!
Ta pourpre s'est changée en blêmes scapulaires ; Et, livrant son échine au bâton du berger. Ou harnais de l'ânon tu laisses outrager La Louve qu'entouraient les faisceaux consulaires.
O Ville des héros, pleine de mendiants. Tu prends les os des morts pour dépouilles opimes, Les macérations sont tes hauts faits sublimes Sous le fouet orgueilleux des clercs psalmodiants!
Mais, aux donjons du Rhin et de la Franconie, Tes hurlements d'angoisse, à travers nos créneaux Pénétrant notre cœur irrité de tes maux. Nous ont fait une part dans ton ignominie.
Le sol impérial tressaille sous nos chars, Et voici qu'attestant les feuilles sibyllines. L'aigle crie et tournoie au front des sept collines. Rome, Rome, debout! Reconnais tes Césars!
Reprends le globe, ô Rome, et le sceptre et le glaive, Afin qu'à notre face, après la longue nuit. Dans son orgueil, sa force et sa gloire et son bruit, L'éternelle Cité sur le monde se lève 1
Et nous, que conviaient tes cris désespérés, L'épée en une main et l'olivier dans l'autre. Rachetant à jamais ton opprobre et le nôtre. Nous veillerons, assis sur tes sommets sacrés ! —
l'agonie.
Vingt-neuf ans ont passé sur l'homme et sur l'Empire,
Pleins du flux et reflux des sombres nations.
De combats, de douleurs, de malédictions.
Le siècle onzième est mort, et l'autre est déjà pire.
Le grand Moine qui vit la force à ses genoux Et se taire les rois devant sa face auguste, Dans Salerne a rendu l'âme ferme du juste, En attestant Celui qui s'immola pour nous.