‹ Poèmes barbaresChapitre 8 sur 66 · LA VISION DE SNORR. S · texte numérisé non relu

LA VISION DE SNORR. S

Et ceux qui, sur l'autel où nous vous adorons. Ont déchiré la nappe et bu dans vos calices Et snr vos serviteurs fait pleuvoir les affronts;

Qui nous ont enterrés, vivants, dans nos cilices, Qui de la sainte étole ont serré notre cou. Pour ceux-là le Malin épuise les supplices.

Enfin, je vois le Peuple antique, aveugle et fou, La race qui vécut avant votre lumière.

Seigneur! et qui marchait, hélas! sans savoir où.

Tels qu'un long tourbillon de vivante poussière Le même vent d'erreur les remue au hasard. Et le soleil du Diable éblouit leur paupière.

Or, vous nous avez fait, certes, la bonne part, A nous qui gémissons sur cette terre inique; Mais pour les anciens morts vous êtes venu tard!

Donc, chacun porte au front une lettre Runique Qui change sa cervelle en un charbon fumant. Car il n'a point connu la loi du Fils unique !

Ainsi, gêne sur gène et tourment sur tourment. Carcans de braise, habits de feu, fourches de flammes. Tout cela, tout cela dure éternellement.

6o POÈMES BARBARES.

Dans les antres de Hel, dans les cercles infâmes,

Voilà ce que j'ai vu par votre volonté,

O sanglant Rédempteur de nos mauvaises âmes l

Souvenez-vous de Snorr dans votre éternité!

Le Barde de Temrah.

LE soleil a doré les collines lointaines ; Sous le faite mouillé des bois étincelants Sonne le timbre clair et joyeux des fontaines.

Un chariot massif, avec deux buffles blancs.

Longe, au lever du jour, la sauvage rivière

Où le vent frais de l'Est rit dans les joncs tremblants

Un jeune homme, vêtu d'une robe grossière.

Mène paisiblement Fattelage songeur;

Tout autour, les oiseaux volent dans la lumière.

Ils chantent, effleurant le calme voyageur^

Et se posent parfois sur cette tête nue

Où l'aube, comme un nimbe, a jeté sa rougeur.

Et voici qu'il leur parle une langue inconnue; Et, l'aile frémissante, un essaim messager Semble écouter, s'envole et monte dans la nue.

A l'ombre des bouleaux au feuillage léger, Sous l'humble vêtement tissé de poils de chèvre, La croix de bois au cou, tel passe l'Étranger.

Trois filles aux yeux bleus, le sourire à la lèvre, Courent dans la bruyère et font partir au bruit Le coq aux plumes d'or, la perdrix et le lièvre.

Du rebord des talus où leur front rose luit. Écartant le feuillage et la tète dressée. Chacune d'un regard curieux le poursuit.

Lui, comme enseveli dans sa vague pensée. S'éloigne lentement par l'agreste chemin, Le long de l'eau, des feux du matin nuancée.

Il laisse l'aiguillon échapper de sa main,

Et, les yeux clos, il ouvre aux ailes de son âme

Le monde intérieur et l'horizon divin.

Le soleil s'élargit et verse plus de flamme, Un air plus tiède agite à peine les rameaux. Le fleuve resplendit, tel qu'une ardente lame

LE BAHOE DE TEMKAH. 65

La plume d'aigle au front, drapés de longues peaux.

Des guerriers tatoués poussent par la vallée

Des bœufs rouges pressés en farouches troupeaux.

Et leur rumeur mugit de cris rauques mêlée, Et les cerfs, bondissant aux lisières des bois. Cherchent plus loin la paix que ces bruits ont troublée.

Les hommes et les bœufs entourent à la fois Le chariot roulant dans sa lenteur égale. Et les mugissements se taisent, et les voix.

Et tons s'en vont, les yeux dardés par intervalle, Ayant cru voir flotter comme un rayonnement Autour de l'Étranger mystérieux et pâle.

Puis les rudes bergers et le troupeau fumant Disparaissent. Leur bruit dans la forêt s'enfonce Et sous les dômes verts s'éteint confusément.

Sur une âpre hauteur que hérisse la ronce. Parmi des blocs aigus et d'épais rochers plats. Deux vieillards sont debout, dont le sourcil se fronce.

Ils regardent d'un œil plein de sombres éclats Venir ce voyageur humble, faible et sans crainte, Qp'an détour du coteau traînent deux buffles las.

De chêne entrelacé de houx leur tempe est ceinte. Us allument soudain les sanglants tourbillons D'un bûcher dont le vent fouette la flamme sainte.

Ils parlent, déroulant les incantations.

Conviant tous les Dieux qui hantent les orages. Par qni le jour s'éclipse aux yeux des nations.

Comme un lourd océan sorti de ses rivages, A leur voix la nuit morne engloutit le soleil. Et l'éclair de la foudre entr'ouvre les nuages.

Puis l'horizon se tait, aux tombeaux sourds pareil ; Le vent cesse, la vie entière est suspendue : Terre et ciel sont rentrés dans l'inerte sommeil.

Tout est noir et sans forme en l'immense étendue. Sous l'air pesant où plane un silence de mort Le chariot s'arrête en sa rouKe perdue.

Mais l'Étranger, du doigt, effleure sans eftort Son front baissé, son sein, selon l'ordre et le nombre: Des quatre points qu'il touche un flot lumineux sort.

Et les quatre rayons, à travers la nuit sombre. D'un éblouissement brusque et mystérieux Tracent un long chemin qui resplendit dans l'ombre.

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