LES MENADES ET LE SECRET
Et dis-leur ton divin secret Afin que, livré désormais Aux furieux sabots de la cohue, Tu sois foulé; et que ta force répandue
Remonte vers toi, débridée, et tue.
Car c'est le prix que doit payer celui qui sait Et dont le rôle est de verser à la cohue Le vin dangereux de l'abstrait.
Partage ta science, Orphée; Et ta tête, sanglant trophée Au poing d'une ménade ivre de ton secret,
Tournoie, et roule aux flots de l'Hèbre.
Tandis qu'une ronde funèbre Qui de cris scandés se repaît Agite la foule enivrée Autour de ta chair déchirée.
J'rMiil li n«
L'ATTENTE DES MENADES
Les ménades, par les forêts, Courent avec des cris d'ivresse.
Oïoh! ho! leurs appels de sommet en sommet Se répondent sans fin ; mais aussitôt renaissent, Insatisfaits.
Elles souffrent, Orphée.
Elles se frappent, assoiffées De paroles et de secrets.
Leur chœur épars attend le coryphée; Leurs poings sanglants attendent le trophée Et la coupe où luira le vin pur de l'Abstrait.
Les ménades ont soif du sang pur de l'Abstrait. Quand chanterons-nous ton poème, Orphée?
FERNAND DIVOIRE