MENTIR
mais plus conforme au vrai Divoire. Car il emporte renonciation à tout poncif, à la moindre couleur locale extérieure aux choses et déjà broyée par d'autres peintres.
Parfume TON cœur,
poursuit-il, ne s*attachant qu'à l'essence, à la qualité de Vobjet. Ainsi n'est-ce plus le monde, mais lui seul, que le poète transfigure. Point de confusions. Sincérité, regards neufs. Ne dit-il pas à Essénine, dans le poème qu'il lui consacre,
FERNAND DIVOIRE
Je te volerai tes vaches Et ta simplicité, et à Venfant, dans Entr'acte,
Petit, laisse-moi jouer avec ton clown sauteur et ton cheval sans ailes?
Mais méfions-nous : Divoire a beau introduire dans son esthétique la simplicité et la libre fantaisie, il nen reste pas moins, et fort consciemment, ce « vieil intellectuel retors », dont « le dedans de la tête est une fine vieille princesse 7>. Qui sait si cette antinomie, inhérente à son tempérament, ou conflit de son tempérament et de sa volonté, na pas causé cette Sécheresse qu^il a résolue en moraliste, en écrivant : « le riche est celui qui donne » ? Quoi quil en soit, pensée subtile, sentiments nuancés, impressions raffinées et rares s^ enchevêtrent et se combinent pour former le souple tissu de son lyrisme. Sa présence, en tant que sujet du poème, facilite la synthèse de mille analyses. Plus de personne interposée : Divoire est là tout entier, simple et complexe, avec sa familiarité corrigée de tact et d'ironie. Le ton de ses vers demeure franc, mais avec des sinuosités, des commentaires. Et nulle technique ne pouvait mieux lui convenir que celle du « poème avec parenthèses », qu'il s'est fabriquée sur mesure : comptabilité en partie double, qui ajoute à la ligne mélodique, figurée par les mots en capitales, une orchestration où les thèmes, repris et malaxés, finalement s'élucident. Quel lecteur en e/-
fet saurait doser, autour de ces « 7710^5 nus », assez de silence? Sans insister, avec la légèreté de main d'un artiste maître de soi, Divoire a rempli un peu des blancs que Mallarmé avait laissés entre les mots du Coup de dés.
De la sorte achève de s'incarner une inspiration qui, promue à la vie réelle, s'est élargie et affirmée. A mesure que l'expression serre de plus près l'être du poète et se détermine davantage, elle laisse filtrer plus d'infini. « Merci, ma chair », peut-il reconnaître :
Sans toi, je n'aurais été
qu'une sorte de stricte épure
faite à la règle,
une ligne droite tirée le long d'une règle de fer.
Ce moi, qui maintenant se chante, sans d'ailleurs sombrer pour cela en des complaisances, ce moi, c'est la vie, c'est l'univers : ce moi, c'est tout. Quelle richesse efficace et neuve ne fait-il pas affluer dans l'art? Il bannit toute rhétorique, tout procédé. Il voit des « miracles » et il les dit, jalonnant sa route de témoignages : Itinéraire.
D'abord des poèmes purement humains, arpèges d'un prélude, légers, amoureux, raisonneurs : Vénéfices, Décalcomanie. Puis, comme pour préparer un appel, creuser ce vide qu'il faudra bientôt que de l'âme comble, le désenchantement s'insinue :
Si longtemps ayant tenté
FERNAND DIVOIRE