‹ Poèmes civiquesChapitre 19 sur 34 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

HYMNE A i/EPEE

Reniant leurs saintes folies, Et brisant l'épée ou la croix !

Toi qui du glaive des ancêtres Trouves le fer lourd à ta main, Apprends à ramper sous des maîtres :

Tu seras esclave demain.

Dieu nous donne à chacun nos armes ; La vierge a l'éclat de ses charmes, Ses yeux invitant au bonheur ; Un respect entoure l'enfance, Elle a ses larmes pour défense...

L'homme a son épée et l'honneur.

L'acier porté par l'homme libre N'insulte pas à l'innocent ; Sa vertu vient faire équilibre Entre le faible et le puissant.

Hymne à l'épée, 25 1

Guerrier! moi, j'ai lu dans ton âme Brillante aux yeux comme ta lame; Dès longtemps j'ai su te chérir ; Quand j érige ici ta statue, Ce n'est pas à l'homme qui tue, Mais à l'homme qui sait mourir.

Celui qui frappe avec le glaive Périt par le glaive à son tour; 1 1 le sait ! la mort qui l'enlève L'a vu sourire avec amour.

Pour aller où l'attend le sage, Il choisit le plus court passage, Toujours prêt quand il faut partir ; Baptisé dans le sang qu'il donne, Il reçoit, là-haut, sa couronne Des mains du Dieu qui fut martyr.

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254 Voèmes civiques

Et fonder la paix, ô rêveur?

Crois-tu que ta voix fera taire, Mieux que le clairon militaire, Les clameurs des ambitions, Et qu'une plume de ton aile Renversera l'hydre éternelle Qui surgit de nos passions ?

Non ! le soldat fier de lui-même Gardera son fer sans remords; Sa main n'est pas la main qui sème Les cruels ferments de la mort.

Quand l'éclair des armes de guerre, Eteint dans ta forge vulgaire, N'offusquera plus tes regards, Crains de voir s'allumer sans nombre Et luire, à chaque pas, dans l'ombre, L'affreuse lueur des poignards .

Hymne à Vépée.

Malheur au peuple de fau c sages Qui déposera le premier , Le glaive sacré des vieux âges Et l'orgueil du noble cimier !

En vain sur la terre il déploie Ses beaux tissus d'or et de soie; Il roule sur des chars de feu; Le monde entier court à ses fêtes, Et l'on demande à ses prophètes Qe qu'ils daignent penser de Dieu.

Tous ces trésors dont tu te pares, O toi qui ne sais plus mourir 1 Ils appartiennent aux barbares S'ils veulent bien les Conquérir.

Vantez-moi tous vos arts serviles !

J'entends, aux portes de vos villes, Des piedë lourds chaussés d'éperons ;

Et les esclaves des Vandales Viennent essuyer leurs sandales, O rêveurs, sur vos nobles fronts.

La science est là qui nous raille, Sans voir à deux pas le tombeau, Lorsqu'avec un fer de bataille Tu forges quelque outil nouveau.

Va ! sous sa forme pacifique, L'acier que ta mollesse abdique Devient plus homicide encor ; Poussé par ta sombre avarice, Il sacrifie à chaque vice, Et nous frappe aux pieds du veau d'or.

Mais, restons ceints du glaive, ô frères !

L'étranger fut-il endormi

Troublé par mille instincis contraires,

Hymne à Vépée. 257

Chacun porte en soi l'ennemi.

Toujours quelque horde sauvage Rôde en nos cœurs et les ravage.

Les incline au joug de l'enfer ; Trop souvent nous sentons notre âme Se prendre à quelque nœud infâme Qu'il faut trancher avec le fer.

Donc, ô vous, restez ceints du glaive,

Fiers amants de la liberté !

La vie est un combat sans trêve

Pour le droit toujours insulté.

Restez armés en sentinelles,

Amis des gloires éternelles,

Luttez pour les cœurs défaillants ;

Veillez dans votre armure austère ;

Dans le ciel comme sur la terre

La paix n'appartient qu'aux vaillants.

Gloire à lepéeî II faut encore, O ma France, en charger ta main ! L'éclat du fer qui te décore Est le soleil du genre humain.

Tout va crouler si tu chancelles ; Ta parole a des étincelles Sans qui tout n'est qu'obscurité ; Et* quand tu gardes le silence, Un rayon du bout de ta lance Eclaire encore la vérité <

D'autres sur le luth d'tonie Peindront mieux les molles doûleur's.

Diront avec plus d'harmonie L'accord des sons et des couleurs.

Mais toi, France, ouvrant ta poitrine, Verse ton sang et ta doctrine Par qui tout l'univers se meut :

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