‹ Poèmes civiquesChapitre 24 sur 34 · MM · texte numérisé non relu

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3o2 Poèmes civiques.

Allez oti vont nos libertés,

Allez où va notre jeunesse!

Des grands souvenirs dévastés

Que pas une fleur ne renaisse!

Tombez sous le fatal niveau Qui fait ployer hommes et choses, L'altière cité de l'oiseau Et le front superbe des roses.

Ce jardin, il était à vous, Penseurs, amoureux et poëtes!

Jeunes sages et jeunes fous, C'est là que vous aviez vos fêtes.

Dans ce labyrinthe charmant, Loin des bruits de la multitude, Sans troubler son recueillement

Les arbres du Luxembourg. 3o3

Le plaisir coudoyait l'étude.

Ils s'ébattaient, lé, par milliers, Les fils sur les pas des ancêtres, Maîtres se faisant écoliers, Ecoliers qui seront des maîtres.

Qui de nous en tes frais détours, Verte et discrète pépinière, N'a conduit ses graves discours Ou son idylle printanière?

Autour de ces ruches à miel, Pauvres abeilles qu'on supprime, Vous alliez cueillir, en plein ciel, L'une un baiser, l'autre une rime.

Dès qu'avril glissait un rayon,

3o4 'Poèmes civiques.

Tous venaient, joyeux ou sévères, Roulant sous leurs doigts le crayon Ou le bouquet de primevères.

Là, sans craindre un passant moqueur,

A l'air libre on se sentait vivre;

On feuilletait un jeune cœur,

On s absorbait dans un vieux livre.

Qu'ils ont entendu, ces buissons,

De fraîches voix — souvent les mêmes —

Fredonner toutes les chansons

Et discuter tous les problèmes !

Laissez cette terre à l'esprit, Ce sol aux divins labourages !

Quel grand livre ne fut écrit Ou commenté sous cea ombrages?

Les arbres du Luxembourg. 3o*;

Dans ce champ qu'on veut lui ravir La muse, au moins, était chez elle; Nous venions là pour mieux ouïr Ou parler sa langue immortelle.

Nous avons tous, jeunes et vieux, Oubliant les rapides heures, Du libre écho de ces beaux lieux Appris nos leçons les meilleures.

Mille essaims, partis tous les ans, Chargés du miel de la science, Allaient, joyeux et bienfaisants, Peupler, d'ici, toute la France.

Nous tous, au vieux quartier latin, Fils de la ferme ou des tourelles, Nous retrouvions là, le matin,

3o6 Voèmes civiques.

L'odeur des forêts maternelles.

Et, plus tard, chacun à son tour, Quand viennent les soucis de l'âge, Rêve aux arbres du Luxembourg Sous le Sully de son village.

N'y touchez pas! ils sont sacrés Ces rameaux, cet fleurs qu'on outrage!

Gardons ces arbres vénérés ; Nos fils ont droit à leur ombrage.

Il est à nous, le vieux jardin, Nous l'avons payé de nos veilles.

Frelons, cherchez d'autre butin, Laissez ce parterre aux abeilles !

Pour cet asile humble et caché,,

Les arbres du Luxembourg. 3oy

Pour ce seul coin d'ombre fleurie, Que Paris, ce bruyant marché, Laisse encore à la rêverie,

Pour ce peu de place au soleil Que l'âme a dans la ville entière, Combien de penseurs en éveil Nous rendaient à flots la lumière!

Laissez ce paisible atelier A la jeunesse, à l'espérance ; C'est là qu'un démon familier Parle au cœur même de la France.

Respectez le sentier couvert Où se passent leurs tête-à-têtes :

Laissez cette ombre et ce désert A ceux qui seront les prophètes*

3o8 Voèmes civiques.

Peut-être, en frappant ces rameaux, Croit-on, sous des haches impies.

Abattre, avec ces nids d'oiseaux, Le nid des saintes utopies;

Et, comme on fait du rossignol, Veut-on, sous d'inflexibles mailles, Enlacer l'esprit dans son vol Pour l'étouffer sous des murailles?..

Arbre et fleur tomberaient en vain, L'hôte survivrait au bocage; Rien n'arrête l'oiseau divin :

D'un coup d'aile il brise la cage.

Laissez aux songeurs inspirés Ce large ciel où l'éclair passe; Que l'aspect des balcons dorés

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