PROFIL PERDU
Ses cheveux surtout, que rattache Un peigne invisible, me font Au cœur le mal doux et profond Des grands amours dont on se cache.
Devine-t-elle mon émoi?
Du moins elle n'est pas complice Du désir profane où je glisse...
Ses yeux même sont loin de moi.
Seule, une ombre mystérieuse Souligne en ses traits effacés Un coin de lèvre que je sais Mélancolique et sérieuse.
Plus tendre, en ce profil perdu Son charme épars se réfugie.
Malgré moi, j*ai la nostalgie D'un bonheur qui m'est défendu.
Ce n'est qu'une minute brève, A peine un souffle passager Q.ui fait en mon cœur voltiger La cendre ancienne d'un rêve.
Je ne suis dupe qu'à moitié
De l'illusion qui me berce;
C'est comme une ombre qui traverse
Notre lumineuse amitié.
Sans espoir qu'elle m'appartienne,
Je ne crains pas d'être déçu :
Je ne l'aime qu'à son insu,
Q.uand plus lointaine elle est plus mienne,
lé^ ^