‹ Poèmes d'amourChapitre 16 sur 94 · UNE LARME · texte numérisé non relu

UNE LARME

Une Larme

L'autre soir, une larme entre nous est tombée; Mous étions pleins d'un grand etfroi silencieux, du'importe à qui de nous l'autre l'a dérobée? Tous deux, nous la sentions monter lourde à nos yeux.

C'était un de ces soirs que l'amitié redoute, Où l'on n'ose approcher des mères et des sœurs, Où toute pureté tremble, frissonne et doute. Tant leur charme profane a d'étranges douceurs.

Je sentais mon cœur fou battre avec violence. Caché dans le coin sombre où je m'étais assis, ]e vous ai longuement regardée, en silence, Lumineuse au milieu des meubles indécis.

Vous aviez ce regard lointain que je vous aime, C^ct air découragé qui m'a fait vous choisir; Et je vous devinais triste ainsi que moi-même, Pleine d'un trouble vain qui n'est pas le désir.

C'était l'heure incertaine et plus lente à l'automne Où le soleil mourant se traîne au mur tiédi, Avant d'éteindre enfin sa pâleur monotone, Au soir d'un jour brumeux sans aube et sans midi.

Et tandis qu'aux rideaux légers de la fenêtre

Sa lueur attardée agonisait déjà,

La nuit proche faisait plus doux notre bien-être,

Si doux qu'un espoir vague en nos cœurs s'affligea.

Graves, nous nous taisions; votre main délaissée Mélancoliquement rêvait sur vos genoux, Frissonnante comme une main de fiancée... L'autre soir, une larme est tombée entre nous.

En nos yeux inquiets l'ombre s'était accrue Avec l'obscur danger de notre isolement; Nous écoutions, sonore au pavé de la rue, Renaître et fuir la vie, au loin, confusément.

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!t tous deux, par instants, troublés des mêmes fièvres, fous prenions peur de l'ombre et nous avions besoin )e laisser malgré nous se crisper à nos lèvres )'illusoires gaîtés d'où nos cœurs étaient loin...

lette larme furtive entre nous suspendue,

luel deuil mystérieux vous fit donc la pleurer,

'our vous cacher ainsi de l'avoir répandue,

^t d'où vient qu'à mon tour j'ai feint de l'ignorer?

2'est fini maintenant des bonheurs sans alarme; 'aurais peur, à jamais, d'entendre votre voix, route notre amitié se meurt de cette larme : ^ous nous sommes menti pour la première fois.

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Silences

Hlle rêve, sa main joue aux plis de sa robe; Elle baisse les yeux, peut-être qu'elle attend; Le silence entre nous se prolonge, et pourtant Mon désir inquiet tendrement se dérobe.

Je me sens l'adorer d'un cœur humble et soumis; Mais pour l'aimer ainsi, même sans lui rien dire, Avec cette ferveur des yeux et du sourire, Il faut bien cependant qu'elle me l'ait permis.

Je ne serais pas là dans l'ombre et tout près d'elle, Je ne reviendrais pas, si je n'étais bien sur. Chaque soir, du regard si tranquille et si pur Dont elle accueillera ma présence fidèle.

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