‹ Poèmes d'amourChapitre 26 sur 94 · SYMPATHIE · texte numérisé non relu

SYMPATHIE

Vous ne m'avez pas dit quelle invisible atteinte, Quel deuil obscur et vain, quel retour du passé, Q.uel pleur jamais pleuré, quelle ardeur mal éteinte Prolongeait sa détresse en votre cœur blessé.

Vous ne m'avez pas dit votre misère intime:

lit pourtant, ce jour-là, malgré vous, j'ai compris

De quel orgueil muet vous étiez la victime.

De quels bonheurs cpars vous comptiez les débris.

Toute votre âme en pleurs a passé dans la mienne. N'ayez point de regret jaloux, ne craignez pas Que je vous le rappelle, ou que je m'en souvienne Pour vous interroger encor, même tout bas.

Je ne veux rien savoir des secrètes blessures

Ni du rèvc ancien qui les rouvre parfois ;

Mais j'aurai désormais des tendresses plus sûres,

Plus de mystère aux yeux, plus d'ombre dans la voix.

Meurtris d'un mal pareil, même espoir nous rassemble Indulgents l'un à l'autre et presque résignés. Quand vous me consolez d'un mot grave, et qui tremble, C'est vous un peu qu'en moi, chaque soir, vous plaignez.

76 LE SONGE DE l'aMOUR

Pressentiments

J E VOUS sens triste au loin. Il est tard et je pleure Dans le silence de la chambre et de la nuit. Ma tendresse est coupable et se rêvait meilleure; Je sens que mon chagrin s'ajoute à votre ennui.

J'ai trop d'amour encore, avec trop de faiblesse, Et vos yeux clairvoyants savent trop découvrir Tout ce qui m'importune, et m'afflige, et me blesse Pour que votre pitié n'en doive pas souffrir.

Pourquoi ne suis-je pas l'ami que rien n'altère, Celui dont votre cœur avait l'obscur besoin. Assez bon pour comprendre, assez fort pour se taire. Il est tard, et je pleure, et vous sens triste au loin.

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