PRESSENTIMENTS
Et votre mal s'augmente, au lieu qu'il s'atténue. J'ai voulu vous cacher mon deuil , mais, je le sens, Ce soir, toute ma peine en vous se continue : Pour moi vos yeux lointains ne sont jamais absents,
Je sais trop, sans les voir, quel chagrin s'y prolonge, Et, chaque lendemain, je suis sûr d'y trouver L'ombre de la détresse ou le reflet du songe Que j'avais pressentis en croyant les rêver.
78 LE SONGE DE l'AMOUK
Attente
J'ai parfois cet espoir en qui j'ai cru longtemps Qu'un soir ayant songé comme je suis loin d'elle, L'âme et le corps troublés, de mon amour fidèle, Elle viendra vers moi qui souffre et qui l'attends.
Il serait tard : le feu mourrait en cendre grise; La chambre serait pleine encor d'une tiédeur; J'aurais connu de loin son pas et son odeur : J'attendrais sans y croire et pourtant sans surprise.
Elle entrerait, d'avance ayant tout accepté. Résignée et docile où mon amour l'entraîne; Elle aurait dans les yeux la tendresse sereine Qui se donne humblement comme une charité.