SOUVENIRS
Et je me résignais tout bas, sans violence Je trompais mon chagrin ; je ne voulais savoir Que le bonheur de lui sourire et de la voir, Et mon désir, près d'elle, espérait en silence.
Vieil Air
JL A chambre est déserte : le feu Va s'éteindre presque sans Ûamme, Lentement, comme un cœur de femme Brûlé d'un inutile aveu.
Je suis triste en moi; je frissonne. Celle qui ne doit plus venir M'a dépeuplé tout l'avenir.
Mon amour n'aime plus personne- Sous ma fenêtre, seulement, De sa musique endolorie Un pauvre orgue de Barbarie Vient bercer mon délaissement.
VIEiL AIR
Il joue un air, toujours le même, Un air d'autrefois, de très loin.
Dont les mots disaient le besoin Obscur d'être aimé quand on aime.
Il l'a chantonné tant de fois.
Cet air-là, sous tant de croisées, Qu'au long des cadences brisées Des notes manquent par endroits.
Et toute la mélancolie
Vaine d*un amour ancien,
D'un espoir las, comme le mien,
Qui ne croit plus mais qui supplie,
Avec l'orgue sanglote au vent; Et j'évoque au seuil de la porte Le vieil aveugle qui le porte Sous l'abri glacé de l'auvent.
128 LE SONGE DE l'AMOUR
Oubli
IvÉFUGiE en mes bras ta chère îassituJe.
Ne me dis rien; ne pense à rien, mais, si m vcujc,
Je te regarderai dormir dans tes cheveux,
Et je serai moins seul avec ma soHtude.
Ne me dis rien; ne pense à rien; car ton baiser M'a donné tous les mots qui tremblaient sur tes lèvres; Laisse en un tiède oubli languir toutes nos fièvres 5 J'écouterai ton cœur, près du mien, s'apaiser.
De nos corps moins unis dont l'étreinte est plus douce, Le désir attardé s'éloigne lentement; Et je suis là, bercé d'un bonheur presque aimant, Qui fait mourir en moi tout ce qui te repousse.